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Martelly : « CEP permanent et dialogue permanent ».

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Roberson Alphonse roberson_alphonse@yahoo.com

Sept heures de confrontation d’arguments sous les yeux du président Martelly, qui a mis une heure vingt-trois minutes pour rappeler qu’il est pour un « CEP permanent et un dialogue permanent ». Si certains de ses invités ont prédit la crise politique, son camp a sablé le champagne de la victoire. Récit.

11 heures 23. Le président Michel Joseph Martelly traverse la grande salle du Karibe. Plus réservé que d’habitude, il salue ses invités : des acteurs de la société civile, des parlementaires et des chefs de partis politiques dont une majorité est en fronde depuis la formation du Conseil électoral permanent de six membres. Martelly s’installe, dépose ses deux portables sur une banquette. A sa gauche, Grégory Mayard-Paul, Anne Valérie Timothée Milfort   sont assis derrière une table, sur le podium. Martelly et ses assistants trônent, dominent cette salle où, selon Lucien Jura, l’on discutera du CEP, du processus électoral, au regard de la Constitution amendée.

L’ex-journaliste vedette de Signal Fm rajoute : « On est ici pour dialoguer, échanger, parlementer en toute liberté afin d’aller de l’avant. Le moment est important, c’est, soutient Jura, un tournant dans la vie d’une nation. Il est aussi solennel qu’un annonceur de roi. Quelques têtes connues, dont celles de Andy Apaid, ex-meneur du Groupe des 184, Rosny Desroches de l’ISC, Himmler Rébu, Evans Paul, Edmonde Supplice Beauzile, sont repérées. Fouineurs, des reporters relèvent l’absence de l’OPL, du RDNP, de Inite.  Des secondes filent  et l’hymne national est annoncé. Le chef de l’Etat, ex-chanteur, s’exécute : « Pour le pays, pour les ancêtres, marchons unis, marchons unis. Dans nos rangs point de traîtres, du sol soyons seuls maîtres ». Le président met son empreinte sur la rencontre, explique qu’il est pour un dialogue politique en vue de rechercher des solutions facilitant « l’instauration d’un climat de confiance au-delà des désaccords ».

Le choc des arguments

Les arguments s’affrontent, sous les yeux de Martelly qui note par moments sur son Ipad. « Je défends bec et  ongles le Conseil électoral permanent  consacré par l’amendement de la Constitution de 1987», soutient le sénateur Wenceslas Lambert. La première salve du « camp Martelly » est tirée. Le pasteur Chavannes Jeune abonde dans le même sens. Il est scotché lui aussi à l’amendement de la Constitution de 1987. « Il faut que la Constitution prime. Ce qui est négociable, c’est le choix des membres du CEP », indique le leader de ACRA, ex-allié de René Préval, favorable à ce qu’on mette le Parlement au pied du mur, face à ses responsabilités pour qu’il désigne ses trois représentants pour compléter le Conseil électoral permanent ». « Les parlementaires n’ont pas de choix, l’amendement, en dépit des failles, est leur œuvre. Qu’il soit organisé une Assemblée nationale pour poser le problème. Nous sommes dans une situation où il faut trancher sur un CEP permanent pour avoir des élections honnêtes et transparentes », souligne le pasteur Chavannes Jeune, ouvrant la fenêtre à d’autres arguments corsets pour les législateurs. « Le blocage au Sénat n’est pas institutionnel mais politique », lâche l’ex-sénateur Youri Latortue, conseiller du président Martelly.

En Assemblée nationale, le vice-président peut remplacer le président de l’assemblée, Desras Simon Dieuseul. Dans ce cas, il serait habilité à voter pour désigner les trois représentants du Sénat au CEP, argumente Latortue, pas moins éloquent que Me Emmanuel Menard qui rejette l’argument selon lequel l’amendement n’est pas en vigueur parce qu’il n’a pas été signé par aucun président. C’est un « acte administratif détachable » qui a été pris par le président René Préval ordonnant la promulgation de l’amendement voté en Assemblée nationale. En publiant le texte authentique en remplacement d’une version entachée d’erreurs matérielles, Martelly n’avait pas à apposer sa signature sur le texte, explique Menard, fervent défenseur, comme Gracien Jean, politologue, du choix du président Martelly de ne s’être pas immiscé dans la controverse  qui avait secoué le CSPJ lors du vote des trois représentants de cette entité au sein du CEP. « Si j’étais à votre place, j’aurais fais de même. Adelante. Avancez », s’exclame Gracien Jean, dur à l’égard du camp du non. « Il faut cesser avec la culture de l’opposition », lance-t-il au nez de ceux qui croient encore que le CEP et l’amendement sont des pommes de discorde. 

Sans être frontal, l’agronome Jean André Victor du Parti Libéral répond. Il faudrait abandonner ce qui divise la nation. Le Conseil électoral permanent découlant de l’amendement de la constitution de 1987, entre autres. Ce sont des pommes de discorde qui distraient le pays des vrais chantiers, des problèmes structurels à résoudre.

