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Le PRI prend Lamothe au piège

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Les députés du bloc Parlementaires pour le renforcement institutionnel(PRI) n’ont pas fait dans la dentelle. Passant de la parole aux actes, ils ont empêché le Premier ministre Laurent Lamothe de présenter son bilan à l’ouverture de la première session ordinaire de l’année législative, ce lundi, en présence du corps diplomatique et de personnalités de la classe politique.

« Je me plie aux exigences de la Constitution en soumettant au bureau de l’Assemblée nationale les exemplaires du bilan de l’action gouvernementale pour l’année 2012 et les perspectives pour l’année 2013 »,  a déclaré Laurent Lamothe, alors que fusaient bruits de cloche, sifflets et interjections hostiles, avant de remettre le document au président de l’auguste assemblée.

Faisant un maximum de bruit, les parlementaires de l’opposition ont offert un spectacle inédit dans l’enceinte du Parlement – qui en a pourtant vu d’autres . « Par cet acte, nous espérons que le PM va  prendre conscience de son état et s’il n’est pas un mauvais élève, il mettra ses devoirs au propre »,  a  dit le député  Sadrac Dieudonné, le chef du PRI, tout en s’indignant du fait que Laurent Lamothe a boudé plusieurs invitations ainsi qu’une convocation du bloc. Les parlementaires du PRI jurent qu’ils ne cesseront leur travail de sape que lorsque leurs communes auront reçu les fonds idoines prévus dans le budget national…

Pour le député Abel Descollines, l’acte posé par ses collègues du PRI est « impensable et malheureux pour la démocratie » et tend à ternir l’image du Parlement. Le porte-parole du bloc Parlementaires pour la stabilité et le progrès (PSP) déplore en plus le fait qu’au sein même du bureau de l’Assemblée nationale il  y a un membre du PRI qui participait au boycottage de la présentation du bilan du Premier ministre.

Le sénateur Pierre Francky Exius a, quant à lui, dénoncé le bureau pour avoir pris acte du dépôt du document soumis par le chef du gouvernement. « Le Premier ministre  n’a pas présenté son bilan. Selon la Constitution, il doit d’abord faire  l’exposé des motifs de son bilan avant de le déposer par-devant le bureau de l’Assemblée nationale », a-t-il argué. Il croit néanmoins que  « le chef du gouvernement devrait tirer sa révérence après un tel acte du PRI ».  Le Parlement, a-t-il dit, devrait prendre conscience de l’état des choses pour interpeller Lamothe dans un bref délai.

Martelly n’a pas tremblé

Les députés de l’opposition qui ont boycotté Laurent Lamothe n’ont pas laissé Martelly tranquille non plus. Comme un arbitre sanctionnant des joueurs qui ont commis des fautes, ils ont symboliquement tenu en l’air des cartons jaunes pendant que le chef de l’Etat prononçait son discours.

Dans son exposé général de la situation,  le chef de l’Etat a manifesté le désir de favoriser une relation fructueuse entre l’exécutif et le législatif. « La collaboration de ces deux branches de l’Etat est indispensable pour une bonne gouvernance. Il nous faut donc transcender nos divergences pour travailler aux bénéfices des intérêts supérieurs du pays », a dit le premier mandataire de la nation.

Tout au long de son discours, le président Martelly a mis l’accent sur la nécessité d’une croissance modérée de l’économie haïtienne pour l’année 2013. Nous comptons, a-t-il continué, sur l’effort de tous pour favoriser cette croissance.

Michel Martelly, qui aura deux ans au pouvoir en mai prochain, se félicite des réalisations de son administration et des perspectives pour l’année à venir. «  Les grands chantiers  de la reconstruction se poursuivent tels que la construction de l’aéroport du Sud, le route Cayes-Jérémie, la route Hinche-Cap-Haïtien, la route Fermate-Frères,  la construction des bâtiments publics, la construction de logements sociaux et d’infrastructures de santé,le fonctionnement du parc industriel de Caracol », sont entre autres éléments cités par le président de la République.

L’année de l’environnement

S’il se dit déterminé à faire de cette année celle de l’environnement, Michel Martelly croit qu’elle doit être aussi une année d’élections. « Avec la même détermination, je suis toujours prêt à favoriser le dialogue entre tous les secteurs pour mettre sur pied une structure de consensus devant aboutir à l’organisation des prochaines joutes électorales. Je redoublerai d’efforts pour améliorer la gouvernance politique et éviter que les prochaines élections ne soient pas une source de conflits inutiles pouvant dégrader l’ordre et le climat de paix sociale », promet Martelly dans son intervention d’une trentaine de minutes.

Par delà des clivages idéologiques et politiques, poursuit-il, je demeure ouvert aux discussions avec tous les secteurs dans le respect des règles du jeu démocratique en vue d’organiser des élections libres, transparentes et démocratiques. Il a, par ailleurs, invité  tous les acteurs politiques et sociaux à l’apaisement, condition nécessaire à l’investissement et à la création d’emplois dans le pays.

Le bilan parlementaire

Le président de l’Assemblée nationale Simon Dieuseul Desras a, pour sa part, plaidé en faveur de « la cause de la reconstruction du pays et de la refondation de l’Etat susceptible de réparer les préjudices matériels et moraux subis par nos populations martyres ». Il en profite pour inviter tout un chacun à célébrer le 206e anniversaire du Parlement haïtien, l’un des premiers d’Amérique.

Le sénateur Desras a profité de l’ouverture de la session ordinaire pour dresser un bilan des activités du Parlement pour l’année législative 2012. «  Pour un total de  27 séances plénières, le Sénat a voté 17 lois, 26 rapports de commission déposés, 16 résolutions adoptées, 16 choix ratifiés, dont des ambassadeurs et le chef de la police nationale, 3 instruments internationaux ratifiés. A la Chambre basse, 28 séances plénières ont été organisées et 8 lois votées… », selon des chiffres cités par le président de l’Assemblée nationale.

Le repas des guerriers

A l’issue de la séance houleuse, le chef de l’Etat, celui du gouvernement…et des parlementaires se sont retrouvés autour d’un verre pour faire baisser la tension. L’absence du sénateur Moïse Jean-Charles, farouche opposant à Martelly,  a été remarquée tant à l’Assemblée qu’au repas des guerriers…

Yvince Hilaire et Claude Gilles
Credit: le Nouvelliste

Le Marché en Fer de Port-au-Prince et nous

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11 janvier 2011-11 janvier 2013 ! Deux ans depuis que, en plus de celui de Florvil Hyppolite, le nom de Denis O’Brien est à jamais attaché au Marché en Fer de Port-au-Prince. Rien d’étonnant : le premier a mis le Marché au monde en le faisant construire. Le second lui a donné une deuxième vie en le faisant reconstruire. Le ressuscitant en quelque sorte après le séisme du 12 janvier 2010 qui l’avait tué. Honneur et gloire à Florvil Hyppolite ! Salut et remerciements à Denis O’Brien !

Etrange rencontre à travers les âges tout de même ! Etrange attelage aussi que celui formé par ces deux personnages qui n’ont pas grand-chose en commun !

L’un, président haïtien, homme vertical, droit dans ses bottes, héritier de cette longue lignée de géants venus du Nord et qui ont peuplé la deuxième moitié de notre XIXe  siècle. Marchant sur les traces de Christophe, Hyppolite voulait doter le pays des infrastructures nécessaires à sa modernisation et à son prestige. Le Marché en  Fer qu’il fit construire  demeure l’un des rares monuments qui soient encore en fonctionnement depuis plus de 120 ans. Avec la Citadelle bien sûr qui aura bientôt 200 ans. D’autres monuments comme le Palais Sans- Souci à Milot et le palais aux 365 portes à la Petite-Rivière de l’Artibonite , contemporains de la Citadelle,  ne sont pour le moment que des vestiges d’une génération de grandeur qui fait regretter à beaucoup d’Haïtiens, dont moi-même, que Christophe n’ait pas été en situation de gouverner le pays tout entier.

(Parlant  de Christophe, je me permets d’ouvrir une parenthèse pour dire que je suis persuadé qu’il n’a pas cessé de se retourner dans  sa tombe, depuis le jour où nous avons osé associer son prestige et son nom à un don reçu de la République dominicaine. D’autant que le Cap-Haïtien dispose depuis plus d’un quart de siècle d’une université qui porte bien haut le nom du Roi Christophe. Même si je n’ai pas de problème avec le principe du cadeau de la République dominicaine, j’estime que c’est un affront fait à Christophe que d’associer son nom à un don, fût-il un magnifique campus universitaire. Je m’en suis déjà ouvert à des amis capois. De mon point de vue, il n’est pas trop tard pour effacer cet affront en changeant le nom de l’Université pour l’appeler tout officiellement  Université de Limonade…  Je ferme la parenthèse.

