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Le temps du verbe ministériel

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Les parlementaires s’en mordront un jour les doigts. Ils ont déshabillé la présentation de la politique générale pour la réduire à sa plus simple expression. Ils ont décrédibilisé l’interpellation des ministres. Ils n’ont jamais pu introduire un rendez-vous hebdomadaire ou mensuel avec le gouvernement pour le soumettre à la Question. Sans vergogne, les parlementaires traînent sans arrêt dans les couloirs des ministères mendiant en permanence au lieu de jouer leur rôle de contrôleurs de l’action gouvernementale. Voilà que le gouvernement s’offre une fois par mois un grand oral qui coupe l’herbe sous les pieds du Parlement.

L’avantage est double. Le gouvernement a toute la visibilité de l’action et du contrôle -le Premier ministre est tantôt animateur, tantôt surveillant-, et en profite pour transformer en spectacle vivant un exercice qui devrait en réalité se faire à huis clos, pour permettre de discuter de dossiers chauds, délicats ou secrets.

Avantage supplémentaire, tout est sous contrôle. Pas de question qui fâche ni de têtes brûlées sorties du rang des élus qui cherchent à coincer le Premier ministre ou un de ses ministres.

Les parlementaires qui assistent dans la salle ou interviennent par téléphone sont des jokers qui profitent pour pousser leurs demandes. Un bonus pour le gouvernement qui peut en direct régler les affaires de la population et des élus.

L’équipe Martelly-Lamothe ressuscite les réunions de cabinet qui étaient tombées en désuétude. Certains de nos présidents de ces dernières années n’en faisaient presque plus. Peu de dossiers s’y discutaient. Les ministres étaient en prise directe avec leur chef; le président pouvait se permettre de se passer de son Premier ministre ou le Premier ministre de ne pas être sur la même longueur d’onde que son président. Pas étonnant que les conseils des ministres se faisaient rares.

Martelly aussi a connu des ratés dans son rôle de président. Fini cette période depuis qu’il a son ami Laurent Lamothe à la primature. Et le conseil des ministres a donné naissance au conseil de gouvernement ouvert à la presse, au pays et retransmis même dans la diaspora. Le conseil de gouvernement radiotélévisé attire même le président de la République, qui a transformé celui tenu au Cap-Haïtien en conseil des ministres le temps d’une intervention via Skype. Martelly, nous n’en doutons pas, s’invitera en chair et en os au prochain ou invitera la presse à son conseil des ministres.

Le show tient en haleine et c’est sans risque. La démocratie en direct dans toute sa splendeur. Chaque ministre égrène ses envies, explique ses retards, demande une rallonge budgétaire, se fait complice d’un parlementaire qui le met au pied du mur pour une promesse qui tarde à se matérialiser. Et comme par enchantement, l’argent manquant est disponible.

Au début était le verbe, et il se fera projets, routes, ponts et autres réalisations concrètes. Telle est la leçon que la population apprend à l’occasion de ces reunions en direct.

Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@dalfaz
Credit: Le Nouvelliste

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