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Le PRI prend Lamothe au piège

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Les députés du bloc Parlementaires pour le renforcement institutionnel(PRI) n’ont pas fait dans la dentelle. Passant de la parole aux actes, ils ont empêché le Premier ministre Laurent Lamothe de présenter son bilan à l’ouverture de la première session ordinaire de l’année législative, ce lundi, en présence du corps diplomatique et de personnalités de la classe politique.

« Je me plie aux exigences de la Constitution en soumettant au bureau de l’Assemblée nationale les exemplaires du bilan de l’action gouvernementale pour l’année 2012 et les perspectives pour l’année 2013 »,  a déclaré Laurent Lamothe, alors que fusaient bruits de cloche, sifflets et interjections hostiles, avant de remettre le document au président de l’auguste assemblée.

Faisant un maximum de bruit, les parlementaires de l’opposition ont offert un spectacle inédit dans l’enceinte du Parlement – qui en a pourtant vu d’autres . « Par cet acte, nous espérons que le PM va  prendre conscience de son état et s’il n’est pas un mauvais élève, il mettra ses devoirs au propre »,  a  dit le député  Sadrac Dieudonné, le chef du PRI, tout en s’indignant du fait que Laurent Lamothe a boudé plusieurs invitations ainsi qu’une convocation du bloc. Les parlementaires du PRI jurent qu’ils ne cesseront leur travail de sape que lorsque leurs communes auront reçu les fonds idoines prévus dans le budget national…

Pour le député Abel Descollines, l’acte posé par ses collègues du PRI est « impensable et malheureux pour la démocratie » et tend à ternir l’image du Parlement. Le porte-parole du bloc Parlementaires pour la stabilité et le progrès (PSP) déplore en plus le fait qu’au sein même du bureau de l’Assemblée nationale il  y a un membre du PRI qui participait au boycottage de la présentation du bilan du Premier ministre.

Le sénateur Pierre Francky Exius a, quant à lui, dénoncé le bureau pour avoir pris acte du dépôt du document soumis par le chef du gouvernement. « Le Premier ministre  n’a pas présenté son bilan. Selon la Constitution, il doit d’abord faire  l’exposé des motifs de son bilan avant de le déposer par-devant le bureau de l’Assemblée nationale », a-t-il argué. Il croit néanmoins que  « le chef du gouvernement devrait tirer sa révérence après un tel acte du PRI ».  Le Parlement, a-t-il dit, devrait prendre conscience de l’état des choses pour interpeller Lamothe dans un bref délai.

Martelly n’a pas tremblé

Les députés de l’opposition qui ont boycotté Laurent Lamothe n’ont pas laissé Martelly tranquille non plus. Comme un arbitre sanctionnant des joueurs qui ont commis des fautes, ils ont symboliquement tenu en l’air des cartons jaunes pendant que le chef de l’Etat prononçait son discours.

Dans son exposé général de la situation,  le chef de l’Etat a manifesté le désir de favoriser une relation fructueuse entre l’exécutif et le législatif. « La collaboration de ces deux branches de l’Etat est indispensable pour une bonne gouvernance. Il nous faut donc transcender nos divergences pour travailler aux bénéfices des intérêts supérieurs du pays », a dit le premier mandataire de la nation.

Tout au long de son discours, le président Martelly a mis l’accent sur la nécessité d’une croissance modérée de l’économie haïtienne pour l’année 2013. Nous comptons, a-t-il continué, sur l’effort de tous pour favoriser cette croissance.

Michel Martelly, qui aura deux ans au pouvoir en mai prochain, se félicite des réalisations de son administration et des perspectives pour l’année à venir. «  Les grands chantiers  de la reconstruction se poursuivent tels que la construction de l’aéroport du Sud, le route Cayes-Jérémie, la route Hinche-Cap-Haïtien, la route Fermate-Frères,  la construction des bâtiments publics, la construction de logements sociaux et d’infrastructures de santé,le fonctionnement du parc industriel de Caracol », sont entre autres éléments cités par le président de la République.

L’année de l’environnement

S’il se dit déterminé à faire de cette année celle de l’environnement, Michel Martelly croit qu’elle doit être aussi une année d’élections. « Avec la même détermination, je suis toujours prêt à favoriser le dialogue entre tous les secteurs pour mettre sur pied une structure de consensus devant aboutir à l’organisation des prochaines joutes électorales. Je redoublerai d’efforts pour améliorer la gouvernance politique et éviter que les prochaines élections ne soient pas une source de conflits inutiles pouvant dégrader l’ordre et le climat de paix sociale », promet Martelly dans son intervention d’une trentaine de minutes.

Par delà des clivages idéologiques et politiques, poursuit-il, je demeure ouvert aux discussions avec tous les secteurs dans le respect des règles du jeu démocratique en vue d’organiser des élections libres, transparentes et démocratiques. Il a, par ailleurs, invité  tous les acteurs politiques et sociaux à l’apaisement, condition nécessaire à l’investissement et à la création d’emplois dans le pays.

Le bilan parlementaire

Le président de l’Assemblée nationale Simon Dieuseul Desras a, pour sa part, plaidé en faveur de « la cause de la reconstruction du pays et de la refondation de l’Etat susceptible de réparer les préjudices matériels et moraux subis par nos populations martyres ». Il en profite pour inviter tout un chacun à célébrer le 206e anniversaire du Parlement haïtien, l’un des premiers d’Amérique.

Le sénateur Desras a profité de l’ouverture de la session ordinaire pour dresser un bilan des activités du Parlement pour l’année législative 2012. «  Pour un total de  27 séances plénières, le Sénat a voté 17 lois, 26 rapports de commission déposés, 16 résolutions adoptées, 16 choix ratifiés, dont des ambassadeurs et le chef de la police nationale, 3 instruments internationaux ratifiés. A la Chambre basse, 28 séances plénières ont été organisées et 8 lois votées… », selon des chiffres cités par le président de l’Assemblée nationale.

Le repas des guerriers

A l’issue de la séance houleuse, le chef de l’Etat, celui du gouvernement…et des parlementaires se sont retrouvés autour d’un verre pour faire baisser la tension. L’absence du sénateur Moïse Jean-Charles, farouche opposant à Martelly,  a été remarquée tant à l’Assemblée qu’au repas des guerriers…

Yvince Hilaire et Claude Gilles
Credit: le Nouvelliste

Le Marché en Fer de Port-au-Prince et nous

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11 janvier 2011-11 janvier 2013 ! Deux ans depuis que, en plus de celui de Florvil Hyppolite, le nom de Denis O’Brien est à jamais attaché au Marché en Fer de Port-au-Prince. Rien d’étonnant : le premier a mis le Marché au monde en le faisant construire. Le second lui a donné une deuxième vie en le faisant reconstruire. Le ressuscitant en quelque sorte après le séisme du 12 janvier 2010 qui l’avait tué. Honneur et gloire à Florvil Hyppolite ! Salut et remerciements à Denis O’Brien !

Etrange rencontre à travers les âges tout de même ! Etrange attelage aussi que celui formé par ces deux personnages qui n’ont pas grand-chose en commun !

L’un, président haïtien, homme vertical, droit dans ses bottes, héritier de cette longue lignée de géants venus du Nord et qui ont peuplé la deuxième moitié de notre XIXe  siècle. Marchant sur les traces de Christophe, Hyppolite voulait doter le pays des infrastructures nécessaires à sa modernisation et à son prestige. Le Marché en  Fer qu’il fit construire  demeure l’un des rares monuments qui soient encore en fonctionnement depuis plus de 120 ans. Avec la Citadelle bien sûr qui aura bientôt 200 ans. D’autres monuments comme le Palais Sans- Souci à Milot et le palais aux 365 portes à la Petite-Rivière de l’Artibonite , contemporains de la Citadelle,  ne sont pour le moment que des vestiges d’une génération de grandeur qui fait regretter à beaucoup d’Haïtiens, dont moi-même, que Christophe n’ait pas été en situation de gouverner le pays tout entier.

(Parlant  de Christophe, je me permets d’ouvrir une parenthèse pour dire que je suis persuadé qu’il n’a pas cessé de se retourner dans  sa tombe, depuis le jour où nous avons osé associer son prestige et son nom à un don reçu de la République dominicaine. D’autant que le Cap-Haïtien dispose depuis plus d’un quart de siècle d’une université qui porte bien haut le nom du Roi Christophe. Même si je n’ai pas de problème avec le principe du cadeau de la République dominicaine, j’estime que c’est un affront fait à Christophe que d’associer son nom à un don, fût-il un magnifique campus universitaire. Je m’en suis déjà ouvert à des amis capois. De mon point de vue, il n’est pas trop tard pour effacer cet affront en changeant le nom de l’Université pour l’appeler tout officiellement  Université de Limonade…  Je ferme la parenthèse.