L’autre personnage associé au Marché en fer est un Irlandais, brasseur d’affaires, baroudeur financier et milliardaire. Il a pensé restituer au pays une petite partie de la fortune amassée en Haïti, grâce à sa compagnie de téléphone, la Digicel, qui en très peu de temps, est devenue une véritable institution en Haïti et dans la Caraïbe, créant des milliers d’emplois et s’impliquant dans maintes activités de la vie sociale, économique  et sportive du pays. La philanthropie pratiquée par  certaines  multinationales se base sur un principe très simple : «  si l’on fait beaucoup d’argent dans un pays pauvre, personne ne trouvera à redire, si l’on utilise l’argent gagné pour faire encore plus d’argent  à condition d’en consacrer une partie pour faire un peu de bien ».

Après le séisme, M. O’Brien a décidé de s’investir à fond dans un projet d’une très  grande visibilité et de le réaliser en un temps record. Le Marché en Fer superbement reconstruit pour la somme de 12 millions de dollars provenant de la cassette personnelle de M. O’Brien, a été inauguré un an jour pour jour après le séisme. Ou plutôt le 11 janvier 2011, un jour avant le 1er anniversaire du séisme pour respecter le vœu  émis  par certains Haïtiens  de ne pas faire de célébrations le 12 janvier-ce qui a été très apprécié.

Reconstruire le Marché en Fer en un temps si court a été un bel  exploit. Et M. O’Brien a bien raison de s’en enorgueillir.  Mais, il n’allait pas en rester là. Afin d’assurer la gouvernance du Marché, il s’est mis d’accord avec la mairie de Port-au-Prince pour former une société anonyme mixte dénommée « Le Marché en Fer S.A.M ». Les statuts de cette Société  publiés dans le Journal officiel Le Moniteur ont provoqué beaucoup de discussions et même des protestations, particulièrement à l’analyse de l’article 6. (Voir l’article de Robenson Geffrard et Dario  Darius « Controverse autour du Marché en Fer, publié dans le Nouvelliste du 12 novembre 2012.) Cet article 6 stipule en effet ce qui suit : « Le capital social est fixé  à 6 millions de gourdes  divisé en 1 200 actions de 5 000 gourdes chacune, toutes de même rang. L’apport de la ville de Port-au-Prince est fait en nature comme évalué par le commissaire aux comptes et consiste en l’apport du Marché en Fer de Port-au-Prince pour la durée de la Société avec tous ses revenus et accessoires »

Il est aussi indiqué que la commune de Port-au-Prince a souscrit 400 actions pour la somme de deux millions de gourdes, tandis que M. O’Brien et la Digicel ont souscrit chacun 400 actions, apportant à eux deux fois 4 millions de gourdes. Au lieu de s’engager à verser sa contribution  en espèces sonnantes et trébuchantes comme l’ont fait les deux autres actionnaires, la mairie de Port-au-Prince a donné le Marché en Fer comme quote-part. Le résultat, c’est que M. O’Brien qui contrôle avec la Digicel les deux tiers de la Société devient le décideur en chef de tout ce qui s’y rapporte. Il est permis de penser que M. O’Brien, s’il était le gérant de ce patrimoine national ne l’aurait pas mis en association pour deux millions de gourdes avec le statut d’actionnaire minoritaire. S’agissant d’un patrimoine national, on aurait pu trouver une meilleure formule et un montage plus approprié. Du fait que la Société a pris le nom du Marché en Fer crée aussi une confusion qui aurait pu être évitée en l’appelant Société de Gestion et d’Entretien du Marché en Fer. Ceci dit, le Marché  en Fer de Port-au-Prince n’appartient pas pour autant à M. O’Brien. Ni en tout ni en partie. Seulement, par ces temps de promotions de PPP (partenariats publics privés) et où l’on vante les mérites de  l’équité  dans les transactions, il est quelque peu dommage que la Société Le Marché en Fer S A M ne puisse servir ni de référence ni de modèle pour faire la promotion de ce genre de partenariat, tant le montage est inéquitable.

Toutefois, ces considérations ne diminuent en rien l’élan de générosité  initial de M. O’Brien. Et c’est lui faire un mauvais procès que d’insinuer qu’il a voulu prendre le contrôle du Marché en Fer afin de récupérer les 12 millions qu’il a mis dans sa rénovation. S’il en était ainsi, il aurait failli à la réputation d’investisseur avisé. Parce qu’il lui faudrait attendre des dizaines d’années pour récupérer son capital. Et là encore. En  effet, le Marché en Fer ne rapporte actuellement que 50,000  de dollars l’an alors que les frais de gestion et de maintenance s’élèvent à 400,000.  D’où, un déficit de 350.000 dollars qui ne peut être comblé que par des apports additionnels de M. O’Brien et de la Digicel. Par ailleurs, les revenus du Marché en Fer proviennent principalement de  la location d’espaces à l’intérieur des deux pavillons qui le composent : un pour les produits alimentaires, l’autre pour les produits de l’artisanat local et les productions des artistes-peintres.  Les étalagistes du pavillon alimentaire où, soit dit en passant, l’on rencontre très  peu de produits locaux, paient maintenant 400 gourdes le mois au lieu des 200 gourdes d’avant la rénovation. Les usagers du pavillon artistique reçoivent une facture mensuelle de  de 600 gourdes alors qu’ils ne payaient que 400 gourdes avant la rénovation. Cette redevance est  plutôt modique, mais beaucoup d’usagers n’arrivent pas à l’honorer sur une base régulière du fait de la faiblesse des ventes  ou même de l’absence totale de vente pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, surtout dans le pavillon artistique.

Autant dire que nombre d’usagers se retrouvent bien souvent en situation de non-paiement de leurs redevances mensuelles. Généralement, après 4 ou 5 mois d’arriérés, la Digicel qui assure très professionnellement la gestion du Marché, bloque l’espace occupé par l’usager en retard, jusqu’à ce qu’il se mette en règle. Le  Marché est bien entretenu, très aéré, bien éclairé à l’énergie solaire. Il faut payer 10 gourdes pour faire usage des toilettes. Les  récriminations que j’ai écoutées ne concernent pas vraiment la gestion de la Digicel, sauf peut-être en ce qui a trait à l’absence de ventilation du bâtiment en fin de semaine. Ces récriminations  se rapportent surtout à l’insalubrité et aux situations d’insécurité du voisinage immédiat qui ne sont pas de nature à attirer beaucoup de visiteurs, encore moins  d’acheteurs. Sans parler des touristes qui représentaient autrefois le gros de la clientèle du pavillon des artistes et qui se font de plus en plus rares.

Quoi qu’il en soit, n’était l’intervention de M. O’Brien, Le Marché en Fer serait probablement encore aujourd’hui sous les décombres. Ses admirateurs, au nombre desquels figure Bill Clinton, le considèrent comme le plus grand bienfaiteur individuel d’Haïti. L’inauguration du Marché en Fer avait été accompagnée d’un véritable hymne à sa gloire. El le Caribbean Journal, très enthousiaste, est allé jusqu’à comparer ses œuvres philanthropiques en Haïti à celles des Mellon, des Carnegie et des Rockfeller aux Etats-Unis d’Amérique. Rien que ça ! L’Irlandais cependant ne s’est jamais présenté lui-même comme un bienfaiteur. Mais, il a tenu, dans plusieurs entrevues, à se démarquer des élites politiques et économiques d’Haïti, affirmant avec une pointe  de provocation « aimer Haïti plus que ceux qui le dirigent » et  rappelant que « même si les élites haïtiennes ne croient pas dans leur pays, moi j’y crois », déclare-t-il.

Il y a deux ans, il avait aussi laissé percer sa frustration envers ces élites qui ne lui ont pas emboité le pas en apportant comme lui leur contribution financière à la reconstruction du pays. Je ne vais pas suivre M. O’Brien dans sa frustration, mais j’avoue que j’aurais bien aimé contribuer à une mobilisation de l’effort national pour la restauration d’autres monuments, comme les deux palais que j’ai mentionnés plus haut.  Il y aussi le Lycée Pétion, ce temple du savoir, qui a formé tant d’éminents Haïtiens et qui aura deux siècles très bientôt en 2016. Le séisme l’a détruit totalement. Ce serait vraiment significatif si les anciens élèves, leurs descendants et d’autres contributeurs se joignaient à des Fondations et à des philanthropes haïtiens pour le ressusciter tout comme O’Brien l’a fait pour le Marché.

