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Les personnalités de l’année 2012

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Pour le meilleur et pour le pire, ils ont marqué l’année 2012. Le Nouvelliste publie dans cette édition sa liste de douze personnalités et produits de l’année qui se termine. Comme l’an passé, on y retrouve ceux, d’ici ou d’ailleurs, qui ont pesé sur notre vie de peuple pendant l’année 2012. Une façon simple de leur rendre hommage ou d’éclairer leurs actions. La liste est présentée par ordre alphabétique. D’une année à l’autre, seul le président Michel Martelly a fait la passe de deux. Avec cette livraison, les produits font leur entrée dans la liste. Salami et Rhum Barbancourt, eux aussi, ont marqué l’année. Pour le meilleur ou le pire.

Mario Andrésol

C’est l’histoire du chef de la Police nationale d’Haïti au plus long règne, en 17 ans de vie de l’institution. C’est l’histoire du directeur général de la PNH qui n’a jamais eu le support plein et entier des trois présidents sous lesquels il a servi. C’est l’histoire du gendarme qui rêvait d’être mannequin. C’est l’histoire de Mario Andrésol. Le jour où il fait la une de Ticket Magazine et a posé dans ses tenues civiles très modes, ses contempteurs s’étaient dit que c’est fini du chef de la police; il se dévoile; il est meilleur à défiler qu’à filer le train aux bandits. Andrésol a réussi à passer plus de sept ans à la tête de la PNH en portant l’uniforme avec élégance et ses habits civils comme un mannequin. Sept ans à créer des vêtements pour lui-même et à garder une cohésion à la PNH. Si René Préval l’a laissé faire dans un splendide isolement, Michel Martelly, dès sa prise de pouvoir, ne cache pas que les choses vont changer. De fait, le président multiplie des nominations qui seront dénoncées par les organisations de défense des droits humains, puis par le chef de la police lui-même. Andrésol dira au Nouvelliste qu’on lui demande de réintégrer des policiers qu’il avait lui-même arrêtés. Les jours de l’ancien militaire étaient comptés. Martelly a attendu la fin de son mandat constitutionnel pour lui signifier son départ. Et on dirait que Mario Andrésol n’attendait que cette formalité pour se mettre au service de sa vraie passion : la mode. M.A Collection pour Mario Andrésol Collection lui a permis à nouveau de faire la une de Ticket Magazine.

Andrésol aura servi avec mesure une institution clé dans la construction de la démocratie en Haïti. C’est avec tact qu’il a géré le passage de trois présidents pendant qu’il est directeur général de la police. Il a réussi à garder l’institution hors de la politique. Même le piège de la reconstitution de l’Armée d’Haïti, il a su l’éviter en ne portant pas ses troupes à affronter les militaires remobilisés qui ont traîné leurs bottes  dans d’anciens campements des FAD’H en 2012.

Sur la liste de ses réalisations à la tête de l’institution policière, il faut souligner  l’augmentation des effectifs, la structuration des services avec l’appui de la communauté internationale. La première tentative d’instaurer un système de vetting et le plus long processus de respectabilité du métier de policier. Mario Andrésol est aussi parti par la grande porte, sans scandale. Il a donné du sens au verbe servir qu’on retrouve dans le slogan de la police nationale.

André Apaid Junior

L’entente cordiale entre le monde des affaires et l’administration Martelly-Lamothe tarde à se concrétiser. Cela patine. Les amitiés sont récompensées, mais pas de politiques publiques pour impliquer le secteur des affaires dans le combat pour le relèvement national. Et ce n’est pas André Apaid Junior qui dira le contraire. Quelques jours après un échange public de mots vifs avec le président Michel Martelly, l’homme d’affaires se retrouve sur une liste de mauvais contribuables, publiée par la Direction générale des impôts. Se sachant dans son droit, Apaid décide de passer outre une interdiction de départ émise contre sa personne et prend le chemin de l’aéroport. Les services de l’émigration le stoppent. On connaît la suite, le tollé et sa lettre cinglante au président Martelly. Dans la longue missive, l’ancien homme fort du Groupe des 184 et de l’Initiative de la société civile -qui avaient affronté Jean-Bertrand Aristide en 2002-2004- met au défi le pouvoir qui finira par reconnaître son erreur dans son cas. Une seconde lettre, cette fois du Dr André Morno, jettera un froid dans les relations entre le président et la diaspora haïtienne qui paie des taxes sur les appels téléphoniques et les transferts depuis son accession au pouvoir. Morno, revenu de l’étranger avec un pécule, érige un complexe d’appartements, voisin limitrophe du président, il explique dans sa lettre que sa maison est convoitée par la famille présidentielle et qu’il subit menaces et représailles fiscales de la part de la DGI. Interprétée comme une tentative de spoliation d’un dur travailleur de la diaspora, l’affaire Morno laisse des traces.