L’autre personnage associé au Marché en fer est un Irlandais, brasseur d’affaires, baroudeur financier et milliardaire. Il a pensé restituer au pays une petite partie de la fortune amassée en Haïti, grâce à sa compagnie de téléphone, la Digicel, qui en très peu de temps, est devenue une véritable institution en Haïti et dans la Caraïbe, créant des milliers d’emplois et s’impliquant dans maintes activités de la vie sociale, économique  et sportive du pays. La philanthropie pratiquée par  certaines  multinationales se base sur un principe très simple : «  si l’on fait beaucoup d’argent dans un pays pauvre, personne ne trouvera à redire, si l’on utilise l’argent gagné pour faire encore plus d’argent  à condition d’en consacrer une partie pour faire un peu de bien ».

Après le séisme, M. O’Brien a décidé de s’investir à fond dans un projet d’une très  grande visibilité et de le réaliser en un temps record. Le Marché en Fer superbement reconstruit pour la somme de 12 millions de dollars provenant de la cassette personnelle de M. O’Brien, a été inauguré un an jour pour jour après le séisme. Ou plutôt le 11 janvier 2011, un jour avant le 1er anniversaire du séisme pour respecter le vœu  émis  par certains Haïtiens  de ne pas faire de célébrations le 12 janvier-ce qui a été très apprécié.

Reconstruire le Marché en Fer en un temps si court a été un bel  exploit. Et M. O’Brien a bien raison de s’en enorgueillir.  Mais, il n’allait pas en rester là. Afin d’assurer la gouvernance du Marché, il s’est mis d’accord avec la mairie de Port-au-Prince pour former une société anonyme mixte dénommée « Le Marché en Fer S.A.M ». Les statuts de cette Société  publiés dans le Journal officiel Le Moniteur ont provoqué beaucoup de discussions et même des protestations, particulièrement à l’analyse de l’article 6. (Voir l’article de Robenson Geffrard et Dario  Darius « Controverse autour du Marché en Fer, publié dans le Nouvelliste du 12 novembre 2012.) Cet article 6 stipule en effet ce qui suit : « Le capital social est fixé  à 6 millions de gourdes  divisé en 1 200 actions de 5 000 gourdes chacune, toutes de même rang. L’apport de la ville de Port-au-Prince est fait en nature comme évalué par le commissaire aux comptes et consiste en l’apport du Marché en Fer de Port-au-Prince pour la durée de la Société avec tous ses revenus et accessoires »

Il est aussi indiqué que la commune de Port-au-Prince a souscrit 400 actions pour la somme de deux millions de gourdes, tandis que M. O’Brien et la Digicel ont souscrit chacun 400 actions, apportant à eux deux fois 4 millions de gourdes. Au lieu de s’engager à verser sa contribution  en espèces sonnantes et trébuchantes comme l’ont fait les deux autres actionnaires, la mairie de Port-au-Prince a donné le Marché en Fer comme quote-part. Le résultat, c’est que M. O’Brien qui contrôle avec la Digicel les deux tiers de la Société devient le décideur en chef de tout ce qui s’y rapporte. Il est permis de penser que M. O’Brien, s’il était le gérant de ce patrimoine national ne l’aurait pas mis en association pour deux millions de gourdes avec le statut d’actionnaire minoritaire. S’agissant d’un patrimoine national, on aurait pu trouver une meilleure formule et un montage plus approprié. Du fait que la Société a pris le nom du Marché en Fer crée aussi une confusion qui aurait pu être évitée en l’appelant Société de Gestion et d’Entretien du Marché en Fer. Ceci dit, le Marché  en Fer de Port-au-Prince n’appartient pas pour autant à M. O’Brien. Ni en tout ni en partie. Seulement, par ces temps de promotions de PPP (partenariats publics privés) et où l’on vante les mérites de  l’équité  dans les transactions, il est quelque peu dommage que la Société Le Marché en Fer S A M ne puisse servir ni de référence ni de modèle pour faire la promotion de ce genre de partenariat, tant le montage est inéquitable.

Toutefois, ces considérations ne diminuent en rien l’élan de générosité  initial de M. O’Brien. Et c’est lui faire un mauvais procès que d’insinuer qu’il a voulu prendre le contrôle du Marché en Fer afin de récupérer les 12 millions qu’il a mis dans sa rénovation. S’il en était ainsi, il aurait failli à la réputation d’investisseur avisé. Parce qu’il lui faudrait attendre des dizaines d’années pour récupérer son capital. Et là encore. En  effet, le Marché en Fer ne rapporte actuellement que 50,000  de dollars l’an alors que les frais de gestion et de maintenance s’élèvent à 400,000.  D’où, un déficit de 350.000 dollars qui ne peut être comblé que par des apports additionnels de M. O’Brien et de la Digicel. Par ailleurs, les revenus du Marché en Fer proviennent principalement de  la location d’espaces à l’intérieur des deux pavillons qui le composent : un pour les produits alimentaires, l’autre pour les produits de l’artisanat local et les productions des artistes-peintres.  Les étalagistes du pavillon alimentaire où, soit dit en passant, l’on rencontre très  peu de produits locaux, paient maintenant 400 gourdes le mois au lieu des 200 gourdes d’avant la rénovation. Les usagers du pavillon artistique reçoivent une facture mensuelle de  de 600 gourdes alors qu’ils ne payaient que 400 gourdes avant la rénovation. Cette redevance est  plutôt modique, mais beaucoup d’usagers n’arrivent pas à l’honorer sur une base régulière du fait de la faiblesse des ventes  ou même de l’absence totale de vente pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, surtout dans le pavillon artistique.

Autant dire que nombre d’usagers se retrouvent bien souvent en situation de non-paiement de leurs redevances mensuelles. Généralement, après 4 ou 5 mois d’arriérés, la Digicel qui assure très professionnellement la gestion du Marché, bloque l’espace occupé par l’usager en retard, jusqu’à ce qu’il se mette en règle. Le  Marché est bien entretenu, très aéré, bien éclairé à l’énergie solaire. Il faut payer 10 gourdes pour faire usage des toilettes. Les  récriminations que j’ai écoutées ne concernent pas vraiment la gestion de la Digicel, sauf peut-être en ce qui a trait à l’absence de ventilation du bâtiment en fin de semaine. Ces récriminations  se rapportent surtout à l’insalubrité et aux situations d’insécurité du voisinage immédiat qui ne sont pas de nature à attirer beaucoup de visiteurs, encore moins  d’acheteurs. Sans parler des touristes qui représentaient autrefois le gros de la clientèle du pavillon des artistes et qui se font de plus en plus rares.

Quoi qu’il en soit, n’était l’intervention de M. O’Brien, Le Marché en Fer serait probablement encore aujourd’hui sous les décombres. Ses admirateurs, au nombre desquels figure Bill Clinton, le considèrent comme le plus grand bienfaiteur individuel d’Haïti. L’inauguration du Marché en Fer avait été accompagnée d’un véritable hymne à sa gloire. El le Caribbean Journal, très enthousiaste, est allé jusqu’à comparer ses œuvres philanthropiques en Haïti à celles des Mellon, des Carnegie et des Rockfeller aux Etats-Unis d’Amérique. Rien que ça ! L’Irlandais cependant ne s’est jamais présenté lui-même comme un bienfaiteur. Mais, il a tenu, dans plusieurs entrevues, à se démarquer des élites politiques et économiques d’Haïti, affirmant avec une pointe  de provocation « aimer Haïti plus que ceux qui le dirigent » et  rappelant que « même si les élites haïtiennes ne croient pas dans leur pays, moi j’y crois », déclare-t-il.

Il y a deux ans, il avait aussi laissé percer sa frustration envers ces élites qui ne lui ont pas emboité le pas en apportant comme lui leur contribution financière à la reconstruction du pays. Je ne vais pas suivre M. O’Brien dans sa frustration, mais j’avoue que j’aurais bien aimé contribuer à une mobilisation de l’effort national pour la restauration d’autres monuments, comme les deux palais que j’ai mentionnés plus haut.  Il y aussi le Lycée Pétion, ce temple du savoir, qui a formé tant d’éminents Haïtiens et qui aura deux siècles très bientôt en 2016. Le séisme l’a détruit totalement. Ce serait vraiment significatif si les anciens élèves, leurs descendants et d’autres contributeurs se joignaient à des Fondations et à des philanthropes haïtiens pour le ressusciter tout comme O’Brien l’a fait pour le Marché.

Quant aux élites  haïtiennes, je ne crois pas qu’il y ait à travers le monde, un groupe d’hommes et de femmes qui aient été aussi vilipendés,  traités  de tous les noms  par ceux-là (au nombre desquels on compte beaucoup  d’expatriés) auxquels  ces élites réservent généralement leur meilleur accueil, leur meilleure hospitalité.  Ces expatriés, par les positions qu’ils occupent (ambassadeurs, envoyés spéciaux, représentants d’organisations internationales, directeurs d’ONG, investisseurs potentiels, experts en tout genre, etc.) ont bien souvent la possibilité de fréquenter très intimement et de discuter  avec ces élites plus qu’avec toutes les autres couches sociales du pays. Ils reconnaissent parfois que certains membres de ces élites comptent parmi les plus sophistiqués de la région. Pourtant, ils en disent rarement du bien en public ou en privé. Au contraire ! Cette attitude à mon sens soulève deux questions  pour lesquelles je n’ai pas encore de réponse:

Question 1. Si l’on méprise l’élite d’un pays que l’on fréquente régulièrement  et intimement, peut-on avoir du respect pour les autres couches que l’on ne fréquente pas, qu’on ne connaît pas et avec lesquelles on n’a pratiquement aucun rapport ?