Quant aux élites  haïtiennes, je ne crois pas qu’il y ait à travers le monde, un groupe d’hommes et de femmes qui aient été aussi vilipendés,  traités  de tous les noms  par ceux-là (au nombre desquels on compte beaucoup  d’expatriés) auxquels  ces élites réservent généralement leur meilleur accueil, leur meilleure hospitalité.  Ces expatriés, par les positions qu’ils occupent (ambassadeurs, envoyés spéciaux, représentants d’organisations internationales, directeurs d’ONG, investisseurs potentiels, experts en tout genre, etc.) ont bien souvent la possibilité de fréquenter très intimement et de discuter  avec ces élites plus qu’avec toutes les autres couches sociales du pays. Ils reconnaissent parfois que certains membres de ces élites comptent parmi les plus sophistiqués de la région. Pourtant, ils en disent rarement du bien en public ou en privé. Au contraire ! Cette attitude à mon sens soulève deux questions  pour lesquelles je n’ai pas encore de réponse:

Question 1. Si l’on méprise l’élite d’un pays que l’on fréquente régulièrement  et intimement, peut-on avoir du respect pour les autres couches que l’on ne fréquente pas, qu’on ne connaît pas et avec lesquelles on n’a pratiquement aucun rapport ?

Question 2.- Peut-on aimer Haïti tout en ayant très peu d’estime pour les Haïtiens ? Cette question concerne tant les Haïtiens que les non-Haïtiens. A chacun  sa réponse.

 Ericq Pierre Rochasse091@yahoo.com Port-au-Prince, le 9 janvier 2013

Credit: le Nouvelliste

Kita Nago accueilli à Port-au-Prince

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Kita Nago est arrivé à Port-au-Prince ce lundi, en fin d’après-midi sur les bras d’une foule en liesse et animée. Le tronc d’acajou, devenu symbole de l’union haïtienne, a été  déposé au pied du marron inconnu, au Champ de Mars,  sous les yeux des époux Martelly et du Premier ministre Laurent Lamothe. Une marée humaine venant de divers quartiers de la zone métropolitaine a festoyé dans la soirée autour de la pièce en bois poli.

« Nous venons de franchir une étape importante dans le parcours de Kita Nago, déclare, ému,  Mèt fèy vèt, Harry Nicolas de son vrai nom, montrant des traits de fatigue. Port-au-Prince représente non seulement la capitale du pays mais aussi la ville la plus peuplée. J’espère que  Kita Nago, symbole de l’union du peuple haïtien, inspirera les Port-au-Princiens à la protection de l’environnement et au respect des valeurs qui rendent possible le vivre ensemble. »

14 jours après avoir quitté sa Jérémie natale, l’instigateur du projet est plus que jamais confiant que Kita Nago arrivera à bon port. Tout le monde veut toucher Kita Nago. Les plus narcissiques se font prendre en photo. « Je suis ici pour voir ce « bwa », (grand tronc d’arbre, grandeur nature), se réjouit une adolescente. Je suis heureuse que tout se passe bien et souhaite que cette grande œuvre fasse prendre conscience aux Haïtiens de nos capacités extraordinaires. »

« Cela fait trois jours que je suis en route, s’exlame une sexagénaire exultée. J’ai rejoint les marcheurs à Petit-Goâve et j’entends le conduire jusqu’à Ouanaminthe, sa destination finale.

Depuis son départ le 1er janvier en cours, mythes et légendes ne cessent de se répandre autour de ce tronc d’arbre. Il est descendu du ciel, dit l’un. Il parle, répond un autre.  Ce « bwa » n’est pas simple, déclare un troisième. L’important dispositif de sécurité qui entoure Kita Nago n’a nullement découragé la foule d’aller la voir.

Selon les organisateurs, Kita nago séjournera au Champ de Mars jusqu’à mercredi avant de mettre le cap vers le nord.

Credit: le Nouvelliste

Nettoyer, transformer, travailler

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Il vit de la collecte de déchets. Sillonner différentes rues des Cayes pour collecter des bouteilles en plastique qui sont vendues à une entreprise spécialisée dans le recyclage de ces matières, c’est sa principale activité. Un périple au quotidien. Sinon, il n’aura rien.

Trois sacs contenant des bouteilles en plastique dans les mains, Nézilas Mercéus se promène sur le sable de Gelée, aux Cayes. Ce n’est pas pour admirer les visiteurs de la plage, encore moins pour pique-niquer. Mais le jeune homme barbu, pantalon crème, maillot bleu déchiré à certains endroits, casquette sur la tête, sillonne la plage pour collecter des bouteilles en plastique. Ces bouteilles, il les vend à une usine spécialisée dans le recyclage de ces matières, basée à Port-au-Prince. « Je vis de cette activité parce que je ne travaille pas », confie-t-il.

Père de quatre enfants,  Nézilas Mercéus, natif des Côteaux, âgé d’une trentaine d’années, est « fier » d’exercer cette activité. Depuis plus d’un an et demi, c’est ce qu’il fait tous les jours, à  longueur de journée. Il fouille dans les déchets, parcourt les marchés publics, les endroits où sont organisés des grands événements pour collecter des bouteilles. « Vu ma situation, je devais trouver un moyen pour vivre avec ma famille », dit-il.

Cette activité ne lui rapporte pas beaucoup, mais elle lui permet de répondre à certains besoins. « Même pour participer aux activités de nettoyage des rues ici, on doit avoir un parrain. Je n’en ai pas malheureusement. La vie, ce n’est pas du tout facile », lâche laconiquement Nézilas Mercéus, qui éprouve de bons souvenirs du carnaval national 2012 qui s’est déroulé dans la ville des Cayes. Ce n’est pas parce qu’il s’est bien amusé, mais du fait que les festivités lui avaient permis de gagner quelques sous en plus, et plus rapidement.

Pendant les événements, le jeune homme n’avait pas besoin de parcourir plusieurs zones pour vendre quelques livres de bouteilles. Des bouteilles et autres déchets en plastique avaient été remarqués un peu partout dans les rues. « J’ai passé les trois jours gras sans dormir pour ramasser des bouteilles. Cela m’a rapporté 1 750 gourdes durant  les trois jours. C’était quand même quelque chose », déclare Nézilas, qui habite la rue Général Marion avec sa femme, trois de ses quatre enfants et un autre proche.

Sa femme, elle vend des sucreries dans l’après-midi. Dans la matinée, elle se lance, elle aussi, dans la même activité que son mari. « Elle m’aide beaucoup à collecter les plastiques. Nous vivons ensemble depuis plus de 15 ans. Notre fils aîné a 11 ans. Nous devons nous débrouiller à notre façon pour vivre. L’activité nous rapporte entre 3 000 et 4 000 gourdes par mois », explique Nézilas, les yeux rivés sur deux bouteilles qui flottent sous un petit pont.

Il lui faut une vingtaine de bouteilles pour une livre, dépendamment du type de bouteille. La livre se vend à trois gourdes aux fournisseurs de l’usine qui traite ces matières avant de les exporter pour être recyclées. L’usine en question n’est autre que «Environnemental cleaning solution S.A. », fondé par Edouard Carrié, après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Selon Roger Carrié, père d’Edouard Carrié, l’entreprise collecte pour le moment environ 50 000 livres de déchets par jour. Auparavant, le chiffre variait entre 20 000 et 30 000 livres. « Nous fournissons aux entrepreneurs des balances sur mesure pour faciliter le travail. Et des moyens de transport sont aussi mis à leur disposition », fait remarquer Roger Carrié, gestionnaire des affaires de formation. Il fournit un « appui technique et moral » à son fils à la gestion de l’entreprise.

Depuis que les opérations de traitement des déchets ont débuté en juillet 2011, l’usine, révèle M. Carrié, a déjà exporté 340 conteneurs de ces matières traitées. Chaque conteneurs comprend 22 tonnes. « Nous les traitons avant de les exporter à l’étranger, en Asie, en Amérique… »

L’usine ne s’occupe pas uniquement du traitement des bouteilles en plastique qui sont de différents types et qui sont traitées séparément. Les petits sachets en plastique dans lesquels se vend de l’eau sont également traités et exportés. « Nous traitons aussi pour le moment le carton, et nous sommes en pourparlers sur le syrofoam », souligne Roger Carrié, qui se félicite de l’impact positif que le traitement de ces déchets a sur l’environnement et la santé.

« Nous sommes sur tout le territoire. Nous pouvons dire qu’entre 5 000 et 6 000 personnes vivent de la collecte des déchets », estime Roger Carrié.

Valéry Daudier Twitter:@ValéryDaudier

Les personnalités de l’année 2012

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Pour le meilleur et pour le pire, ils ont marqué l’année 2012. Le Nouvelliste publie dans cette édition sa liste de douze personnalités et produits de l’année qui se termine. Comme l’an passé, on y retrouve ceux, d’ici ou d’ailleurs, qui ont pesé sur notre vie de peuple pendant l’année 2012. Une façon simple de leur rendre hommage ou d’éclairer leurs actions. La liste est présentée par ordre alphabétique. D’une année à l’autre, seul le président Michel Martelly a fait la passe de deux. Avec cette livraison, les produits font leur entrée dans la liste. Salami et Rhum Barbancourt, eux aussi, ont marqué l’année. Pour le meilleur ou le pire.