Direct, Evans Paul du KID croit que cette réunion est le troisième carnaval du président Martelly. « C’est un carnaval politique », indique-t-il, sans faire l’économie de balancer son scepticisme quant à l’obtention d’un quelconque résultat tant les failles méthodologiques entourant ces discussions sont énormes. « Aujourd’hui, enchaine-t-il, ce n’est pas une question de Conseil électoral permanent versus Conseil électoral provisoire. Il est question d’élections démocratiques  et d’application des principes démocratiques ». Encore plus tranchant, l’ex-sénatrice Edmonde Supplice Beauzile, numéro un de la Fusion, tempête. « L ’Exécutif doit écouter. Nous ne voulons pas d’élections dont les résultats sont programmés par un CEP croupion, bancal », dit-elle, ajoutant que son parti est pour un CEP de consensus. « Ce n’est pas ici qu’on trouvera ce consensus », doute la femme politique qui appelle le président à œuvrer en faveur d’un pacte de gouvernabilité pour mieux gouverner.

Comme Edmonde S. Beauzile, Himmler Rébu croit qu’avec le montage du CEP on est dans le déjà-vu, déjà-fait par des hommes politiques courant toujours à leur perte. Cependant, pour Rébu, Martelly à le bon reflexe. Celui pour éviter le gouffre.  « Chaque fois que le président Martelly s’engage dans une action en Jean-Jacques Dessalines, il se retourne et demande à la nation de le secourir », indique Rébu, qui invite le chef de l’Etat à éviter les raccourcis menant à la catastrophe. Cinglant envers des conseillers de René Préval aujourd’hui conseillers de Martelly, Himmler Rébu croit qu’il faut chercher les méthodes en vue de sortir le pays de la crise envenimée par le CEP à six membres.    

Ce CEP, c’est un irritant, tout comme l’amendement. C’est l’aboutissement d’un processus d’exclusion, explique le docteur Maryse Narcisse de Fanmi Lavalas au président de la République. Le parti de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide, poursuit Maryse Narcisse, est pour le dialogue mais contre « les fuites en avant » et « la politique du fait accompli ».

Appelée ailleurs, Maryse Narcisse rate le “Joe Lambert show”. Conspué par moments et applaudi par des supporteurs du camp Martelly, plus nombreux dans la salle en fin d’après-midi, après le diner, l’ex-sénateur Joseph Lambert reprend l’argument de Youri Latortue enjoignant le Parlement à emboîter le pas aux deux autres pouvoirs.  Si j’étais au Parlement, ce problème aurait été résolu, gage Lambert. « Conseil électoral provisoire, c’est du passé. Nous sommes dans l’ère du permanent avec un Conseil électoral permanent et un dialogue permanent », affirme le vieux routier de la politique, des messages à lire entre les lignes.

Martelly garde le cap

Au terme de sept heures de discussions et d’une heure vingt trois à attendre les conclusions de la journée, le président Martelly a repris les arguments de son camp et surtout les mots de Joseph Lambert.  Martelly indique être pour la poursuite du dialogue permanent, la multiplication des rencontres pour rétablir la confiance des partis politiques au CEP pour qu’ensemble, tout le monde participe à des élections libres et transparentes. « Le provisoire est au passé », rappelle Martelly, soulignant qu’il a été candidat, victime d’un appareil électoral partisan. « C’est grâce à la mobilisation du peuple que je suis devenu président. Je ne voudrais pas que cela arrive encore en Haïti où j’attire des investisseurs », confie Michel Joseph Martelly avant de laisser la salle à des politiques acides et heureux qui répondaient aux questions des journalistes.

 

Entre déception et satisfaction moyenne

« C’est un manque de respect. M. Martelly a diminué son pouvoir de convocation dans le pays », indique Evans Paul du KID. « Non, poursuit-il, nous n’avons pas été dupés. Je ne m’étais pas leurré. Dès le départ, je voyais que c’était un carnaval politique. Mais, en tant que démocrate, je ne pouvais pas préjuger que cela allait se terminer ainsi, comme une pièce de théâtre dont la fin a été jouée d’avance », explique Evans Paul, rappelant qu’il n’y a pas de dialogue sans concession.

« Nous avons passé la journée avec le président. Il avait dit qu’il écoutait mais la conclusion, avec ses déclarations, nous avons vu qu’il n’écoutait personne », déplore Himmler Rébu du GREH, qui craint que cette crise ne débouche sur une catastrophe pour le pays.

« Je m’attendais à une autre déclaration de la part du président. Ses propos indiquent qu’il n’y avait pas un dialogue », confie Edmonde S. Beauzile.

Toutefois, Rosny Desroches de l’ISC confie que ce dialogue “s’est révélé fructueux” . Le président de la République a accepté de poursuivre le dialogue avec les parlementaires, les partis politiques, la société civile. Beaucoup de gens s’attendaient à ce que le président mette sur le tapis le vote du CSPJ. Il ne l’a pas fait. Mais, nous sommes en négociation », ajoute Desroches, avec une petite nuance : « Je suis moyennement satisfait ». 

Un peu après 8 heures du soir, au cocktail offert par la présidence, le débat a gagné les jardins du Karibe. Cette fois, des protagonistes étaient plus détendus en dégustant des bouchées à la noix de coco.

Roberson Alphonse roberson_alphonse@yahoo.com
Credit : Le Nouvelliste

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