Question 2.- Peut-on aimer Haïti tout en ayant très peu d’estime pour les Haïtiens ? Cette question concerne tant les Haïtiens que les non-Haïtiens. A chacun  sa réponse.

 Ericq Pierre Rochasse091@yahoo.com Port-au-Prince, le 9 janvier 2013

Credit: le Nouvelliste

Kita Nago accueilli à Port-au-Prince

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Kita Nago est arrivé à Port-au-Prince ce lundi, en fin d’après-midi sur les bras d’une foule en liesse et animée. Le tronc d’acajou, devenu symbole de l’union haïtienne, a été  déposé au pied du marron inconnu, au Champ de Mars,  sous les yeux des époux Martelly et du Premier ministre Laurent Lamothe. Une marée humaine venant de divers quartiers de la zone métropolitaine a festoyé dans la soirée autour de la pièce en bois poli.

« Nous venons de franchir une étape importante dans le parcours de Kita Nago, déclare, ému,  Mèt fèy vèt, Harry Nicolas de son vrai nom, montrant des traits de fatigue. Port-au-Prince représente non seulement la capitale du pays mais aussi la ville la plus peuplée. J’espère que  Kita Nago, symbole de l’union du peuple haïtien, inspirera les Port-au-Princiens à la protection de l’environnement et au respect des valeurs qui rendent possible le vivre ensemble. »

14 jours après avoir quitté sa Jérémie natale, l’instigateur du projet est plus que jamais confiant que Kita Nago arrivera à bon port. Tout le monde veut toucher Kita Nago. Les plus narcissiques se font prendre en photo. « Je suis ici pour voir ce « bwa », (grand tronc d’arbre, grandeur nature), se réjouit une adolescente. Je suis heureuse que tout se passe bien et souhaite que cette grande œuvre fasse prendre conscience aux Haïtiens de nos capacités extraordinaires. »

« Cela fait trois jours que je suis en route, s’exlame une sexagénaire exultée. J’ai rejoint les marcheurs à Petit-Goâve et j’entends le conduire jusqu’à Ouanaminthe, sa destination finale.

Depuis son départ le 1er janvier en cours, mythes et légendes ne cessent de se répandre autour de ce tronc d’arbre. Il est descendu du ciel, dit l’un. Il parle, répond un autre.  Ce « bwa » n’est pas simple, déclare un troisième. L’important dispositif de sécurité qui entoure Kita Nago n’a nullement découragé la foule d’aller la voir.

Selon les organisateurs, Kita nago séjournera au Champ de Mars jusqu’à mercredi avant de mettre le cap vers le nord.

Credit: le Nouvelliste

Nettoyer, transformer, travailler

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Il vit de la collecte de déchets. Sillonner différentes rues des Cayes pour collecter des bouteilles en plastique qui sont vendues à une entreprise spécialisée dans le recyclage de ces matières, c’est sa principale activité. Un périple au quotidien. Sinon, il n’aura rien.

Trois sacs contenant des bouteilles en plastique dans les mains, Nézilas Mercéus se promène sur le sable de Gelée, aux Cayes. Ce n’est pas pour admirer les visiteurs de la plage, encore moins pour pique-niquer. Mais le jeune homme barbu, pantalon crème, maillot bleu déchiré à certains endroits, casquette sur la tête, sillonne la plage pour collecter des bouteilles en plastique. Ces bouteilles, il les vend à une usine spécialisée dans le recyclage de ces matières, basée à Port-au-Prince. « Je vis de cette activité parce que je ne travaille pas », confie-t-il.

Père de quatre enfants,  Nézilas Mercéus, natif des Côteaux, âgé d’une trentaine d’années, est « fier » d’exercer cette activité. Depuis plus d’un an et demi, c’est ce qu’il fait tous les jours, à  longueur de journée. Il fouille dans les déchets, parcourt les marchés publics, les endroits où sont organisés des grands événements pour collecter des bouteilles. « Vu ma situation, je devais trouver un moyen pour vivre avec ma famille », dit-il.

Cette activité ne lui rapporte pas beaucoup, mais elle lui permet de répondre à certains besoins. « Même pour participer aux activités de nettoyage des rues ici, on doit avoir un parrain. Je n’en ai pas malheureusement. La vie, ce n’est pas du tout facile », lâche laconiquement Nézilas Mercéus, qui éprouve de bons souvenirs du carnaval national 2012 qui s’est déroulé dans la ville des Cayes. Ce n’est pas parce qu’il s’est bien amusé, mais du fait que les festivités lui avaient permis de gagner quelques sous en plus, et plus rapidement.

Pendant les événements, le jeune homme n’avait pas besoin de parcourir plusieurs zones pour vendre quelques livres de bouteilles. Des bouteilles et autres déchets en plastique avaient été remarqués un peu partout dans les rues. « J’ai passé les trois jours gras sans dormir pour ramasser des bouteilles. Cela m’a rapporté 1 750 gourdes durant  les trois jours. C’était quand même quelque chose », déclare Nézilas, qui habite la rue Général Marion avec sa femme, trois de ses quatre enfants et un autre proche.

Sa femme, elle vend des sucreries dans l’après-midi. Dans la matinée, elle se lance, elle aussi, dans la même activité que son mari. « Elle m’aide beaucoup à collecter les plastiques. Nous vivons ensemble depuis plus de 15 ans. Notre fils aîné a 11 ans. Nous devons nous débrouiller à notre façon pour vivre. L’activité nous rapporte entre 3 000 et 4 000 gourdes par mois », explique Nézilas, les yeux rivés sur deux bouteilles qui flottent sous un petit pont.

Il lui faut une vingtaine de bouteilles pour une livre, dépendamment du type de bouteille. La livre se vend à trois gourdes aux fournisseurs de l’usine qui traite ces matières avant de les exporter pour être recyclées. L’usine en question n’est autre que «Environnemental cleaning solution S.A. », fondé par Edouard Carrié, après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Selon Roger Carrié, père d’Edouard Carrié, l’entreprise collecte pour le moment environ 50 000 livres de déchets par jour. Auparavant, le chiffre variait entre 20 000 et 30 000 livres. « Nous fournissons aux entrepreneurs des balances sur mesure pour faciliter le travail. Et des moyens de transport sont aussi mis à leur disposition », fait remarquer Roger Carrié, gestionnaire des affaires de formation. Il fournit un « appui technique et moral » à son fils à la gestion de l’entreprise.

Depuis que les opérations de traitement des déchets ont débuté en juillet 2011, l’usine, révèle M. Carrié, a déjà exporté 340 conteneurs de ces matières traitées. Chaque conteneurs comprend 22 tonnes. « Nous les traitons avant de les exporter à l’étranger, en Asie, en Amérique… »

L’usine ne s’occupe pas uniquement du traitement des bouteilles en plastique qui sont de différents types et qui sont traitées séparément. Les petits sachets en plastique dans lesquels se vend de l’eau sont également traités et exportés. « Nous traitons aussi pour le moment le carton, et nous sommes en pourparlers sur le syrofoam », souligne Roger Carrié, qui se félicite de l’impact positif que le traitement de ces déchets a sur l’environnement et la santé.

« Nous sommes sur tout le territoire. Nous pouvons dire qu’entre 5 000 et 6 000 personnes vivent de la collecte des déchets », estime Roger Carrié.

Valéry Daudier Twitter:@ValéryDaudier

«Religions pour la Paix »apporte des précisions

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Des voix s’élèvent pour dénoncer des anomalies et des ambiguïtés relevées dans le protocole d’accord signé entre le président Michel Martelly et le Parlement sur le Conseil électoral. Selon le pasteur Sylvain Exantus, membre de Religions pour la paix et médiateur des négociations, le contenu de l’accord est le résultat d’un long processus de discussions faites exclusivement entre les deux parties sans leur intervention dans le fond.

La question que plusieurs élus et leaders politiques se posent est la suivante: Quel a été le véritable rôle de Religions pour la paix dans les négociations entre l’exécutif et le Parlement sur la formation du Conseil électoral ? Ils estiment qu’une institution aussi prestigieuse ne devait pas parapher un document présentant autant d’irrégularités et d’ambiguïtés. « Les articles du protocole d’accord sont le résultat des discussions entre les deux parties sans l’intervention de Religions pour la paix», a répondu le pasteur Sylvain Exantus aux détracteurs de Religions pour la Paix.

Dans un premier temps, explique-t-il,  il était question de laisser les deux parties  définir leur contentieux et leurs points de désaccord. « C’est le moment le plus long où les protagonistes s’accusent mutuellement et se rejettent les responsabilités de la crise. C’est comme un défoulement qui nécessite beaucoup de temps », souligne-t-il, intervenant jeudi matin à l’émission Panel Magik, sur Radio Magik 9.