Mario Andrésol

C’est l’histoire du chef de la Police nationale d’Haïti au plus long règne, en 17 ans de vie de l’institution. C’est l’histoire du directeur général de la PNH qui n’a jamais eu le support plein et entier des trois présidents sous lesquels il a servi. C’est l’histoire du gendarme qui rêvait d’être mannequin. C’est l’histoire de Mario Andrésol. Le jour où il fait la une de Ticket Magazine et a posé dans ses tenues civiles très modes, ses contempteurs s’étaient dit que c’est fini du chef de la police; il se dévoile; il est meilleur à défiler qu’à filer le train aux bandits. Andrésol a réussi à passer plus de sept ans à la tête de la PNH en portant l’uniforme avec élégance et ses habits civils comme un mannequin. Sept ans à créer des vêtements pour lui-même et à garder une cohésion à la PNH. Si René Préval l’a laissé faire dans un splendide isolement, Michel Martelly, dès sa prise de pouvoir, ne cache pas que les choses vont changer. De fait, le président multiplie des nominations qui seront dénoncées par les organisations de défense des droits humains, puis par le chef de la police lui-même. Andrésol dira au Nouvelliste qu’on lui demande de réintégrer des policiers qu’il avait lui-même arrêtés. Les jours de l’ancien militaire étaient comptés. Martelly a attendu la fin de son mandat constitutionnel pour lui signifier son départ. Et on dirait que Mario Andrésol n’attendait que cette formalité pour se mettre au service de sa vraie passion : la mode. M.A Collection pour Mario Andrésol Collection lui a permis à nouveau de faire la une de Ticket Magazine.

Andrésol aura servi avec mesure une institution clé dans la construction de la démocratie en Haïti. C’est avec tact qu’il a géré le passage de trois présidents pendant qu’il est directeur général de la police. Il a réussi à garder l’institution hors de la politique. Même le piège de la reconstitution de l’Armée d’Haïti, il a su l’éviter en ne portant pas ses troupes à affronter les militaires remobilisés qui ont traîné leurs bottes  dans d’anciens campements des FAD’H en 2012.

Sur la liste de ses réalisations à la tête de l’institution policière, il faut souligner  l’augmentation des effectifs, la structuration des services avec l’appui de la communauté internationale. La première tentative d’instaurer un système de vetting et le plus long processus de respectabilité du métier de policier. Mario Andrésol est aussi parti par la grande porte, sans scandale. Il a donné du sens au verbe servir qu’on retrouve dans le slogan de la police nationale.

André Apaid Junior

L’entente cordiale entre le monde des affaires et l’administration Martelly-Lamothe tarde à se concrétiser. Cela patine. Les amitiés sont récompensées, mais pas de politiques publiques pour impliquer le secteur des affaires dans le combat pour le relèvement national. Et ce n’est pas André Apaid Junior qui dira le contraire. Quelques jours après un échange public de mots vifs avec le président Michel Martelly, l’homme d’affaires se retrouve sur une liste de mauvais contribuables, publiée par la Direction générale des impôts. Se sachant dans son droit, Apaid décide de passer outre une interdiction de départ émise contre sa personne et prend le chemin de l’aéroport. Les services de l’émigration le stoppent. On connaît la suite, le tollé et sa lettre cinglante au président Martelly. Dans la longue missive, l’ancien homme fort du Groupe des 184 et de l’Initiative de la société civile -qui avaient affronté Jean-Bertrand Aristide en 2002-2004- met au défi le pouvoir qui finira par reconnaître son erreur dans son cas. Une seconde lettre, cette fois du Dr André Morno, jettera un froid dans les relations entre le président et la diaspora haïtienne qui paie des taxes sur les appels téléphoniques et les transferts depuis son accession au pouvoir. Morno, revenu de l’étranger avec un pécule, érige un complexe d’appartements, voisin limitrophe du président, il explique dans sa lettre que sa maison est convoitée par la famille présidentielle et qu’il subit menaces et représailles fiscales de la part de la DGI. Interprétée comme une tentative de spoliation d’un dur travailleur de la diaspora, l’affaire Morno laisse des traces.

Plus que ces deux épisodes peu glorieux entachant les relations entre le pouvoir Martelly-Lamothe et les hommes d’affaires haïtiens, il existe encore un vrai malaise entre le pouvoir politique et ceux qui détiennent les capitaux, créent des emplois et sont présents sur le terrain depuis des décennies. Il y a comme une non-reconnaissance réciproque des rôles et attributs de chaque groupe. Pour des observateurs avisés, il y a une vraie philosophie du déni dans le constant souci de l’équipe Martelly-Lamothe de promotion du slogan « Haiti is open for business ». Open pour que de nouvelles forces, de nouveaux acteurs viennent, des acteurs qui, eux, seront redevables aux maîtres du pouvoir politique actuel. Il y a aussi une attitude de sourd mépris, une froideur tout au moins, de la part des investisseurs locaux qui se sentent non sollicités par ce pouvoir. Les amis mis à part.

Clifford Brandt

C’est le coup de tonnerre dans le ciel des bonnes réputations : Clifford Brandt. Le rejeton d’une des familles de premier plan du pays depuis près d’un siècle s’est fait arrêter pour son implication dans l’enlèvement et la séquestration de deux enfants Moscoso, du nom du P.D.G. de la principale banque du pays. L’affaire sordide se complique quand la police dévoile les noms et titres de certains des complices présumés de Brandt. Les noms de policiers et de responsables de l’appareil sécuritaire de la présidence sont cités. Cela fera un boucan d’enfer avant que, pour faute de preuve ou raison d’Etat, le silence s’installe. Brandt et deux complices sont enfermés depuis dans la toute nouvelle prison de Croix-des-Bouquets destinée aux condamnés. Là encore cette affaire souligne les dérèglements de la société haïtienne car les vrais prisonniers condamnés après jugement ne peuvent accéder à la prison qui leur est réservée. Trop belle et trop neuve supputent les autorités qui les laissent se mélanger aux petits délinquants en garde à vue dans des cellules surpeuplées.

Autre accusé de marque qui provoque un choc dans la société : Josué Pierre-Louis. L’avocat, ancien ministre de la Justice, conseiller du président Michel Martelly et président du Conseil électoral permanent, est accusé de viol par une connaissance. Les organisations de défense des droits humains sont mobilisées sur le cas. Ils craignent qu’un pilier du système judiciaire échappe à la justice. La présidence se retranche derrière une neutralité embarrassée et prêche qu’on doit laisser à la justice faire son travail.

Pour parler de la justice, 2012 a été l’année de l’hécatombe pour la poursuite. Pas moins de sept personnalités ont occupé le poste de commissaire du gouvernement, des fois pendant quelques heures seulement. Le commissaire du gouvernement est un poste éminemment politique, mais aussi de haute responsabilité en ce qui concerne la protection de la société. Emblématique commissaire du gouvernement, Jean Renel Sénatus, dit Komisè Zokiki, aura marqué son passage pour sa lutte contre le détournement de mineurs, les nuisances sonores, les affaires de mœurs.

2012 a vu la petite criminalité s’étendre sans alarmer personne. La grande s’est renforcée.

Pierre Espérance

C’est une voix à l’accent particulier. C’est une voix qui dérange. Toujours les puissants. Pierre Espérance du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) agace quand il parle. Pas à cause de son timbre si reconnaissable, mais à cause de la teneur corrosive de ses propos, de ses accusations, de ses dossiers. Le RNDDH détient les archives embarrassantes de l’Etat de droit en construction en Haïti et ne se ménage pas pour les sortir au bon moment. Autant l’ONG était active contre Jean-Bertrand Aristide dans les années 2000, autant elle met à nu les dérives et les impairs du pouvoir Martelly dix ans plus tard. Cela est si rare en Haïti de voir une action non partisane qu’il faut saluer la particularité de l’équipe réunie autour de Pierre Esperance. Son courage aussi. Car souvent les affaires sont sensibles et les protagonistes rarement des enfants de chœur. Comme partout, il arrive au RNDDH de faire fausse route, de s’entêter à creuser des impasses, de s’enflammer au quart de tour, mais souvent, elle est la seule voix qui ose se lever dans le désert silencieux et fertile de l’accommodement. Et c’est un responsable politique de premier plan qui aura le compliment le plus flatteur pour Pierre Espérance et le RNDDH : « c’est vrai qu’il nous emmerde avec cette affaire, mais lui et le RNDDH nous ont permis de faire comprendre au président Martelly que nous faisions fausse route… », a-t-il déclaré au Nouvelliste en off au sujet de l’intégration de certains éléments au premier plan dans la Police nationale d’Haïti.