Plus que ces deux épisodes peu glorieux entachant les relations entre le pouvoir Martelly-Lamothe et les hommes d’affaires haïtiens, il existe encore un vrai malaise entre le pouvoir politique et ceux qui détiennent les capitaux, créent des emplois et sont présents sur le terrain depuis des décennies. Il y a comme une non-reconnaissance réciproque des rôles et attributs de chaque groupe. Pour des observateurs avisés, il y a une vraie philosophie du déni dans le constant souci de l’équipe Martelly-Lamothe de promotion du slogan « Haiti is open for business ». Open pour que de nouvelles forces, de nouveaux acteurs viennent, des acteurs qui, eux, seront redevables aux maîtres du pouvoir politique actuel. Il y a aussi une attitude de sourd mépris, une froideur tout au moins, de la part des investisseurs locaux qui se sentent non sollicités par ce pouvoir. Les amis mis à part.

Clifford Brandt

C’est le coup de tonnerre dans le ciel des bonnes réputations : Clifford Brandt. Le rejeton d’une des familles de premier plan du pays depuis près d’un siècle s’est fait arrêter pour son implication dans l’enlèvement et la séquestration de deux enfants Moscoso, du nom du P.D.G. de la principale banque du pays. L’affaire sordide se complique quand la police dévoile les noms et titres de certains des complices présumés de Brandt. Les noms de policiers et de responsables de l’appareil sécuritaire de la présidence sont cités. Cela fera un boucan d’enfer avant que, pour faute de preuve ou raison d’Etat, le silence s’installe. Brandt et deux complices sont enfermés depuis dans la toute nouvelle prison de Croix-des-Bouquets destinée aux condamnés. Là encore cette affaire souligne les dérèglements de la société haïtienne car les vrais prisonniers condamnés après jugement ne peuvent accéder à la prison qui leur est réservée. Trop belle et trop neuve supputent les autorités qui les laissent se mélanger aux petits délinquants en garde à vue dans des cellules surpeuplées.

Autre accusé de marque qui provoque un choc dans la société : Josué Pierre-Louis. L’avocat, ancien ministre de la Justice, conseiller du président Michel Martelly et président du Conseil électoral permanent, est accusé de viol par une connaissance. Les organisations de défense des droits humains sont mobilisées sur le cas. Ils craignent qu’un pilier du système judiciaire échappe à la justice. La présidence se retranche derrière une neutralité embarrassée et prêche qu’on doit laisser à la justice faire son travail.

Pour parler de la justice, 2012 a été l’année de l’hécatombe pour la poursuite. Pas moins de sept personnalités ont occupé le poste de commissaire du gouvernement, des fois pendant quelques heures seulement. Le commissaire du gouvernement est un poste éminemment politique, mais aussi de haute responsabilité en ce qui concerne la protection de la société. Emblématique commissaire du gouvernement, Jean Renel Sénatus, dit Komisè Zokiki, aura marqué son passage pour sa lutte contre le détournement de mineurs, les nuisances sonores, les affaires de mœurs.

2012 a vu la petite criminalité s’étendre sans alarmer personne. La grande s’est renforcée.