Dans un second temps, poursuit le président de la Fédération protestante d’Haïti,  le médiateur cherche à savoir la volonté réelle des protagonistes à trouver une sortie de crise. « Lorsque les deux parties ont manifesté leur volonté de trouver une solution, c’est alors que « Religions pour la paix » leur a demandé de présenter des propositions de solution écrites. Ce qu’ils ont fait. Les séances de discussions se sont déroulées sur les deux textes qui , par la suite, ont conduit à la rédaction d’un troisième document accepté par tous et qui a été finalement signé comme protocole d’accord… »

«Il y a eu des moments assez douloureux pendant les négociations», se souvient le pasteur Sylvain Exantus. Régulièrement, les deux parties se retiraient séparément pour savoir ce qu’il fallait faire. «Religions pour la paix n’est pas intervenue dans ce que les deux parties considéraient comme une sortie de crise, indique-t-il. Aucun des articles se trouvant dans le protocole d’accord n’a été proposé par les leaders religieux.»

Les leaders religieux étaient surtout là pour rappeler aux protagonistes de défendre les intérêts de la nation au cours des discussions tout en soulignant que, dans une négociation, on ne peut pas tout gagner. «Il faut faire des sacrifices et accepter de perdre certains privilèges pour le bien du pays», avance Sylvain Exantus.

Il précise que «Religions pour la paix, tout au cours des négociations, a su garder une neutralité pour ne pas se discréditer. C’est  pourquoi, selon le pasteur Exantus, les leaders religieux ont laissé aux protagonistes le soin de trouver eux-mêmes leurs voies et moyens de solution».

En outre, « …nous avions aidé à changer les phrases qui pouvaient prêter à équivoque. Mais notre rôle n’était pas de dire aux parties ce qu’il fallait faire… », insiste le pasteur.

Pour ceux qui estiment que le conseiller du président Michel Martelly, Me Grégory Mayard-Paul ne devait pas engager l’Etat dans ces négociations en paraphant le protocole d’accord, le pasteur Exantus fait remarquer que sa signature n’enlève rien au document. Il a été mandaté par le chef de l’Etat en ce sens, souligne-t-il. Les protagonistes se sont engagés à respecter les thèmes de l’accord et «Religions pour la paix  a la responsabilité de veiller à  l’application des articles dudit accord», poursuit-il.

Dans ce document paraphé le lundi 24 décembre 2012, le palais national et le Parlement, se sont mis d’accord sur la formation d’un Collège transitoire du Conseil électoral permanent qui aura la responsabilité d’organiser les élections pour renouveler le tiers du Sénat et les collectivités territoriales. Pour certains, les articles 4, 5 et 6 de cet accord contiennent trop de non-dits.

Robenson Geffrard, rgeffrard@lenouvelliste.com
Credit: le Nouvelliste

Intensification des travaux d’assainissement dans la zone métropolitaine

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Le Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS) clôture l’année 2012 avec le lancement de “Bonjou 2013 nan yon vil pwòp”, programme de collecte de déchets en polystyrène expansé et en polyéthylène noir, et avec la création de 16 000 emplois temporaires. Pour assainir la zone métropolitaine, ces programmes sont sans effets durables dans la gestion de déchets et sont insuffisants à pallier le problème de l’insalubrité.

Le programme “Bonjou 2013 nan yon vil pwòp” est, selon le directeur général du SMCRS, un suivi de la décision du gouvernement d’interdire la commercialisation et la circulation des sacs en plastique noir, et des produits en polystyrène expansé. La population est invitée à en faire la collecte et à les remettre aux municipalités. Un ticket pour une raffle sera remis en échange de 1000 articles. «Nous espérons, avec la participation de la population, collecter entre 80 et 100 millions de sacs polyéthylène noir et récipients en polystyrène expansé», a fait savoir Donald Paraison. Les  déchets collectés seront traités et transformés en des matériaux de construction. « Il envisage d’en faire une construction que je me ferai le plaisir d’inviter la presse à constater. Les sacs en plastique serviront à construire la base et le polystyrène expansé servira à faire les blocs pour la construction», a-t-il annoncé.

Parallèlement à cette campagne, 16 000 personnes seront engagées pour le ramassage d’ordures de tout type dans sept communes de la zone métropolitaine. Les ouvriers  travailleront pendant 15 jours, du 19 décembre eu 15 janvier dans le cadre des travaux à haute intensité de main-d’œuvre. Ils seront rémunérés sur la base du salaire minimum ou davantage, selon le poste. Le SMCRS a augmenté sa flotte de matériel de 24 camions benne et de 3 loaders afin d’assainir les commune de Port-au-Prince, de Pétion-ville, de Delmas,  de Cité soleil, de Carrefour, de Tabarre et de Croix-des-Bouquets. «A cette période de l’année, la population génère trois fois plus de déchets qu’en temps normal. Il faut plus de matériel et plus de bras», a précisé le directeur général. Si les travaux sont concentrés sur la zone métropolitaine, le directeur annonce des travaux d’assainissement de moindre envergure aux Gonaïves, au Cap, à Port-de-Paix et à Jérémie.  Ces travaux sont financés par le Trésor public à hauteur de 60 millions de gourdes. Pour de meilleurs résultats, le SMCRS entend intensifier la campagne de collecte de déchets à domicile.

Plus que des travaux temporaires

Quoique les travaux de ramassage d’ordures à haute intensité de main d’œuvre aient débuté depuis plus d’une semaine, l’insalubrité reste évidente dans plusieurs quartiers du centre-ville de Port-au-Prince et dans les communes avoisinantes avec une forte population et beaucoup d’activités. Des piles de déchets s’érigent tous les jours en divers endroits. La situation est encore pire dans les environs des marchés publics. «Près de 40% de l’espace vital du centre-ville s’est transformé en marché public, alors que les marchés publics génèrent une grande quantité de déchets tous les jours et est presque partout», a affirmé M. Paraison, soutenant que la problématique de la gestion des déchets est liée à plusieurs autres facteurs, spécialement à la mauvaise répartition des espaces vitaux et à l’insécurité. «On ne peut exposer la vie de nos employés à une heure ou à deux heures du matin dans certaines zones où l’insécurité bat son plein. Les piles d’ordures restent donc durant plusieurs jours et grossissent», a-t-il poursuivi.

Donald Paraison s’est dit satisfait des actions posées par  son administration depuis qu’il est à la tête du SMCRS.  Il a relaté le retrait des bennes à déchets dans les quartiers résidentiels, la distribution de poubelles domestiques et la collecte de déchets à domicile. «Il faut juste que le SMCRS vienne récupérer les déchets déposés plus souvent », a-t-il nuancé. Il est également conscient de la faiblesse de ses activités en dehors d’une action structurée et permanente ou du renforcement des institutions impliquées. Pour l’heure, le SMCRS dispose de 77 pièces d’équipement dont 50 sont fonctionnelles. «Nous devrions disposer de 167 pièces d’équipement afin d’assurer la propreté de la zone métropolitaine. Nous disposons de moins du tiers de ce dont nous avons besoin», a-t-il regretté. Donald Paraison a sollicité la collaboration de la population pour nettoyer et garder les quartiers propres.

Aucun contrôle des sites de décharge

«Personne», a répondu M. Paraison à la question de savoir quelle instance est chargée de réguler la collecte et la décharge des déchets. Aucune obligation n’est faite aux entreprises privées de ramassage d’ordures relativement à l’endroit où les déchets doivent être déversés. Le seul site de décharge officiel à Truttier fonctionne anarchiquement, aucune institution régulatrice n’est mise en place. Plusieurs endroits de la capitale, notamment Croix-des-Bossales, se transforment en site de décharge sans aucun contrôle.  Il a toutefois annoncé que le ministère des Travaux publics, transports et communications travaille sur l’élaboration d’un projet de loi afin de structurer le système. Il a aussi annoncé  que la firme Louis Berger est déjà  engagée par l’Etat haïtien pour des études afin de structurer le site de décharge à Truttier et pour en assurer un meilleur fonctionnement.

Nathalie Verné
Credit: le Nouvelliste

Les dirigeants de l’ENS réclament l’intervention du gouvernement

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Après les divers mouvements de protestation des étudiants de l’Ecole normale supérieure (ENS) pour exiger un terrain de l’Etat haïtien pour la construction des locaux de l’ENS, c’est au tour du décanat de solliciter, dans une lettre ouverte, l’intervention de la ministre de l’Economie et des finances (MEF), Marie Carmelle Jean-Marie dans ce dossier.

Selon les deux membres du conseil de direction de l’ENS, le Dr Jean Fritzner Etienne et le Dr Fritz Rosemond, le projet en question avait obtenu l’approbation du gouvernement haïtien qui, par l’intermédiaire du ministère de la Planification et de la coopération externe, l’avait soumis à l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA).