Dans la lignée de Pierre Espérance, il faut placer les avocats André Michel et Newton St-Juste. Les motivations sont différentes, les approches peu semblables, mais eux aussi se dressent en défenseurs de la société et osent soulever des dossiers qui font peur.

Leonel Fernandez

Leonel Fernandez restera celui qui a resserré les liens entre Haïti et la République dominicaine. En janvier 2012, il tenait la promesse faite au nom de son pays et l’annexe de l’Université d’Etat d’Haïti de Limonade était inaugurée en grande pompe. En outre, Fernandez sera aussi celui qui a su captiver les dirigeants politiques haïtiens en leur offrant son appui et même plus… si nécessaire. Au passage, il a fait de son pays le premier partenaire commercial d’Haïti et les entreprises dominicaines avalent contrats sur contrats avec de bonnes et de très mauvaises conséquences… Pour s’imposer en frère et ami, Fernandez est passé du président dominicain chahuté et assailli à coup de caillasses lors d’une visite à Port-au-Prince le 12 décembre 2005 au rang de premier dirigeant politique à tendre la main à Haïti après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Francophone, à travers sa fondation « Fundación Global, Democracia y Desarrollo » (Fondation globale pour la démocratie et le développement), il tisse depuis des années des liens avec les intellectuels et hommes d’affaires haïtiens, collectionne les ouvrages écrits sur Haïti ou par des Haïtiens. Leonel Fernandez a cherché à comprendre l’âme haïtienne dans l’intérêt de son pays. Car Fernandez est aussi celui qui tient à distance les Haïtiens qui vivent en République dominicaine pour ne pas se mettre à dos une frange importante de la classe politique dominicaine.

Sur la liste des étrangers qui ont marqué 2012, il faut citer l’acteur et activiste humanitaire Sean Penn, le Blanc qui a démoli le palais national à notre place. Il y a aussi le fameux Dr Paul Farmer et son hôpital universitaire de Mirebalais. Penn et Farmer représentent les nouveaux visages des ONG. Ils ont plus de poids que les acteurs haïtiens et parlent au nom d’Haïti dans des cercles de pouvoir et d’influence où les responsables locaux n’ont pas accès. Par amour pour Haïti, sans doute, ils captent des financements disponibles au détriment de la partie haïtienne pour réaliser leur agenda en Haïti. Sont-ils au service d’Haïti, se servent-ils d’Haïti ? Un peu des deux. A nous de les mettre à notre service.

Yves Jean-Bart

Il truste le monde sportif, celui du football en particulier, depuis si longtemps que l’on oublie qu’il a servi à tous les postes depuis son plus jeune âge. Chroniqueur sportif, dirigeant de club, pionnier du football féminin haïtien, président de la Fédération haïtienne de football, Yves Jean-Bart est aimé ou détesté, mais personne ne peut lui contester sa passion viscérale pour le football. Sous sa houlette, le patronage sportif de haut niveau a fait son entrée dans le sport en Haïti, les joueurs de la diaspora ont conquis leur place en sélection nationale et les résultats suivent. Champion de la Digicel Cup, participation à la Coupe du monde des moins de vingt ans en Corée du Sud, animation sans pareille au sein de toutes les catégories d’âge pour la sélection nationale. Si Haïti est 39e au dernier classement FIFA, c’est l’œuvre de Dadou qui a su surfer sur le travail d’autres acteurs comme Evans Lescouflair, il y a de cela quelques années. Il serait bien que vienne le temps où la Fédération Haïtienne de football n’a pas à quémander pour financer chaque sortie à l’extérieur d’une sélection nationale et le président Jean-Bart à remercier les autorités pour leur magnanimité comme cela se fait depuis une cinquantaine d’années.

Dans le monde sportif, il faut souligner le travail du fils et conseiller du président Michel Martelly, Olivier Martelly, qui a la charge de conduire la politique de construction des infrastructures sportives qu’il ne faut pas confondre avec une politique sportive. Dans ce secteur, les investissements consentis dans les athlètes portent des fruits plus significatifs que les mini-stades abandonnés sans budget d’entretien après leur inauguration.

Impossible aussi de ne pas faire mention de Samyr Lainé, le seul Haïtien finaliste aux Jeux Olympiques de Londres, qui a poussé un retentissant cri pour dénoncer ses difficultés de vivre de son sport et pour son sport, le triple saut.

Moïse Jean-Charles

Tonitruant ce Moïse Jean-Charles. Il n’y a pas meilleur mot pour parler de ce sénateur du Nord qui enlève le sommeil au président de la République, à sa famille et à ses partisans. Moïse agite toujours un dossier, a une révélation à faire, une mise en garde à lancer, supporte une manifestation antigouvernementale. La presse a fini par comprendre que Moïse ne dit pas toujours la vérité, mais jamais il ne ment totalement. Il y a un peu de vrai et beaucoup d’affabulation dans chacun de ses propos. Mais voilà, l’homme n’est pas un citoyen ordinaire. Il est sénateur de la République avec titre, privilèges et fonction. C’est son devoir et de sa responsabilité d’alerter, d’aiguillonner, de claironner ce que bon lui semble, le temps de son mandat. On se doit de l’écouter, de lui donner tribune. A ses ennemis et contradicteurs de lui donner la parade. L’homme Jean-Charles n’est pas une création médiatique, il n’existe pas parce que les médias lui donnent la parole, contrairement à ce que l’on croit. Moïse a un poids sur l’échiquier politique : leader régional, ancien maire de Milot, ancien conseiller spécial du président René Préval et premier sénateur du Nord, cela fait des années qu’il est au haut de l’affiche.

Moïse souligne par ses coups d’éclat la fragilité des coalitions éphémères bricolées à la va-vite et sans ajout de ciment idéologique ou stratégique par le camp du président Martelly. Si Moïse reste cohérent dans ses diatribes et au premier plan, on ne peut pas en dire autant des alliés du président au Parlement. Par exemple, la coalition présidentielle annoncée à grand renfort de tapage médiatique au Club Indigo n’a pas pu peser et faire tenir séance à l’Assemblée nationale extraordinaire convoquée par le président Martelly lui-même.

Les échos de la clameur que provoque Moïse trouvent un terrain favorable grâce au vide et aux erreurs de ses adversaires.

Laurent Lamothe

Laurent Lamothe, le sponsor, l’ami, le financier, est devenu le Premier ministre de Michel Martelly en 2012 après avoir été super ministre et grand conseiller en 2011. Tout le monde a trouvé normal que Lamothe remplace Garry Conille, le fonctionnaire international égaré dans la cour Martellienne. Lamothe aux commandes, c’est une autre façon de gouverner avec un Ipad et deux BlackBerry, disent ceux qui s’en amusent. C’est surtout un Premier ministre qui s’essaie à piloter comme un véhicule de formule 1 la vielle guimbarde de l’Etat haïtien. La « bogota » survivra-t-elle ? Lamothe le véloce, lance chantier sur chantier depuis qu’il est aux commandes. Lamothe, c’est la diplomatie d’affaires; Lamothe, c’est l’ambition d’être le Mister clean de Martelly; Lamothe c’est Monsieur-anti-la-vie-chère, Lamothe, c’est la velléité de créer des emplois; Lamothe c’est aussi la lutte contre la contrebande et la corruption, autant de sentiers pris par le Premier ministre qui tardent à se transformer en route. Lamothe n’a pas de disciples. Peu de ses collaborateurs arrivent à suivre son rythme. Il épuise les chefs de cabinet, renvoie sur une faute ses conseillers, ne prend pas le temps long de la réflexion, impliqué qu’il est dans l’action permanente. Cela coûtera cher à la République, c’est certain. Réussira-t-il à embrigader assez d’ouvriers pour mener à bien toutes ses ambitions ? La question provoque débats et divergences même dans les premiers cercles du pouvoir où il n’a pas que des amis. Alors, pour résister, le PM s’aménage des alliés dans la presse, au Parlement, auprès des ambassades, qui voient en lui une voix modérée, un visage présentable.

Lamothe, c’est aussi un souci permanent de donner chance et parole à des jeunes loups. Trois ministres se dégagent du lot : Stéphanie Villedrouin au Tourisme, Rosanne Auguste à la lutte contre la pauvreté extrême et aux droits de l’homme et Marie Carmelle Jean-Marie à l’Economie et aux Finances. Elles sont toutes les trois novices, sans expérience des fonctions politiques de haut niveau comme leur PM, elles font de leur mieux, mais ont déjà la lourde tâche de tracer le sillon de l’héritage Lamothe. Si elles arrivent à faire du tourisme plus qu’un slogan, des droits de l’homme une vraie préoccupation et à stopper la machine à dépenser sans grandes visions du gouvernement, elles auront réussi une gageure.