Pierre Espérance

C’est une voix à l’accent particulier. C’est une voix qui dérange. Toujours les puissants. Pierre Espérance du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) agace quand il parle. Pas à cause de son timbre si reconnaissable, mais à cause de la teneur corrosive de ses propos, de ses accusations, de ses dossiers. Le RNDDH détient les archives embarrassantes de l’Etat de droit en construction en Haïti et ne se ménage pas pour les sortir au bon moment. Autant l’ONG était active contre Jean-Bertrand Aristide dans les années 2000, autant elle met à nu les dérives et les impairs du pouvoir Martelly dix ans plus tard. Cela est si rare en Haïti de voir une action non partisane qu’il faut saluer la particularité de l’équipe réunie autour de Pierre Esperance. Son courage aussi. Car souvent les affaires sont sensibles et les protagonistes rarement des enfants de chœur. Comme partout, il arrive au RNDDH de faire fausse route, de s’entêter à creuser des impasses, de s’enflammer au quart de tour, mais souvent, elle est la seule voix qui ose se lever dans le désert silencieux et fertile de l’accommodement. Et c’est un responsable politique de premier plan qui aura le compliment le plus flatteur pour Pierre Espérance et le RNDDH : « c’est vrai qu’il nous emmerde avec cette affaire, mais lui et le RNDDH nous ont permis de faire comprendre au président Martelly que nous faisions fausse route… », a-t-il déclaré au Nouvelliste en off au sujet de l’intégration de certains éléments au premier plan dans la Police nationale d’Haïti.

Dans la lignée de Pierre Espérance, il faut placer les avocats André Michel et Newton St-Juste. Les motivations sont différentes, les approches peu semblables, mais eux aussi se dressent en défenseurs de la société et osent soulever des dossiers qui font peur.

Leonel Fernandez

Leonel Fernandez restera celui qui a resserré les liens entre Haïti et la République dominicaine. En janvier 2012, il tenait la promesse faite au nom de son pays et l’annexe de l’Université d’Etat d’Haïti de Limonade était inaugurée en grande pompe. En outre, Fernandez sera aussi celui qui a su captiver les dirigeants politiques haïtiens en leur offrant son appui et même plus… si nécessaire. Au passage, il a fait de son pays le premier partenaire commercial d’Haïti et les entreprises dominicaines avalent contrats sur contrats avec de bonnes et de très mauvaises conséquences… Pour s’imposer en frère et ami, Fernandez est passé du président dominicain chahuté et assailli à coup de caillasses lors d’une visite à Port-au-Prince le 12 décembre 2005 au rang de premier dirigeant politique à tendre la main à Haïti après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Francophone, à travers sa fondation « Fundación Global, Democracia y Desarrollo » (Fondation globale pour la démocratie et le développement), il tisse depuis des années des liens avec les intellectuels et hommes d’affaires haïtiens, collectionne les ouvrages écrits sur Haïti ou par des Haïtiens. Leonel Fernandez a cherché à comprendre l’âme haïtienne dans l’intérêt de son pays. Car Fernandez est aussi celui qui tient à distance les Haïtiens qui vivent en République dominicaine pour ne pas se mettre à dos une frange importante de la classe politique dominicaine.

Sur la liste des étrangers qui ont marqué 2012, il faut citer l’acteur et activiste humanitaire Sean Penn, le Blanc qui a démoli le palais national à notre place. Il y a aussi le fameux Dr Paul Farmer et son hôpital universitaire de Mirebalais. Penn et Farmer représentent les nouveaux visages des ONG. Ils ont plus de poids que les acteurs haïtiens et parlent au nom d’Haïti dans des cercles de pouvoir et d’influence où les responsables locaux n’ont pas accès. Par amour pour Haïti, sans doute, ils captent des financements disponibles au détriment de la partie haïtienne pour réaliser leur agenda en Haïti. Sont-ils au service d’Haïti, se servent-ils d’Haïti ? Un peu des deux. A nous de les mettre à notre service.

Yves Jean-Bart

Il truste le monde sportif, celui du football en particulier, depuis si longtemps que l’on oublie qu’il a servi à tous les postes depuis son plus jeune âge. Chroniqueur sportif, dirigeant de club, pionnier du football féminin haïtien, président de la Fédération haïtienne de football, Yves Jean-Bart est aimé ou détesté, mais personne ne peut lui contester sa passion viscérale pour le football. Sous sa houlette, le patronage sportif de haut niveau a fait son entrée dans le sport en Haïti, les joueurs de la diaspora ont conquis leur place en sélection nationale et les résultats suivent. Champion de la Digicel Cup, participation à la Coupe du monde des moins de vingt ans en Corée du Sud, animation sans pareille au sein de toutes les catégories d’âge pour la sélection nationale. Si Haïti est 39e au dernier classement FIFA, c’est l’œuvre de Dadou qui a su surfer sur le travail d’autres acteurs comme Evans Lescouflair, il y a de cela quelques années. Il serait bien que vienne le temps où la Fédération Haïtienne de football n’a pas à quémander pour financer chaque sortie à l’extérieur d’une sélection nationale et le président Jean-Bart à remercier les autorités pour leur magnanimité comme cela se fait depuis une cinquantaine d’années.