Dans une lettre ouverte au ministre des Finances, MM. Etienne et Rosemond (membres du conseil  de direction de l’ENS) estiment qu’il y a un manque de volonté de l’Etat haïtien dans ce dossier. « Lors de la dernière rencontre au MPCE, il était admis que, dans le cas où  l’Etat haïtien ne  serait pas en mesure de communiquer à la JICA (Agence japonaise de coopération internationale) le terrain retenu pour le projet avant le 31 décembre, le ministère des Finances pourrait écrire une lettre d’engagement par laquelle l’Etat haïtien donnerait la garantie qu’il accorderait à l’ENS un terrain pour la reconstruction de l’ENS. Malheureusement, à moins de deux semaines de la date fatidique du 31 décembre, rien n’est encore fait pour garantir le succès des démarches de l’ENS», ont-ils déclaré.

A propos du projet de réunion toutes les facultés de l’UEH à Damien,  les deux membres du conseil de direction partageant le même point de vue: cela ne devrait pas constituer un problème.  Car, dans le cas où le projet du Campus de Damien serait réalisable et qu’on procéderait à la translation de l’ENS audit site, les infrastructures qui seraient offertes par la coopération japonaise rentreraient automatiquement dans le patrimoine de l’UEH ou de l’Etat haïtien.

Le Campus de Damien, ajoutent-ils, est un projet qui s’étend sur le long terme et flotte encore dans l’incertain. «  Personne n’est, dans l’état actuel des choses, en mesure de dire qui fournira les 100 millions nécéssaires à la matérialisation du projet. Les 10 millions promis par l’Etat haïtien ne seront employés  qu’aux études, et peut-être à la préparation du terrain. Aucun décaissement n’est encore effectué sur la base de ces 10 millions; on pourrait même se permettre d’être sceptique quant à la réalisation de ces travaux préliminaires. »

« Selon la mission japonaise qui a séjourné en Haïti du 7 au 26 octobre 2012, la possibilité de construire l’Ecole normale supérieure sur le site de Damien  doit être écartée si l’ENS souhaite que ce projet se réalise», lit-on dans la lettre.  Dans un procès-verbal signé entre M. Koichiro KOROKI (chef de mission) et M. Jean Vernet Henry (recteur de l’UEH),poursuit le document, il contient des remarques relatives au terrain de Damien. Selon ce procès-verbal, le terrain pour la construction de l’ENS doit être nu et ce n’est pas le cas pour Damien. De plus, la mission japonaise a exprimé ses craintes concernant l’état du terrain de Damien qui,  selon elle, n’est pas appropriée pour plusieurs raisons.

Selon le deux membres  du conseil de direction de l’Ecole normale supérieure, le problème du terrain devrait être facilement résolu si on voulait bien déduire des 10 millions promis par l’Etat haïtien à l’Université d’Etat d’Haïti moins d’un million pour l’acquisition d’une propriété. C’est juste une question de volonté.

Par ailleurs, MM. Etienne et Rosemond  profitent de cette lettre pour faire une présentation de la situation de travail à l’ENS : « Faute de salle, des ouvrages importants pour la formation des étudiants dorment encore dans des boîtes. Aucun espace n’est actuellement disponible pour recevoir les laboratoires de physique, de chimie, de biologie, de langues vivantes », ont-ils précisé.

En réalité, 28 salles de classe sont nécessaires pour la tenue des cours, mais l’Ecole normale ne dispose que de 10 salles dont 4 sont délabrées. Encore qu’il faille composer avec les interférences nuisibles de l’environnement ambiant (bruit de camions, de camionnettes, exhalaison nauséabondes des toilettes voisines).

Les étudiants de l’ENS menacent de faire la grève en janvier si l’Etat haïtien ne s’engage pas par écrit à fournir un terrain autre que Damien pour la reconstruction de cette faculté avant le 31 décembre 2012.

Jocelyn Belfort
Credit: Le Nouvelliste

Les personnalités de l’année 2012

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Pour le meilleur et pour le pire, ils ont marqué l’année 2012. Le Nouvelliste publie dans cette édition sa liste de douze personnalités et produits de l’année qui se termine. Comme l’an passé, on y retrouve ceux, d’ici ou d’ailleurs, qui ont pesé sur notre vie de peuple pendant l’année 2012. Une façon simple de leur rendre hommage ou d’éclairer leurs actions. La liste est présentée par ordre alphabétique. D’une année à l’autre, seul le président Michel Martelly a fait la passe de deux. Avec cette livraison, les produits font leur entrée dans la liste. Salami et Rhum Barbancourt, eux aussi, ont marqué l’année. Pour le meilleur ou le pire.

Mario Andrésol

C’est l’histoire du chef de la Police nationale d’Haïti au plus long règne, en 17 ans de vie de l’institution. C’est l’histoire du directeur général de la PNH qui n’a jamais eu le support plein et entier des trois présidents sous lesquels il a servi. C’est l’histoire du gendarme qui rêvait d’être mannequin. C’est l’histoire de Mario Andrésol. Le jour où il fait la une de Ticket Magazine et a posé dans ses tenues civiles très modes, ses contempteurs s’étaient dit que c’est fini du chef de la police; il se dévoile; il est meilleur à défiler qu’à filer le train aux bandits. Andrésol a réussi à passer plus de sept ans à la tête de la PNH en portant l’uniforme avec élégance et ses habits civils comme un mannequin. Sept ans à créer des vêtements pour lui-même et à garder une cohésion à la PNH. Si René Préval l’a laissé faire dans un splendide isolement, Michel Martelly, dès sa prise de pouvoir, ne cache pas que les choses vont changer. De fait, le président multiplie des nominations qui seront dénoncées par les organisations de défense des droits humains, puis par le chef de la police lui-même. Andrésol dira au Nouvelliste qu’on lui demande de réintégrer des policiers qu’il avait lui-même arrêtés. Les jours de l’ancien militaire étaient comptés. Martelly a attendu la fin de son mandat constitutionnel pour lui signifier son départ. Et on dirait que Mario Andrésol n’attendait que cette formalité pour se mettre au service de sa vraie passion : la mode. M.A Collection pour Mario Andrésol Collection lui a permis à nouveau de faire la une de Ticket Magazine.

Andrésol aura servi avec mesure une institution clé dans la construction de la démocratie en Haïti. C’est avec tact qu’il a géré le passage de trois présidents pendant qu’il est directeur général de la police. Il a réussi à garder l’institution hors de la politique. Même le piège de la reconstitution de l’Armée d’Haïti, il a su l’éviter en ne portant pas ses troupes à affronter les militaires remobilisés qui ont traîné leurs bottes  dans d’anciens campements des FAD’H en 2012.

Sur la liste de ses réalisations à la tête de l’institution policière, il faut souligner  l’augmentation des effectifs, la structuration des services avec l’appui de la communauté internationale. La première tentative d’instaurer un système de vetting et le plus long processus de respectabilité du métier de policier. Mario Andrésol est aussi parti par la grande porte, sans scandale. Il a donné du sens au verbe servir qu’on retrouve dans le slogan de la police nationale.

André Apaid Junior

L’entente cordiale entre le monde des affaires et l’administration Martelly-Lamothe tarde à se concrétiser. Cela patine. Les amitiés sont récompensées, mais pas de politiques publiques pour impliquer le secteur des affaires dans le combat pour le relèvement national. Et ce n’est pas André Apaid Junior qui dira le contraire. Quelques jours après un échange public de mots vifs avec le président Michel Martelly, l’homme d’affaires se retrouve sur une liste de mauvais contribuables, publiée par la Direction générale des impôts. Se sachant dans son droit, Apaid décide de passer outre une interdiction de départ émise contre sa personne et prend le chemin de l’aéroport. Les services de l’émigration le stoppent. On connaît la suite, le tollé et sa lettre cinglante au président Martelly. Dans la longue missive, l’ancien homme fort du Groupe des 184 et de l’Initiative de la société civile -qui avaient affronté Jean-Bertrand Aristide en 2002-2004- met au défi le pouvoir qui finira par reconnaître son erreur dans son cas. Une seconde lettre, cette fois du Dr André Morno, jettera un froid dans les relations entre le président et la diaspora haïtienne qui paie des taxes sur les appels téléphoniques et les transferts depuis son accession au pouvoir. Morno, revenu de l’étranger avec un pécule, érige un complexe d’appartements, voisin limitrophe du président, il explique dans sa lettre que sa maison est convoitée par la famille présidentielle et qu’il subit menaces et représailles fiscales de la part de la DGI. Interprétée comme une tentative de spoliation d’un dur travailleur de la diaspora, l’affaire Morno laisse des traces.

Plus que ces deux épisodes peu glorieux entachant les relations entre le pouvoir Martelly-Lamothe et les hommes d’affaires haïtiens, il existe encore un vrai malaise entre le pouvoir politique et ceux qui détiennent les capitaux, créent des emplois et sont présents sur le terrain depuis des décennies. Il y a comme une non-reconnaissance réciproque des rôles et attributs de chaque groupe. Pour des observateurs avisés, il y a une vraie philosophie du déni dans le constant souci de l’équipe Martelly-Lamothe de promotion du slogan « Haiti is open for business ». Open pour que de nouvelles forces, de nouveaux acteurs viennent, des acteurs qui, eux, seront redevables aux maîtres du pouvoir politique actuel. Il y a aussi une attitude de sourd mépris, une froideur tout au moins, de la part des investisseurs locaux qui se sentent non sollicités par ce pouvoir. Les amis mis à part.