Michel Martelly

Le président Michel Martelly est sur tous les fronts. Pas un jour sans un communiqué de son service de presse alertant sur un fait, une présence ou une action impliquant le président. Si un jour passe sans une annonce, le lendemain trois d’un coup bouchent le trou. Michel Martelly se veut président, ministre, directeur général, animateur de la dynamique de son pouvoir et contrôleur général. Sa fougue fait indéniablement avancer des dossiers, mais cause aussi des fois des flops dans un pays où les délais ne sont respectés qu’à l’aune des retards constatés. Mais Martelly en bougeant tout le temps efface les ratés, transforme les inconvénients en avantages. Il a fallu qu’une embolie pulmonaire le mette dos dans un lit de repos pour que l’on se rende compte que le président est un homme comme les autres. Cela dit de sa maladie, on attend encore le renforcement du système hospitalier national qui nous permettra de bien soigner un chef de l’Etat comme le commun des mortels.

L’année 2012 a été aussi marquée par les nombreux voyages du président de la République. Martelly avec le pape restera dans les mémoires même si l’ancien chanteur n’est pas le premier président à avoir eu l’honneur d’être reçu au Vatican. Pour ce qu’il est de sa rencontre avec l’empereur du Japon, pas de doute, c’est une première. Pourquoi se sont-ils vus ? Qu’est-ce que Haïti a offert au Japon ? Quels étaient les vrais buts de ce voyage ? Mystères.

Parlant de voyage, les passeports du président de la République ont tenu la population en haleine. La crise majeure autour de la nationalité de Michel Martelly est symptomatique de ce qui nous attend dans les années à venir avec l’adoption des amendements de la Constitution de 1987. Qui est haïtien ? Voilà une question qui n’a plus de réponse claire.

Et ce ne sont pas les élections prévues pour 2013 qui vont faire taire les interrogations légitimes ou procédurières que chaque candidat peut avoir envers un concurrent qui a vécu à l’étranger.

Cela dit, Michel Martelly boucle l’année sur une autre victoire pour le peuple haïtien, comme il aime le dire : une entente est trouvée sur le Conseil électoral provisoire. Le parlement et l’exécutif, sous le regard bienveillant des hommes d’Eglise d’Haïti, se sont entendus pour violer la toute jeune Constitution amendée. Un viol sans violence, avec consentement des acteurs, qui accouche d’un Collège transitoire pour piloter le Conseil électoral permanent.

Rhum Barbancourt

C’est le produit de l’année 2012. Le produit haïtien par excellence. Ce bon vieux Rhum Barbancourt avec ses étoiles, son arôme, sa robe et son goût inimitable enjambe tous les clivages, réunit toutes les parties autour d’un verre, même si ce n’est pas sur la même table. Tout le monde en dit du bien, mieux, en est fier. C’est le synonyme préféré des Haïtiens. Qui dit Haïtien dit Barbancourt. La petite mallette jaune qui prend chaque jour l’avion ou la bouteille cachée au fond d’une armoire pour les jours de coups durs ou de fête impromptue, il y a toujours un Rhum Barbancourt pas trop loin de là où se trouve un natif-natal. Ce produit est un peu nous, il y a des gouttes de Barbancourt dans les veines de chaque Haïtien. C’est notre meilleur symbole. Le Rhum Barbancourt est sombre et fort. Pas assez puissant pour conquérir le monde, mais particulier et remarqué. Comme nous. En cette année qui ramène son cent-cinquantième anniversaire, on espérait que le Parlement ou le gouvernement profite de l’occasion pour le célébrer. Lui rendre hommage. S’appuyer sur la renommée du Rhum Barbancourt pour rehausser la destination touristique que nous rêvons d’être. Ce serait bien de voir le Rhum Barbancourt récipiendaire d’une distinction nationale, mis sur un piédestal, cité en exemple de société responsable et admirable. Cent cinquante ans de bons et loyaux services !!! Rien ne protège l’héritage Barbancourt, surtout pas nos frontières ouvertes et notre indifférence polie à ses succès empilés année après année.

L’exemple Barbancourt est à suivre. On ne peut que souhaiter une aussi longue et belle vie au parc industriel de Caracol et à l’hôtel Oasis. Deux nouvelles institutions lancées cette année avec la promesse d’apporter emplois et nouvelles perspectives dans leurs secteurs respectifs.

Salami

C’est la salle affaire de l’année 2012. Des analyses de laboratoire conduites en République dominicaine, pays où ce produit consommé dans toutes les familles haïtiennes est fabriqué, ont révélé la présence de traces de matières fécales dans certaines variétés. Il s’en est suivi une indignation nationale et la prise de mesures d’interdiction d’importation de ce succédané de la viande. Le mot salami est passé au langage courant pour désigner les plus viles actions ou situations. Que reste-t-il en cette fin 2012 de l’affaire du salami ? Dans les villes frontalières, le produit continue à être vendu sur les marchés. Le contrôle de qualité n’est toujours pas instauré pour les marchandises qui entrent en Haïti et qui sont vendues sous la foi de la déclaration du producteur ou de l’importateur. Sur le plan local, ni le ministère du Commerce, ni celui de la Santé, ni celui de l’Agriculture n’a profité de cette mésaventure pour instaurer de vraies brigades de contrôle de qualité pour les produits transformés ou manufacturés en Haïti. Pour ce qui est du petit commerce, de la fabrique de glace, de jus, du manje kwit (aleken) au plus grand restaurant, seule la chance nous épargne de consommer du salami… la substance sinon le produit même. Qui s’en préoccupe ?

T-Vice

Deux carnavals en moins de six mois, dont un en province. Il fallait un chanteur au pouvoir pour le faire. Ne pas regarder à la dépense, y aller pour le plaisir. Dans ce brouhaha festif, un groupe musical a tiré son épingle du jeu : T-Vice. Le groupe a remporté cette année, sans discussion aucune, le match contre son rival Djakout pour s’imposer leader sur tout le territoire. Plus qu’une affaire de méringue carnavalesque plus entraînante ou de comportement sur les parcours plus performants, T-Vice a remporté la palme du groupe haïtien le plus présent sur la scène haïtienne et mondiale en portant le compas à l’oreille de divers publics.

Les enfants de Robert Martino et de Jessy Al Khal bénéficient aussi de leur amitié particulière avec le pouvoir, eux qui étaient en polémique avec Sweet Micky avant de faire la paix avec Michel Martelly.

Le bonheur de T-Vice n’est pas cependant le fidèle reflet de la bonne santé du compas. Le genre musical créé par Nemours Jean-Baptiste traverse un passage à vide.  T-Vice lui-même assure sa suprématie sans s’imposer avec de mégas hits.

Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter: @Frantzduval
 Credit: le Nouvelliste

Yon ti kout je sou Tropicana d’Haiti

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Yo toujou di Ayisyen pa ka fè anyen ki bon, yo toujou di ti nèg nwè pa ka fè anyen. Èske se vre? Yon 23 Mas 1963 nan lakou Okap, yon ekip jenn gason ki chaje ak fòs ak kouraj, ak detèminasyon lanse yon mouvman, lanse yon lide, lanse yon pwojè, lanse yon konbit e fòme yon djaz  ki pral pran anpil chaplèt anba yon ekip moun nan epòk sa-a kite panse se yo e yo menm sèlman ki ka fè e defè.

15 Dawout 1963, malgre pwoblèm ak difikilte, ofisyèlman Tropicana d’Haiti pran nesans, jou fèt Nòtredam. Lakay nou depi ou pa pitit gwo zouzoun, se kòmsi ou pa kanpe sou anyen, depi ou pa pot gwo non ou pa nan batay. Tropicana D’Haiti sa-a tout moun konnen jounen jodiya, k ap fè tout moun danse, tout kote li pase li mete byen wo kilti peyi a,  pat epaye règ sa-a. Yo te konvèti non Tropicana sa-a an Twapyekanna, yo te menm di pye kanna pa monte tab. Istwa menm rakonte, lè djaz sa-a ap fè bal, gen kèk mizisyen lè yo sot lakay yo, yo pat janm vle mete inifòm nan paske depi moun wè yo y ap rele: men you mizisyen Pyekanna. Malgre tout  pwoblèm sa-a yo, mizisyen epòk sa-a te gen kouraj pou yo kontinye batay sa-a. Pou nou ale pi lwen, e pou nou repete Louis Jean-Lubin ki se yon ansyen Mayestwo djaz la e ki toujou yon aktif twonpetis, ki di: « Nou konn ap fè bal tèlman konn pa gen moun, lòt djaz k ap jwe konn vin bwote depi se chèz ki nan bal pa nou an ». Sa se te yon ti ekzanp mwen te vle bay .