Dans le monde sportif, il faut souligner le travail du fils et conseiller du président Michel Martelly, Olivier Martelly, qui a la charge de conduire la politique de construction des infrastructures sportives qu’il ne faut pas confondre avec une politique sportive. Dans ce secteur, les investissements consentis dans les athlètes portent des fruits plus significatifs que les mini-stades abandonnés sans budget d’entretien après leur inauguration.

Impossible aussi de ne pas faire mention de Samyr Lainé, le seul Haïtien finaliste aux Jeux Olympiques de Londres, qui a poussé un retentissant cri pour dénoncer ses difficultés de vivre de son sport et pour son sport, le triple saut.

Moïse Jean-Charles

Tonitruant ce Moïse Jean-Charles. Il n’y a pas meilleur mot pour parler de ce sénateur du Nord qui enlève le sommeil au président de la République, à sa famille et à ses partisans. Moïse agite toujours un dossier, a une révélation à faire, une mise en garde à lancer, supporte une manifestation antigouvernementale. La presse a fini par comprendre que Moïse ne dit pas toujours la vérité, mais jamais il ne ment totalement. Il y a un peu de vrai et beaucoup d’affabulation dans chacun de ses propos. Mais voilà, l’homme n’est pas un citoyen ordinaire. Il est sénateur de la République avec titre, privilèges et fonction. C’est son devoir et de sa responsabilité d’alerter, d’aiguillonner, de claironner ce que bon lui semble, le temps de son mandat. On se doit de l’écouter, de lui donner tribune. A ses ennemis et contradicteurs de lui donner la parade. L’homme Jean-Charles n’est pas une création médiatique, il n’existe pas parce que les médias lui donnent la parole, contrairement à ce que l’on croit. Moïse a un poids sur l’échiquier politique : leader régional, ancien maire de Milot, ancien conseiller spécial du président René Préval et premier sénateur du Nord, cela fait des années qu’il est au haut de l’affiche.

Moïse souligne par ses coups d’éclat la fragilité des coalitions éphémères bricolées à la va-vite et sans ajout de ciment idéologique ou stratégique par le camp du président Martelly. Si Moïse reste cohérent dans ses diatribes et au premier plan, on ne peut pas en dire autant des alliés du président au Parlement. Par exemple, la coalition présidentielle annoncée à grand renfort de tapage médiatique au Club Indigo n’a pas pu peser et faire tenir séance à l’Assemblée nationale extraordinaire convoquée par le président Martelly lui-même.

Les échos de la clameur que provoque Moïse trouvent un terrain favorable grâce au vide et aux erreurs de ses adversaires.

Laurent Lamothe

Laurent Lamothe, le sponsor, l’ami, le financier, est devenu le Premier ministre de Michel Martelly en 2012 après avoir été super ministre et grand conseiller en 2011. Tout le monde a trouvé normal que Lamothe remplace Garry Conille, le fonctionnaire international égaré dans la cour Martellienne. Lamothe aux commandes, c’est une autre façon de gouverner avec un Ipad et deux BlackBerry, disent ceux qui s’en amusent. C’est surtout un Premier ministre qui s’essaie à piloter comme un véhicule de formule 1 la vielle guimbarde de l’Etat haïtien. La « bogota » survivra-t-elle ? Lamothe le véloce, lance chantier sur chantier depuis qu’il est aux commandes. Lamothe, c’est la diplomatie d’affaires; Lamothe, c’est l’ambition d’être le Mister clean de Martelly; Lamothe c’est Monsieur-anti-la-vie-chère, Lamothe, c’est la velléité de créer des emplois; Lamothe c’est aussi la lutte contre la contrebande et la corruption, autant de sentiers pris par le Premier ministre qui tardent à se transformer en route. Lamothe n’a pas de disciples. Peu de ses collaborateurs arrivent à suivre son rythme. Il épuise les chefs de cabinet, renvoie sur une faute ses conseillers, ne prend pas le temps long de la réflexion, impliqué qu’il est dans l’action permanente. Cela coûtera cher à la République, c’est certain. Réussira-t-il à embrigader assez d’ouvriers pour mener à bien toutes ses ambitions ? La question provoque débats et divergences même dans les premiers cercles du pouvoir où il n’a pas que des amis. Alors, pour résister, le PM s’aménage des alliés dans la presse, au Parlement, auprès des ambassades, qui voient en lui une voix modérée, un visage présentable.