Clifford Brandt

C’est le coup de tonnerre dans le ciel des bonnes réputations : Clifford Brandt. Le rejeton d’une des familles de premier plan du pays depuis près d’un siècle s’est fait arrêter pour son implication dans l’enlèvement et la séquestration de deux enfants Moscoso, du nom du P.D.G. de la principale banque du pays. L’affaire sordide se complique quand la police dévoile les noms et titres de certains des complices présumés de Brandt. Les noms de policiers et de responsables de l’appareil sécuritaire de la présidence sont cités. Cela fera un boucan d’enfer avant que, pour faute de preuve ou raison d’Etat, le silence s’installe. Brandt et deux complices sont enfermés depuis dans la toute nouvelle prison de Croix-des-Bouquets destinée aux condamnés. Là encore cette affaire souligne les dérèglements de la société haïtienne car les vrais prisonniers condamnés après jugement ne peuvent accéder à la prison qui leur est réservée. Trop belle et trop neuve supputent les autorités qui les laissent se mélanger aux petits délinquants en garde à vue dans des cellules surpeuplées.

Autre accusé de marque qui provoque un choc dans la société : Josué Pierre-Louis. L’avocat, ancien ministre de la Justice, conseiller du président Michel Martelly et président du Conseil électoral permanent, est accusé de viol par une connaissance. Les organisations de défense des droits humains sont mobilisées sur le cas. Ils craignent qu’un pilier du système judiciaire échappe à la justice. La présidence se retranche derrière une neutralité embarrassée et prêche qu’on doit laisser à la justice faire son travail.

Pour parler de la justice, 2012 a été l’année de l’hécatombe pour la poursuite. Pas moins de sept personnalités ont occupé le poste de commissaire du gouvernement, des fois pendant quelques heures seulement. Le commissaire du gouvernement est un poste éminemment politique, mais aussi de haute responsabilité en ce qui concerne la protection de la société. Emblématique commissaire du gouvernement, Jean Renel Sénatus, dit Komisè Zokiki, aura marqué son passage pour sa lutte contre le détournement de mineurs, les nuisances sonores, les affaires de mœurs.

2012 a vu la petite criminalité s’étendre sans alarmer personne. La grande s’est renforcée.

Pierre Espérance

C’est une voix à l’accent particulier. C’est une voix qui dérange. Toujours les puissants. Pierre Espérance du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) agace quand il parle. Pas à cause de son timbre si reconnaissable, mais à cause de la teneur corrosive de ses propos, de ses accusations, de ses dossiers. Le RNDDH détient les archives embarrassantes de l’Etat de droit en construction en Haïti et ne se ménage pas pour les sortir au bon moment. Autant l’ONG était active contre Jean-Bertrand Aristide dans les années 2000, autant elle met à nu les dérives et les impairs du pouvoir Martelly dix ans plus tard. Cela est si rare en Haïti de voir une action non partisane qu’il faut saluer la particularité de l’équipe réunie autour de Pierre Esperance. Son courage aussi. Car souvent les affaires sont sensibles et les protagonistes rarement des enfants de chœur. Comme partout, il arrive au RNDDH de faire fausse route, de s’entêter à creuser des impasses, de s’enflammer au quart de tour, mais souvent, elle est la seule voix qui ose se lever dans le désert silencieux et fertile de l’accommodement. Et c’est un responsable politique de premier plan qui aura le compliment le plus flatteur pour Pierre Espérance et le RNDDH : « c’est vrai qu’il nous emmerde avec cette affaire, mais lui et le RNDDH nous ont permis de faire comprendre au président Martelly que nous faisions fausse route… », a-t-il déclaré au Nouvelliste en off au sujet de l’intégration de certains éléments au premier plan dans la Police nationale d’Haïti.

Dans la lignée de Pierre Espérance, il faut placer les avocats André Michel et Newton St-Juste. Les motivations sont différentes, les approches peu semblables, mais eux aussi se dressent en défenseurs de la société et osent soulever des dossiers qui font peur.

Leonel Fernandez

Leonel Fernandez restera celui qui a resserré les liens entre Haïti et la République dominicaine. En janvier 2012, il tenait la promesse faite au nom de son pays et l’annexe de l’Université d’Etat d’Haïti de Limonade était inaugurée en grande pompe. En outre, Fernandez sera aussi celui qui a su captiver les dirigeants politiques haïtiens en leur offrant son appui et même plus… si nécessaire. Au passage, il a fait de son pays le premier partenaire commercial d’Haïti et les entreprises dominicaines avalent contrats sur contrats avec de bonnes et de très mauvaises conséquences… Pour s’imposer en frère et ami, Fernandez est passé du président dominicain chahuté et assailli à coup de caillasses lors d’une visite à Port-au-Prince le 12 décembre 2005 au rang de premier dirigeant politique à tendre la main à Haïti après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Francophone, à travers sa fondation « Fundación Global, Democracia y Desarrollo » (Fondation globale pour la démocratie et le développement), il tisse depuis des années des liens avec les intellectuels et hommes d’affaires haïtiens, collectionne les ouvrages écrits sur Haïti ou par des Haïtiens. Leonel Fernandez a cherché à comprendre l’âme haïtienne dans l’intérêt de son pays. Car Fernandez est aussi celui qui tient à distance les Haïtiens qui vivent en République dominicaine pour ne pas se mettre à dos une frange importante de la classe politique dominicaine.

Sur la liste des étrangers qui ont marqué 2012, il faut citer l’acteur et activiste humanitaire Sean Penn, le Blanc qui a démoli le palais national à notre place. Il y a aussi le fameux Dr Paul Farmer et son hôpital universitaire de Mirebalais. Penn et Farmer représentent les nouveaux visages des ONG. Ils ont plus de poids que les acteurs haïtiens et parlent au nom d’Haïti dans des cercles de pouvoir et d’influence où les responsables locaux n’ont pas accès. Par amour pour Haïti, sans doute, ils captent des financements disponibles au détriment de la partie haïtienne pour réaliser leur agenda en Haïti. Sont-ils au service d’Haïti, se servent-ils d’Haïti ? Un peu des deux. A nous de les mettre à notre service.

Yves Jean-Bart

Il truste le monde sportif, celui du football en particulier, depuis si longtemps que l’on oublie qu’il a servi à tous les postes depuis son plus jeune âge. Chroniqueur sportif, dirigeant de club, pionnier du football féminin haïtien, président de la Fédération haïtienne de football, Yves Jean-Bart est aimé ou détesté, mais personne ne peut lui contester sa passion viscérale pour le football. Sous sa houlette, le patronage sportif de haut niveau a fait son entrée dans le sport en Haïti, les joueurs de la diaspora ont conquis leur place en sélection nationale et les résultats suivent. Champion de la Digicel Cup, participation à la Coupe du monde des moins de vingt ans en Corée du Sud, animation sans pareille au sein de toutes les catégories d’âge pour la sélection nationale. Si Haïti est 39e au dernier classement FIFA, c’est l’œuvre de Dadou qui a su surfer sur le travail d’autres acteurs comme Evans Lescouflair, il y a de cela quelques années. Il serait bien que vienne le temps où la Fédération Haïtienne de football n’a pas à quémander pour financer chaque sortie à l’extérieur d’une sélection nationale et le président Jean-Bart à remercier les autorités pour leur magnanimité comme cela se fait depuis une cinquantaine d’années.

Dans le monde sportif, il faut souligner le travail du fils et conseiller du président Michel Martelly, Olivier Martelly, qui a la charge de conduire la politique de construction des infrastructures sportives qu’il ne faut pas confondre avec une politique sportive. Dans ce secteur, les investissements consentis dans les athlètes portent des fruits plus significatifs que les mini-stades abandonnés sans budget d’entretien après leur inauguration.

Impossible aussi de ne pas faire mention de Samyr Lainé, le seul Haïtien finaliste aux Jeux Olympiques de Londres, qui a poussé un retentissant cri pour dénoncer ses difficultés de vivre de son sport et pour son sport, le triple saut.