Jounen jodiya Tropicana sou wout pou l fete 50 ane. Yon 50 ane ki vle di anpil bagay. Mezanmi pèmèt mwen fè ti konparezon sa-a: Tropicana se menm jan ak yon pitit malerèz ki leve nan yon katye kote ki gen gran nèg, kote ki gen malerèz, manman l ak papa l se dlo y ap bat pou yo fè bè, an franse nou ta di se vivote y ap vivote . Yo mete Tropicana lekòl, pafwa li pa jwenn manje pou l manje, pafwa se ak yon soulye chire, yon pantalon demode, yon chemiz chifonnen la l lekòl e pafwa lòt zanmi li yo ap anmède l, malgre Tropicana pase mizè sa-yo, li pote e toujou pote bon rezilta lekòl. Ak kouraj, fòs, ak detèminasyon, Tropicana fin lekòl e li soti youn nan pi gwo doktè ki gen nan peyi a e tout moun ki Ayiti ou nan peyi lòt bò dlo konnen li.

Si genyen yon enstitisyon Ayiti ki respekte moun, ki respekte kliyantèl li, ki gen nòm ak prensip ta sanble se Tropicana. Se sèl Djaz ki pa gen sipèsta ladann, e si gen sipèsta ta sanble se non an: Tropicana d’Haiti. Pa gen fanmi, pa gen enstitisyon, pa gen òganizasyon ki pa gen pwoblèm, nou konn pou kisa: se paske se moun k ap jere yo; konn gen pwoblèm nan djaz sa-a, paske mizisyen ki ladan l yo se moun menm jan ak tout moun yo ye. Men, yo toujou fè yon fason pou yo rezoud pwoblèm sa-a san li pa afekte djaz la, san li pa afekte fanatik yo, e peyi a.

Youn nan pwen mwen ta renmen souliyen nan ti atik sa-a se: mizysyen Tropicana yo se vrè pwofesyonèl. Gade yo pandan yon ti moman k ap jwe, gade fason yo abiye, gade fason yo akeyi ou menm kòm fanatik, gade fason yo evolye sou senn,  epi w a di m kisa ou panse. Pou m repete Pierre Pelotat, ki se gitaris e nan menm tan an administratè djaz la, li di: « Sa rive nou plizyè fwa nou vwayaje, nou pran bis pou n soti yon kote pou n ale yon lòt kote, chofè a pa konn si se mizisyen yon djaz l ap transpòte. »

Yon peyi tankou Ayiti yo di ki pòv, yon peyi, kote yo di nou pa ka jere tèt nou, yon peyi kote ki gen tout kalite pwoblèm. Se peyi sa-a wi ki gen yon Djaz, yon Òkès, yon Enstitisyon ki respekte tout prensip yo, ki rele Tropicana d’Haiti e ki nan kèk jou ankò pral fete 50 ane. Mayestwo Ti Blan gen rezon lè l di: « tout ayisyen kèlkeswa kote li ye ta dwe fyè, ta dwe santi l fyè lè y ap pale de Tropicana D’Haiti.

Tropicana, nan kèk mwa ankò ou pral fete 50 ane, mèsi anpil pou bèl mizik, mèsi anpil pou bèl tèks ou yo, mèsi pou bèl melodi, mèsi pou chagren ou retire nan kè nou chak jou, mèsi pou konsyans ou fè nou pran nan lavi nou, nou swete ou kontinye viv pou toutan gen tan.

Chapo!

Gerald Toussaint

 

 

 

LA DDAO construit un système d’irrigation à Léogâne

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Environ 1473 mètres linéaires de canal d’irrigation sont actuellement en construction à Bongnotte, une localité de Léogâne, traversée par la rivière Momance. Ce travail s’est effectué par la Direction départementale agricole Ouest (DDAO) de concert avec le Fonds d’assistance économique et sociale (FAES). Parallèlement, la DDAO a lancé, le jeudi 20 décembre écoulé, la campagne de haricot à Léogâne.

Près de dix millions de gourdes sont allouées à ce travail visant à doter la localité de Bongnotte d’un nouveau système d’irrigation. Ce système de canalisation permettra à une quantité importante d’hectares d’être irriguée par les eaux de  la Rivière Momance.  La firme chargée de l’exécution de ses travaux, AMECO ne dispose que de 135 jours pour l’accomplir. En fait, ce travail s’inscrit dans le cadre des travaux prévus par le gouvernement durant la période de l’état d’urgence. A la tête d’une délégation, le secrétaire d’Etat à la Relance agricole, Joseph Vernet a effectué, jeudi, une visite de quelques heures à Bongnotte afin de vérifier l’état d’avancement des travaux. « Je constate que les travaux se réalisent selon les instructions du gouvernement. L’administration Martelly-Lamothe a voulu que les travaux s’inscrivent dans la durabilité dans l’urgence. Pendant que nous poursuivons des objectifs telles la: création d’emplois et la réhabilitation des systèmes d’irrigation, nous visons en même temps l’augmentation de la production agricole. Il y a aussi la question de parité au niveau des sexes qui est prise en compte. Ces travaux s’inscrivent aussi dans le cadre de la relance agricole que le gouvernement ne cesse de promouvoir », a indiqué le secrétaire d’Etat à la Relance agricole, Joseph Vernet annonçant que le gouvernement entend réaliser d’autres travaux au niveau des bassins versants et les sous bassins versants qui surplombent ce système.

 Cette promesse faite par le secrétaire d’Etat va répondre aux exigences du système, une fois qu’il se termine. L’un des bassins versants qui va constituer une menace pour ce système en pleine construction dans la localité de Bongnotte est la rivière Momance. Le titulaire de la Direction départementale agricole (DDAO), agronome Arnoux Severin a décrit en quelques mots cette rivière. « C’est l’une des plus grandes rivières du département de l’Ouest avec un bassin-versant mesurant 437 kilomètres carrés et un débit moyen de 5,6 mètres cubes par seconde. C’est un bassin versant très vaste qui provoque souvent des dégâts à cause de sa dégradation. Cependant, cette rivière qui prend naissance au morne des Commissaires du côté de Furcy (Kenscoff) et traversant les communes de carrefour, Gressier et Léogâne a une grande importance au point de vue agricole.  Elle permet aux agriculteurs vivant dans les communes qu’elle traverse de cultiver la canne-à –sucre,  l’ananas, le haricot et d’autres cultures encore », a souligné l’agronome Severin.

L’ingénieur en chef chargé de l’exécution des travaux a promis de respecter le calendrier. Il a précisé que cette canalisation concerne une branche de la rivière Momance, un sous bassin-versant dénommé : « Madan Vègye ». « Nous allons construire 1473 mètres linéaires de canal en maçonnerie. Car, vous savez, l’agriculture, il ne faut pas qu’il y ait de perte d’eau. Nous avons pris des engagements pour remettre les travaux dans 135 jours. Nous sommes sur la bonne voie puisqu’en moins de deux mois, nous avons réalisé environ 800 mètres linéaires de canal », a indiqué l’ingénieur Roger Gérard de la firme AMECO. D’autres précisions ont été apportées par un ingénieur de la DDAO. « Une étude a été réalisée au niveau de la plaine de Léogâne avant d’entamer les travaux. Le canal aura un débit de 0,30 mètres cubes par seconde. Il va desservir plusieurs localités ».

Par ailleurs, la DDAO a lancé la campagne de haricot d’hiver à Léogâne. Dans cette perspective, cette direction du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR),  a  entrepris des travaux de curage d’un canal afin de permettre à quelque 300 hectares soient arrigués à l’occasion de la campagne. « Environ 150 personnes bénéficient d’un emploi dans le cadre des travaux de curage et 300 autres personnes engagées dans la construction du canal », a déclaré l’agronome Arnoux Severin. Par ailleurs, le directeur départemental agricole de l’Ouest a dressé un bilan succint des travaux réalisés par la DDAO à Léogâne, lors du premier programme d’urgence qu’avait mis sur pied par le gouvernement. « Nous avons dépensé environ 11 millions de gourdes. Plus de soixante mille hommes-jours ont été crées. Nous avons curé 40 000 linéaires de drains et près de 25 000 linéaires de canal d’irrigation. Malheureusement, les récents cyclones qui ont frappé le pays ont détruit  une bonne partie de ses travaux » a déploré le directeur souhaitant que des travaux soient réalisés dans un bref délai pour contenir la rivière Momance.

