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Kanpèch pap ka mate l

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C’est la guerre froide entre le comité carnavalesque et les groupes musicaux depuis la sortie de la liste officielle des participants pour les jours gras. Subtilement ils échangent des propos sur un terrain pavé de malentendus. Certains des non-retenus digèrent mal le classement. D’autres ne savent sur quel pied danser ou la posture idéale à adopter pour gagner la sympathie des responsables. Dans la mêlée, Kanpèch, en dépit du succès de sa méringue « Nou pap ka mate l », se voit exclu des favoris. Mais quoi qu’il en soit, Frédo, porte-voix de la formation, ne fait pas de concession. Le chanteur revendique la reconnaissance légitime de sa méringue à travers une solide campagne médiatique, comme une poursuite en justice, pour réclamer son ticket de participation

Le carnaval a toujours été le moment favorable où les groupes musicaux rivalisent et déballent les sujets les plus osés de l’actualité pour apporter de folles ambiances. Musique, politique, polémique… presque toutes les stratégies sont mises en oeuvre pour tirer son épingle du jeu. Ainsi, depuis des lustres, le rasin exploite les dédales politiques sans fin comme cheval de Troie pour triompher au carnaval. Ressources naturelles inépuisables engendrées par les politiciens, se renouvelant régulièrement de scandales et des coups de théâtre intempestifs, à la faveur des compositeurs de méringues. Mais attention ! Aujourd`hui, le temps est révolu. Il semble déconseillé aux musiciens de puiser dans la politique s’ils souhaitent bénéficier des bonnes grâces des dirigeants, a fait comprendre Pierre Louis Frédéric, dit Frédo. « Espérer figurer sur la liste des participants pendant les jours gras recommanderait de se clouer le bec et de chanter en bon enfant que la vie est rose. Sinon vous n’avez aucune chance ! Le comité de doublure du carnaval manipulé par le président Martelly avait sa petite liste de privilégiés bien avant le coup d’envoi des festivités », tempête Frédo, lead vocal de Kanpèch. Fidèle au parcours carnavalesque depuis 1995, Kanpèch, quinze ans d’existence, a seulement manqué les deux derniers défilés organisés sous le gouvernement Martelly. Le groupe a longtemps été parmi les meilleurs de la tendance rasin. A présent la nostalgie des chars musicaux et des bains de foule ravive de beaux souvenirs dans la mémoire de ces musiciens. « C’est étonnant de voir comment Michel Martelly a beaucoup changé. Lui qui n’avait aucune retenue dans ses compositions musicales… Lui qui dénonçait tout, qui pointait du doigt qui il veut. Celui qui agissait comme un “bandi legal” refuse maintenant que les groupes musicaux jouissent normalement de la liberté d’expression », argumente Frédo. S’il est clair que ceux qui ont le sésame d’offrir des chars à volonté ne font pas de cadeau à ceux qui glissent des cailloux dans leur soulier, il n’en demeure pas moins qu’ils peuvent tout bonnement vous ouvrir les portes du parcours carnavalesque ou vous les fermer à double tour si vous êtes critique dans vos méringues. Comme radier une créance douteuse en comptabilité. Toutefois, le chanteur garde le front altier. Il n’entend pas implorer la faveur des décideurs. « Le comité fait la sourde oreille, alors qu’il sait que la méringue de Kanpèch est sans doute des plus populaires. On a respecté les consignes de participation et on fait partie aussi des ténors de la musique haïtienne. Par conséquent, il n’est pas question que je contacte qui que ce soit pour des supplications ou des compromis », explique Frédo avec dégoût. « C’est à tort que le gouvernement ignore l’essence même du carnaval. Seul période où l’on peut se permettre de dire à haute voix ce que les autres chuchotent. De se défouler tout en dénonçant les mauvaises pratiques qui gangrènent la société, puis apporter des messages de réconfort », poursuit-il. « M pap ka mate li », texte musical passant en revue les déboires et la résilience du peuple haïtien, aurait compromis les chances de Kanpèch à pouvoir performer les 10, 11 et 12 février prochains. Selon Pierre-Louis Frédo, « on va redoubler d’efforts pour continuer la course. On reste optimiste quant à notre participation au carnaval du Cap », ville natale de l’artiste. De l’avis de certains animateurs radios, le sort de Kanpèch était tiré d’avance. L’orientation de la méringue du groupe l’avait placé d’office dans la liste des disqualifiés. En attendant que les derniers pions soient joués, les fans de la tendance rasin guettent désespérément la présence de Kanpèch aux côtés de Koudjay cette année.
Dimitry Nader Orisma
Credit: Le Nouvelliste

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