Moïse Jean-Charles

Tonitruant ce Moïse Jean-Charles. Il n’y a pas meilleur mot pour parler de ce sénateur du Nord qui enlève le sommeil au président de la République, à sa famille et à ses partisans. Moïse agite toujours un dossier, a une révélation à faire, une mise en garde à lancer, supporte une manifestation antigouvernementale. La presse a fini par comprendre que Moïse ne dit pas toujours la vérité, mais jamais il ne ment totalement. Il y a un peu de vrai et beaucoup d’affabulation dans chacun de ses propos. Mais voilà, l’homme n’est pas un citoyen ordinaire. Il est sénateur de la République avec titre, privilèges et fonction. C’est son devoir et de sa responsabilité d’alerter, d’aiguillonner, de claironner ce que bon lui semble, le temps de son mandat. On se doit de l’écouter, de lui donner tribune. A ses ennemis et contradicteurs de lui donner la parade. L’homme Jean-Charles n’est pas une création médiatique, il n’existe pas parce que les médias lui donnent la parole, contrairement à ce que l’on croit. Moïse a un poids sur l’échiquier politique : leader régional, ancien maire de Milot, ancien conseiller spécial du président René Préval et premier sénateur du Nord, cela fait des années qu’il est au haut de l’affiche.

Moïse souligne par ses coups d’éclat la fragilité des coalitions éphémères bricolées à la va-vite et sans ajout de ciment idéologique ou stratégique par le camp du président Martelly. Si Moïse reste cohérent dans ses diatribes et au premier plan, on ne peut pas en dire autant des alliés du président au Parlement. Par exemple, la coalition présidentielle annoncée à grand renfort de tapage médiatique au Club Indigo n’a pas pu peser et faire tenir séance à l’Assemblée nationale extraordinaire convoquée par le président Martelly lui-même.

Les échos de la clameur que provoque Moïse trouvent un terrain favorable grâce au vide et aux erreurs de ses adversaires.

Laurent Lamothe

Laurent Lamothe, le sponsor, l’ami, le financier, est devenu le Premier ministre de Michel Martelly en 2012 après avoir été super ministre et grand conseiller en 2011. Tout le monde a trouvé normal que Lamothe remplace Garry Conille, le fonctionnaire international égaré dans la cour Martellienne. Lamothe aux commandes, c’est une autre façon de gouverner avec un Ipad et deux BlackBerry, disent ceux qui s’en amusent. C’est surtout un Premier ministre qui s’essaie à piloter comme un véhicule de formule 1 la vielle guimbarde de l’Etat haïtien. La « bogota » survivra-t-elle ? Lamothe le véloce, lance chantier sur chantier depuis qu’il est aux commandes. Lamothe, c’est la diplomatie d’affaires; Lamothe, c’est l’ambition d’être le Mister clean de Martelly; Lamothe c’est Monsieur-anti-la-vie-chère, Lamothe, c’est la velléité de créer des emplois; Lamothe c’est aussi la lutte contre la contrebande et la corruption, autant de sentiers pris par le Premier ministre qui tardent à se transformer en route. Lamothe n’a pas de disciples. Peu de ses collaborateurs arrivent à suivre son rythme. Il épuise les chefs de cabinet, renvoie sur une faute ses conseillers, ne prend pas le temps long de la réflexion, impliqué qu’il est dans l’action permanente. Cela coûtera cher à la République, c’est certain. Réussira-t-il à embrigader assez d’ouvriers pour mener à bien toutes ses ambitions ? La question provoque débats et divergences même dans les premiers cercles du pouvoir où il n’a pas que des amis. Alors, pour résister, le PM s’aménage des alliés dans la presse, au Parlement, auprès des ambassades, qui voient en lui une voix modérée, un visage présentable.

Lamothe, c’est aussi un souci permanent de donner chance et parole à des jeunes loups. Trois ministres se dégagent du lot : Stéphanie Villedrouin au Tourisme, Rosanne Auguste à la lutte contre la pauvreté extrême et aux droits de l’homme et Marie Carmelle Jean-Marie à l’Economie et aux Finances. Elles sont toutes les trois novices, sans expérience des fonctions politiques de haut niveau comme leur PM, elles font de leur mieux, mais ont déjà la lourde tâche de tracer le sillon de l’héritage Lamothe. Si elles arrivent à faire du tourisme plus qu’un slogan, des droits de l’homme une vraie préoccupation et à stopper la machine à dépenser sans grandes visions du gouvernement, elles auront réussi une gageure.

Michel Martelly

Le président Michel Martelly est sur tous les fronts. Pas un jour sans un communiqué de son service de presse alertant sur un fait, une présence ou une action impliquant le président. Si un jour passe sans une annonce, le lendemain trois d’un coup bouchent le trou. Michel Martelly se veut président, ministre, directeur général, animateur de la dynamique de son pouvoir et contrôleur général. Sa fougue fait indéniablement avancer des dossiers, mais cause aussi des fois des flops dans un pays où les délais ne sont respectés qu’à l’aune des retards constatés. Mais Martelly en bougeant tout le temps efface les ratés, transforme les inconvénients en avantages. Il a fallu qu’une embolie pulmonaire le mette dos dans un lit de repos pour que l’on se rende compte que le président est un homme comme les autres. Cela dit de sa maladie, on attend encore le renforcement du système hospitalier national qui nous permettra de bien soigner un chef de l’Etat comme le commun des mortels.

L’année 2012 a été aussi marquée par les nombreux voyages du président de la République. Martelly avec le pape restera dans les mémoires même si l’ancien chanteur n’est pas le premier président à avoir eu l’honneur d’être reçu au Vatican. Pour ce qu’il est de sa rencontre avec l’empereur du Japon, pas de doute, c’est une première. Pourquoi se sont-ils vus ? Qu’est-ce que Haïti a offert au Japon ? Quels étaient les vrais buts de ce voyage ? Mystères.

Parlant de voyage, les passeports du président de la République ont tenu la population en haleine. La crise majeure autour de la nationalité de Michel Martelly est symptomatique de ce qui nous attend dans les années à venir avec l’adoption des amendements de la Constitution de 1987. Qui est haïtien ? Voilà une question qui n’a plus de réponse claire.

Et ce ne sont pas les élections prévues pour 2013 qui vont faire taire les interrogations légitimes ou procédurières que chaque candidat peut avoir envers un concurrent qui a vécu à l’étranger.

Cela dit, Michel Martelly boucle l’année sur une autre victoire pour le peuple haïtien, comme il aime le dire : une entente est trouvée sur le Conseil électoral provisoire. Le parlement et l’exécutif, sous le regard bienveillant des hommes d’Eglise d’Haïti, se sont entendus pour violer la toute jeune Constitution amendée. Un viol sans violence, avec consentement des acteurs, qui accouche d’un Collège transitoire pour piloter le Conseil électoral permanent.

Rhum Barbancourt

C’est le produit de l’année 2012. Le produit haïtien par excellence. Ce bon vieux Rhum Barbancourt avec ses étoiles, son arôme, sa robe et son goût inimitable enjambe tous les clivages, réunit toutes les parties autour d’un verre, même si ce n’est pas sur la même table. Tout le monde en dit du bien, mieux, en est fier. C’est le synonyme préféré des Haïtiens. Qui dit Haïtien dit Barbancourt. La petite mallette jaune qui prend chaque jour l’avion ou la bouteille cachée au fond d’une armoire pour les jours de coups durs ou de fête impromptue, il y a toujours un Rhum Barbancourt pas trop loin de là où se trouve un natif-natal. Ce produit est un peu nous, il y a des gouttes de Barbancourt dans les veines de chaque Haïtien. C’est notre meilleur symbole. Le Rhum Barbancourt est sombre et fort. Pas assez puissant pour conquérir le monde, mais particulier et remarqué. Comme nous. En cette année qui ramène son cent-cinquantième anniversaire, on espérait que le Parlement ou le gouvernement profite de l’occasion pour le célébrer. Lui rendre hommage. S’appuyer sur la renommée du Rhum Barbancourt pour rehausser la destination touristique que nous rêvons d’être. Ce serait bien de voir le Rhum Barbancourt récipiendaire d’une distinction nationale, mis sur un piédestal, cité en exemple de société responsable et admirable. Cent cinquante ans de bons et loyaux services !!! Rien ne protège l’héritage Barbancourt, surtout pas nos frontières ouvertes et notre indifférence polie à ses succès empilés année après année.

L’exemple Barbancourt est à suivre. On ne peut que souhaiter une aussi longue et belle vie au parc industriel de Caracol et à l’hôtel Oasis. Deux nouvelles institutions lancées cette année avec la promesse d’apporter emplois et nouvelles perspectives dans leurs secteurs respectifs.

Salami

C’est la salle affaire de l’année 2012. Des analyses de laboratoire conduites en République dominicaine, pays où ce produit consommé dans toutes les familles haïtiennes est fabriqué, ont révélé la présence de traces de matières fécales dans certaines variétés. Il s’en est suivi une indignation nationale et la prise de mesures d’interdiction d’importation de ce succédané de la viande. Le mot salami est passé au langage courant pour désigner les plus viles actions ou situations. Que reste-t-il en cette fin 2012 de l’affaire du salami ? Dans les villes frontalières, le produit continue à être vendu sur les marchés. Le contrôle de qualité n’est toujours pas instauré pour les marchandises qui entrent en Haïti et qui sont vendues sous la foi de la déclaration du producteur ou de l’importateur. Sur le plan local, ni le ministère du Commerce, ni celui de la Santé, ni celui de l’Agriculture n’a profité de cette mésaventure pour instaurer de vraies brigades de contrôle de qualité pour les produits transformés ou manufacturés en Haïti. Pour ce qui est du petit commerce, de la fabrique de glace, de jus, du manje kwit (aleken) au plus grand restaurant, seule la chance nous épargne de consommer du salami… la substance sinon le produit même. Qui s’en préoccupe ?