Lamothe, c’est aussi un souci permanent de donner chance et parole à des jeunes loups. Trois ministres se dégagent du lot : Stéphanie Villedrouin au Tourisme, Rosanne Auguste à la lutte contre la pauvreté extrême et aux droits de l’homme et Marie Carmelle Jean-Marie à l’Economie et aux Finances. Elles sont toutes les trois novices, sans expérience des fonctions politiques de haut niveau comme leur PM, elles font de leur mieux, mais ont déjà la lourde tâche de tracer le sillon de l’héritage Lamothe. Si elles arrivent à faire du tourisme plus qu’un slogan, des droits de l’homme une vraie préoccupation et à stopper la machine à dépenser sans grandes visions du gouvernement, elles auront réussi une gageure.

Michel Martelly

Le président Michel Martelly est sur tous les fronts. Pas un jour sans un communiqué de son service de presse alertant sur un fait, une présence ou une action impliquant le président. Si un jour passe sans une annonce, le lendemain trois d’un coup bouchent le trou. Michel Martelly se veut président, ministre, directeur général, animateur de la dynamique de son pouvoir et contrôleur général. Sa fougue fait indéniablement avancer des dossiers, mais cause aussi des fois des flops dans un pays où les délais ne sont respectés qu’à l’aune des retards constatés. Mais Martelly en bougeant tout le temps efface les ratés, transforme les inconvénients en avantages. Il a fallu qu’une embolie pulmonaire le mette dos dans un lit de repos pour que l’on se rende compte que le président est un homme comme les autres. Cela dit de sa maladie, on attend encore le renforcement du système hospitalier national qui nous permettra de bien soigner un chef de l’Etat comme le commun des mortels.

L’année 2012 a été aussi marquée par les nombreux voyages du président de la République. Martelly avec le pape restera dans les mémoires même si l’ancien chanteur n’est pas le premier président à avoir eu l’honneur d’être reçu au Vatican. Pour ce qu’il est de sa rencontre avec l’empereur du Japon, pas de doute, c’est une première. Pourquoi se sont-ils vus ? Qu’est-ce que Haïti a offert au Japon ? Quels étaient les vrais buts de ce voyage ? Mystères.

Parlant de voyage, les passeports du président de la République ont tenu la population en haleine. La crise majeure autour de la nationalité de Michel Martelly est symptomatique de ce qui nous attend dans les années à venir avec l’adoption des amendements de la Constitution de 1987. Qui est haïtien ? Voilà une question qui n’a plus de réponse claire.

Et ce ne sont pas les élections prévues pour 2013 qui vont faire taire les interrogations légitimes ou procédurières que chaque candidat peut avoir envers un concurrent qui a vécu à l’étranger.

Cela dit, Michel Martelly boucle l’année sur une autre victoire pour le peuple haïtien, comme il aime le dire : une entente est trouvée sur le Conseil électoral provisoire. Le parlement et l’exécutif, sous le regard bienveillant des hommes d’Eglise d’Haïti, se sont entendus pour violer la toute jeune Constitution amendée. Un viol sans violence, avec consentement des acteurs, qui accouche d’un Collège transitoire pour piloter le Conseil électoral permanent.