Gérard Junior Jeanty gjeantyjr@lenouvelliste.com

Credit: Le Nouvelliste

Un Collège transitoire à l’horizon électoral

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L’accord signé lundi, avant la Noël entre l’exécutif et le législatif, sur les modalités de mise en place de l’institution chargée d’organiser les élections pour le renouvellement du tiers du Sénat et des collectivités territoriales, a mis fin à six mois de tergiversations entre le président de la République et les parlementaires. En dépit des réserves formulées par la plupart des chefs de partis politiques et des parlementaires, cet accord va permettre à l’administration Martelly/ Lamothe et  au Parlement de franchir une nouvelle étape dans le cadre de résolution des conflits qui peuvent surgir au sein des institutions étatiques.

Collège transitoire du Conseil électoral permanent, c’est le nom attribué à l’organisme chargé de réaliser les prochaines joutes électorales. Alors que le Conseil électoral permanent n’a jamais existé juridiquement et constitutionnellement, en raison du fait qu’il est composé de six membres, au lieu de neuf membres prévus par la Constitution, les parlementaires signataires dudit accord ont reconnu son existence en acceptant l’appellation proposée par la délégation présidentielle en lieu et place de Conseil électoral provisoire. Devant le fait accompli, les parlementaires très hostiles au Conseil électoral permanent dès sa formation ont paraphé le document pour mettre fin à cette longue crise sur la mise en place de cette institution passée comme nerf du pouvoir en Haïti depuis les élections libres du 16 décembre 1990.  De Jean-Bertrand Aristide à René Préval, aucun Conseil électoral n’avait la latitude d’organiser des élections libres et démocratiques.

Aujourd’hui, tous les yeux sont fixés sur Martelly, d’abord pour les personnalités qu’il aura à désigner pour représenter le pouvoir exécutif au sein de ce Collège, ensuite pour le comportement du pouvoir par rapport à l’institution électorale. Le Parlement, les partis politiques et les organisations de la société civile ont déjà résisté à la tentation du pouvoir en faisant échouer la mise en place du Conseil électoral permanent. L’administration Martelly/Lamothe a tout à gagner en créant les conditions nécessaires pour l’organisation des premières élections libres, honnêtes et démocratiques depuis l’arrivée de cette nouvelle équipe au pouvoir.

S’agissant de l’inquiétude exprimée par certains parlementaires sur l’absence de la signature du président dans le protocole d’accord, ils doivent savoir que Michel Martelly ne saurait commettre deux  graves erreurs dans le cadre de ce processus. Déjà, il ne devrait pas se trouver comme membre de la commission présidentielle sur la table des négociations et, en outre, comment lui demander de signer un protocole d’accord avec des parlementaires. En désignant un membre de son cabinet particulier, le président de la République s’est bien comporté dans cette dernière phase de conclusion du protocole d’accord. Le 6 mars 1999, René Préval avait désigné Robert Manuel pour signer l’accord avec l’Espace de concertation, pour mettre fin à la crise provoquée par la caducité du mandat des parlementaires constatée par le président de la République le 11 janvier de la même année.

En dépit du flou constaté à l’article 5 du protocole, tout porte à croire qu’un climat favorable à l’organisation des prochaines joutes électorales peut se profiler à l’horizon.

Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com
Credit: le Nouvelliste

Arly Larivière, seul chanteur de Nu-Look et Arly & Friends

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En attendant le remplacement officielde Pipo au sein de Nu-Look, on n’a pas encore vu comme annoncé Hollywood accompagner le groupe pour ses prestations en Haïti pour les fêtes. D’ailleurs, au bal d’anniversaire de la TNH, le dimanche 23 décembre 2012, c’est Arly Larivière, comme pratiquement seul chanteur, qui a interprété la plupart des morceaux du groupe.
Arly réagit sur le départ de Pipo
Pour la première fois dans la presse locale, en marge de ce bal au Ritz Kinam, Arly Larivière a réagi sur le départ de Ederse Stanis dit Pipo de Nu-Look. Suite à l’introduction des MC’s de la soirée Esmeralda Milcé, présentatrice de la Télévision Nationale d’Haïti, et Jean Robert Raymond a.k.a. El Senor, animateur de la Radio Nationale d’Haïti, dans ses premières déclarations, le maestro a rappelé que « Nu- Look est une institution ». Ce que beaucoup d’observateurs n’admettent pas, vu la mauvaise gestion et les différents scandales qui entourent cette formation musicale.
Plus loin, Arly Larivière a ironisé ceux qui prétendent que le projet Arly & Friends serait à la base de la dissolution de Nu-Look.
Le mercredi 26 décembre 2012, à l’émission de Brégard Anderson, sur Radio Caraïbes, Arly a affirmé qu’il respecte la décision de Pipo de quitter le groupe après deux ans. « C’est quelqu’un que j’apprécie comme vocaliste. Nu-Look est une institution qui existait avant Pipo et qui continuera d’exister après lui », a-t-il soutenu. Cependant, le maestro a refusé de commenter les rumeurs, sur les nouvelles orientations de Ederse Stanis. « On dit qu’il va retourner à Beljazz mais, je ne vais pas commenter cela », conclut Arly Larivière.
Il faut dire que quelques heures avant le bal tandem T-Vice/ Nu-Look au Ritz Kinam II, à Pétion-Ville, Arly & Friends étaient au Parc Historique de la Canne à Sucre pour prendre part à la cinquième édition du concert de Noël, « Christmas with the stars ».
Entre-temps, un bal de Nu-Look annoncé pour le mercredi 26 décembre 2012, à Miche’s Garden, a dû être reporté au dimanche 30 décembre en raison de l’indisponibilité de plusieurs musiciens, dont le batteur Charnel Julmice et le bassiste Normans, ont fait savoir les responsables du groupe aux organisateurs de cette soirée pour laquelle plusieurs centaines de billets ont été déjà vendus.

Gilles Freslet (gillesfreslet@yahoo.fr)
Credit: le Nouvelliste

Un Portoricain conçoit le plan de la cathédrale de Port-au-Prince

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Une nouvelle étape est franchie cette semaine vers la  reconstruction de la cathédrale de Port-au-Prince. Le design de l’église est désormais connu. Le concours international d’architecture lancé dans le cadre de ce projet de reconstruction a été remporté par un groupe d’architectes portoricains.

Selon un article paru dans le Miami Herald sous la plume de Anna Edgerton ce 20 décembre, le design architectural gagnant du concours a été présenté par Segundo Cardona et une équipe de six autres architectes de Porto Rico. Selon ce design, la  cathédrale Notre-Dame de l’Assomption sera dotée d’une capacité d’accueil de 1 200 personnes avec une salle annexe de 600 places.

134 modèles ont été soumis par des architectes des quatre coins du monde. Ce nombre a été réduit à 5 finalistes avant que le jury composé de six professionnels de la faculté d’Architecture de l’université de Miami ne jette son dévolu sur le design présenté par Segundo Cardona.

Elizabeth Plater-Zyberk, doyenne de l’école d’Architecture de l’université de Miami, dit trouver dans le design vainqueur du concours des éléments non seulement qui  rappellent le passé,  mais aussi qui évoquent  l’avenir.

Le plan de reconstruction de la basilique dévastée par le tremblement de terre du 12 janvier 2010 diffère de l’original, d’après le Miami Herald : « Il comprend  un nouvel immeuble circulaire qui entoure l’autel central, décoré par des locaux, avec des murs rétractables qui peuvent s’ouvrir sur  le jardin dans des occasions spéciales. »

Comme tout concours de design, le produit final ne respectera pas exactement le design choisi. Il s’ajustera aux attentes du client, en l’occurrence, l’archidiocèse de Port-au-Prince. 35 mois après que les secousses telluriques ont mis à plat la cathédrale de Port-au-Prince, le choix du design des nouveaux bâtiments constitue une étape cruciale avant d’aller chercher les fonds pour la reconstruction de la cathédrale, a estimé le curé de la cathédrale de Port-au-Prince, Guy Chrispin. Le coût du projet n’a pas été communiqué.

Dans le papier de Anna Edgerton, « l’archevêque de Miami a souligné la nécessité de levée de nouveaux fonds pour construire la cathédrale parce que plus de la moitié des 100 millions de dollars collectés par l’Eglise catholique aux Etats-Unis après le séisme a été orientée vers l’assistance humanitaire et des projets de développement d’autres églises ».

L’architecte Segundo Cardona est connu surtout pour ses travaux dans le Colisée de San Juan et le Pavillon Porto Rico construit pour l’Exposition mondiale de 1992, à Séville, en Espagne.   Gagnante du concours de design, son équipe recevra une prime de 12 000 dollars américains. Un groupe d’architectes mexicains menés par Diego Ramos a obtenu la seconde place au concours. Il recevra une prime de 8 000 dollars. Sept architectes basés à Miami, ayant à leur tête Steven Fett, ont gagné la troisième place et une prime de 5 000 dollars.

Carl-Henry CADET Source : Miami Herald