T-Vice

Deux carnavals en moins de six mois, dont un en province. Il fallait un chanteur au pouvoir pour le faire. Ne pas regarder à la dépense, y aller pour le plaisir. Dans ce brouhaha festif, un groupe musical a tiré son épingle du jeu : T-Vice. Le groupe a remporté cette année, sans discussion aucune, le match contre son rival Djakout pour s’imposer leader sur tout le territoire. Plus qu’une affaire de méringue carnavalesque plus entraînante ou de comportement sur les parcours plus performants, T-Vice a remporté la palme du groupe haïtien le plus présent sur la scène haïtienne et mondiale en portant le compas à l’oreille de divers publics.

Les enfants de Robert Martino et de Jessy Al Khal bénéficient aussi de leur amitié particulière avec le pouvoir, eux qui étaient en polémique avec Sweet Micky avant de faire la paix avec Michel Martelly.

Le bonheur de T-Vice n’est pas cependant le fidèle reflet de la bonne santé du compas. Le genre musical créé par Nemours Jean-Baptiste traverse un passage à vide.  T-Vice lui-même assure sa suprématie sans s’imposer avec de mégas hits.

Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter: @Frantzduval
 Credit: le Nouvelliste

La TNH a 33 ans !!!

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Fondée le 23 décembre 1979 sous la présidence de Jean-Claude Duvalier, la Télévision Nationale d’Haïti (TNH), « Le son et l’image du changement », pour répéter son slogan, a célébré le 23 décembre 2012, ses trente-trois ans d’existence.
A cette occasion, plusieurs activités ont été mises sur pied par les différents responsables de cette institution, notamment la section culturelle, pour marquer cette date.
Concours, exposition et foire fanale dans les locaux de la station, messe d’action de grâces, de personnalités, des directeurs généraux de diverses institutions de l’État, le président de la République, tous dans leurs souhaits, ont fait l’éloge de cette nouvelle équipe emmenée par Bernier Sylvain (BS), directeur général, et Gamal Augustin, qui gère la RTNH depuis peu de temps.
Pour sa part, dans son discours de circonstance, le DG, Bernier Sylvain (BS), secondé de son directeur adjoint, Gamal Augustin, et accompagné des responsables d’autres sections de la télévision dont Caleb Desrameaux, s’est félicité de ses différentes réalisations notamment au niveau de la couverture des évènements devenus moins coûteux qu’avant. Il en a profité pour féliciter son adjoint qui s’y connaît.
Plusieurs groupes musicaux et artistes dont Mass Konpa, Nu-Look, Azor, Rustchelle Guillaume, BIC, Trankil, Fasil, K-Zino, Zatrap, Les Frères Dejean, K-Dans, Rockfam, Nu-Bel, K-dans, RockFam, pendant environ une semaine, ont créé, dans les jardins de la télévision, une superbe ambiance,qui a été retransmise en direct sur la chaîne 8.
Pour  clôturer ces festivités, T-Vice et Nu-Look ont été conviés à  animer le bal d’anniversaire, au Ritz Kinam II, le dimanche 23 décembre 2012.
En présence d’un beau public les deux groupes musicaux ont bien délivré. Pratiquement seul comme chanteur après le départ de Pipo de Nu-Look ce soir-là, Arly Larivière a fait appel à plusieurs autres chanteurs présents dans la salle dont Alan Cavé et Beethova Obas pour chanter avec lui « L’esprit de Noël ».
En définitive, les activités mises sur pied par les responsables pour célébrer les 33 ans d’existence de la Télévision Nationale d’Haïti (TNH), chaîne 8, fut une réussite.

Gilles Freslet (gillesfreslet@yahoo.fr)
Credit: le Nouvelliste

LA DDAO construit un système d’irrigation à Léogâne

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Environ 1473 mètres linéaires de canal d’irrigation sont actuellement en construction à Bongnotte, une localité de Léogâne, traversée par la rivière Momance. Ce travail s’est effectué par la Direction départementale agricole Ouest (DDAO) de concert avec le Fonds d’assistance économique et sociale (FAES). Parallèlement, la DDAO a lancé, le jeudi 20 décembre écoulé, la campagne de haricot à Léogâne.

Près de dix millions de gourdes sont allouées à ce travail visant à doter la localité de Bongnotte d’un nouveau système d’irrigation. Ce système de canalisation permettra à une quantité importante d’hectares d’être irriguée par les eaux de  la Rivière Momance.  La firme chargée de l’exécution de ses travaux, AMECO ne dispose que de 135 jours pour l’accomplir. En fait, ce travail s’inscrit dans le cadre des travaux prévus par le gouvernement durant la période de l’état d’urgence. A la tête d’une délégation, le secrétaire d’Etat à la Relance agricole, Joseph Vernet a effectué, jeudi, une visite de quelques heures à Bongnotte afin de vérifier l’état d’avancement des travaux. « Je constate que les travaux se réalisent selon les instructions du gouvernement. L’administration Martelly-Lamothe a voulu que les travaux s’inscrivent dans la durabilité dans l’urgence. Pendant que nous poursuivons des objectifs telles la: création d’emplois et la réhabilitation des systèmes d’irrigation, nous visons en même temps l’augmentation de la production agricole. Il y a aussi la question de parité au niveau des sexes qui est prise en compte. Ces travaux s’inscrivent aussi dans le cadre de la relance agricole que le gouvernement ne cesse de promouvoir », a indiqué le secrétaire d’Etat à la Relance agricole, Joseph Vernet annonçant que le gouvernement entend réaliser d’autres travaux au niveau des bassins versants et les sous bassins versants qui surplombent ce système.

 Cette promesse faite par le secrétaire d’Etat va répondre aux exigences du système, une fois qu’il se termine. L’un des bassins versants qui va constituer une menace pour ce système en pleine construction dans la localité de Bongnotte est la rivière Momance. Le titulaire de la Direction départementale agricole (DDAO), agronome Arnoux Severin a décrit en quelques mots cette rivière. « C’est l’une des plus grandes rivières du département de l’Ouest avec un bassin-versant mesurant 437 kilomètres carrés et un débit moyen de 5,6 mètres cubes par seconde. C’est un bassin versant très vaste qui provoque souvent des dégâts à cause de sa dégradation. Cependant, cette rivière qui prend naissance au morne des Commissaires du côté de Furcy (Kenscoff) et traversant les communes de carrefour, Gressier et Léogâne a une grande importance au point de vue agricole.  Elle permet aux agriculteurs vivant dans les communes qu’elle traverse de cultiver la canne-à –sucre,  l’ananas, le haricot et d’autres cultures encore », a souligné l’agronome Severin.

L’ingénieur en chef chargé de l’exécution des travaux a promis de respecter le calendrier. Il a précisé que cette canalisation concerne une branche de la rivière Momance, un sous bassin-versant dénommé : « Madan Vègye ». « Nous allons construire 1473 mètres linéaires de canal en maçonnerie. Car, vous savez, l’agriculture, il ne faut pas qu’il y ait de perte d’eau. Nous avons pris des engagements pour remettre les travaux dans 135 jours. Nous sommes sur la bonne voie puisqu’en moins de deux mois, nous avons réalisé environ 800 mètres linéaires de canal », a indiqué l’ingénieur Roger Gérard de la firme AMECO. D’autres précisions ont été apportées par un ingénieur de la DDAO. « Une étude a été réalisée au niveau de la plaine de Léogâne avant d’entamer les travaux. Le canal aura un débit de 0,30 mètres cubes par seconde. Il va desservir plusieurs localités ».

Par ailleurs, la DDAO a lancé la campagne de haricot d’hiver à Léogâne. Dans cette perspective, cette direction du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR),  a  entrepris des travaux de curage d’un canal afin de permettre à quelque 300 hectares soient arrigués à l’occasion de la campagne. « Environ 150 personnes bénéficient d’un emploi dans le cadre des travaux de curage et 300 autres personnes engagées dans la construction du canal », a déclaré l’agronome Arnoux Severin. Par ailleurs, le directeur départemental agricole de l’Ouest a dressé un bilan succint des travaux réalisés par la DDAO à Léogâne, lors du premier programme d’urgence qu’avait mis sur pied par le gouvernement. « Nous avons dépensé environ 11 millions de gourdes. Plus de soixante mille hommes-jours ont été crées. Nous avons curé 40 000 linéaires de drains et près de 25 000 linéaires de canal d’irrigation. Malheureusement, les récents cyclones qui ont frappé le pays ont détruit  une bonne partie de ses travaux » a déploré le directeur souhaitant que des travaux soient réalisés dans un bref délai pour contenir la rivière Momance.

Gérard Junior Jeanty gjeantyjr@lenouvelliste.com

Credit: Le Nouvelliste