Rhum Barbancourt

C’est le produit de l’année 2012. Le produit haïtien par excellence. Ce bon vieux Rhum Barbancourt avec ses étoiles, son arôme, sa robe et son goût inimitable enjambe tous les clivages, réunit toutes les parties autour d’un verre, même si ce n’est pas sur la même table. Tout le monde en dit du bien, mieux, en est fier. C’est le synonyme préféré des Haïtiens. Qui dit Haïtien dit Barbancourt. La petite mallette jaune qui prend chaque jour l’avion ou la bouteille cachée au fond d’une armoire pour les jours de coups durs ou de fête impromptue, il y a toujours un Rhum Barbancourt pas trop loin de là où se trouve un natif-natal. Ce produit est un peu nous, il y a des gouttes de Barbancourt dans les veines de chaque Haïtien. C’est notre meilleur symbole. Le Rhum Barbancourt est sombre et fort. Pas assez puissant pour conquérir le monde, mais particulier et remarqué. Comme nous. En cette année qui ramène son cent-cinquantième anniversaire, on espérait que le Parlement ou le gouvernement profite de l’occasion pour le célébrer. Lui rendre hommage. S’appuyer sur la renommée du Rhum Barbancourt pour rehausser la destination touristique que nous rêvons d’être. Ce serait bien de voir le Rhum Barbancourt récipiendaire d’une distinction nationale, mis sur un piédestal, cité en exemple de société responsable et admirable. Cent cinquante ans de bons et loyaux services !!! Rien ne protège l’héritage Barbancourt, surtout pas nos frontières ouvertes et notre indifférence polie à ses succès empilés année après année.

L’exemple Barbancourt est à suivre. On ne peut que souhaiter une aussi longue et belle vie au parc industriel de Caracol et à l’hôtel Oasis. Deux nouvelles institutions lancées cette année avec la promesse d’apporter emplois et nouvelles perspectives dans leurs secteurs respectifs.

Salami

C’est la salle affaire de l’année 2012. Des analyses de laboratoire conduites en République dominicaine, pays où ce produit consommé dans toutes les familles haïtiennes est fabriqué, ont révélé la présence de traces de matières fécales dans certaines variétés. Il s’en est suivi une indignation nationale et la prise de mesures d’interdiction d’importation de ce succédané de la viande. Le mot salami est passé au langage courant pour désigner les plus viles actions ou situations. Que reste-t-il en cette fin 2012 de l’affaire du salami ? Dans les villes frontalières, le produit continue à être vendu sur les marchés. Le contrôle de qualité n’est toujours pas instauré pour les marchandises qui entrent en Haïti et qui sont vendues sous la foi de la déclaration du producteur ou de l’importateur. Sur le plan local, ni le ministère du Commerce, ni celui de la Santé, ni celui de l’Agriculture n’a profité de cette mésaventure pour instaurer de vraies brigades de contrôle de qualité pour les produits transformés ou manufacturés en Haïti. Pour ce qui est du petit commerce, de la fabrique de glace, de jus, du manje kwit (aleken) au plus grand restaurant, seule la chance nous épargne de consommer du salami… la substance sinon le produit même. Qui s’en préoccupe ?

T-Vice

Deux carnavals en moins de six mois, dont un en province. Il fallait un chanteur au pouvoir pour le faire. Ne pas regarder à la dépense, y aller pour le plaisir. Dans ce brouhaha festif, un groupe musical a tiré son épingle du jeu : T-Vice. Le groupe a remporté cette année, sans discussion aucune, le match contre son rival Djakout pour s’imposer leader sur tout le territoire. Plus qu’une affaire de méringue carnavalesque plus entraînante ou de comportement sur les parcours plus performants, T-Vice a remporté la palme du groupe haïtien le plus présent sur la scène haïtienne et mondiale en portant le compas à l’oreille de divers publics.

Les enfants de Robert Martino et de Jessy Al Khal bénéficient aussi de leur amitié particulière avec le pouvoir, eux qui étaient en polémique avec Sweet Micky avant de faire la paix avec Michel Martelly.

Le bonheur de T-Vice n’est pas cependant le fidèle reflet de la bonne santé du compas. Le genre musical créé par Nemours Jean-Baptiste traverse un passage à vide.  T-Vice lui-même assure sa suprématie sans s’imposer avec de mégas hits.

Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter: @Frantzduval
 Credit: le Nouvelliste

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