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Pour saluer la mémoire de Azor

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Le 16 juillet 2011, en pleine fête de la Mont Carmel à Saut d’Eau, Azor nous quittait.  Ces 18 dernières années Azor, de son vrai nom Lenord Fortuné, était toujours à Saut d’Eau. Azor qui disait « J’ai le tambour dans l’âme et la musique dans les entrailles » était Chanteur, tambourineur, compositeur et dirigeait le groupe « Racine Mapou de Azor » il  a appartenu à de nombreuses formations de konpa (dont SS One et Scorpio) ou de folklore (troupe Bakoulou), avant de faire partie du groupe « Racine Kanga de Wawa ». Il fit une entrée fulgurante sur la scène musicale en 1994 avec sa méringue carnavalesque « Vwazen an di m se vagabon pou m al pouse bouret… » Il a joué avec les plus grand musiciens haïtiens comme Eddy Prophète, Boulot Valcourt, Joël Widmaier etc.

Le succès de « Racine Mapou de Azor » a symbolisé beaucoup de choses, notamment la reconnaissance d’une facette de la culture populaire et paysanne que l’on a tendance à occulter.

Le Poète James Noël a eu le privilège de rencontrer Azor et lui a rendu hommage dans un poème publié le 19 juillet 2011. Un hommage immortel à un immortel.

James Noël est actuellement résident de la Medicis à Rome. Poète, chansonnier, il est l’un des écrivains les plus connus de sa génération. Il a déjà publié sept livres, il a crée en 2011 la résidence Passagers des vents à Port Salut, il est directeur de la revue Intranqu’îllité dont le premier numéro est sorti en mai 2012 à Bruxelles.

Deux grands personnages pour assouvir un grand besoin de poème et pour saluer la mémoire de Azor.

Emmelie Prophete

Un trou dans les entrailles des tambours

 Azor n’est plus de la terre des hommes

c’est seulement dans l’azur cassé en deux

qu’on pourra revoir les yeux d’Azor

c’est dans le goudou goudou de l’orage

qu’on pourra entendre battre

l’assotor qui vrillait dans son cœur

Azor est mort

depuis ce jour

tous les tambours du monde

portent un trou dans leurs entrailles

la vache !

le tambour a pris un coup dur

le tambour a un mal dans la peau

Azor est mort

sa voix était un pays

-sans failles-

et d’une magnitude à marrée haute

qui produisait chaos avec échos dans l’au-delà

c’est désormais dans l’azur des Loas

que la voix d’Azor chevauchera tambour

c’est à l’horizontal

que le jeune Loa baptisé Azor

chevauchera l’éternité


James Noël

19/07/11

 Credit: Le nouvelliste

Implanter des bibliothèques numériques pour démocratiser l’accès aux livres

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Eric Briys, écrivain, professeur d’économie à l’Université et directeur d’une entreprise qui implante des bibliothèques numériques, sera en Haiti à partir du 15 juillet et animera deux séminaires sur la finance à l’Université Quisquéya. Eric Briys se décrit comme un passionné du livre sous toutes ses facettes et croit que le livre numérique favorise le partage du savoir surtout dans les pays comme Haiti. Le Nouvelliste l’a rencontré.

LN : Eric Briys Vous êtes enseignant, écrivain, chercheur aussi, pouvez-vous dire aux lecteurs et lectrices du Nouvelliste dans quel cadre vous êtes en Haiti?

 

EB :Je suis un familier des Antilles. J’enseigne depuis près de vingt ans l’économie et la finance au sein du CEREGMIA de l’Université des Antilles et de la Guyane. J’ai eu le plaisir de faire cours à plusieurs générations d’étudiants haïtiens sur le campus de Schoelcher en Martinique. Aujourd’hui, je viens en Haïti animer deux séminaires de finance à l’Institut Universitaire Quisqueya-Amérique. La tâche promet d’être passionnante: les deux séminaires sont consacrés aux marchés financiers et il est, en cette période de crise économique, plus qu’urgent de s’interroger sur les bienfaits et sur les méfaits de la finance. Le marché financier est une invention humaine étonnante car ce marché paraît à la fois omnipotent et fragile. C’est une horloge sociale à laquelle nous avons confié le mandat de nous donner l’heure, le tempo. Mais, c’est une horloge au mouvement complexe et, qui plus est, manipulable par des horlogers peu scrupuleux. Comment et pourquoi faire confiance à cette horloge sociale, tel est le débat que je souhaite développer avec les étudiants.

 

Je suis aussi en Haïti car outre mes activités académiques, je gère une entreprise que j’ai co-fondée avec François Lascaux il y a douze ans. Depuis 2001, cette entreprise, www.cyberlibris.com, implante des bibliothèques numériques qui démocratisent l’accès aux livres. Ce ne fut pas une mince affaire que de convaincre les maisons d’édition d’accepter de nous confier leurs contenus afin de les rendre accessibles en ligne via Internet. Aujourd’hui ce sont plusieurs centaines de maisons d’édition qui travaillent avec Cyberlibris dont Mémoire d’Encrier fondée par mon ami l’écrivain Rodney Saint Eloi. Ce sont plusieurs centaines de milliers d’étudiants et de professeurs qui, à travers le monde, accèdent en ligne aux livres et aux outils dont ils ont besoin dans le cadre de leurs formations. ScholarVox Management, www.scholarvox.com, est par exemple utilisée par de nombreuses écoles de commerce et universités en France, en Suisse, en Algérie, au Maroc, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Mali etc…

 

Dans le fond, ce que j’ai essayé de faire avec Cyberlibris c’est de devenir un “meilleur” enseignant, un enseignant qui partage plus avec ses étudiants, un enseignant qui partage ses lectures et qui en fait des motifs de conversation pédagogique. Pour ce partage, il n’y a pas de lieu plus propice qu’une bibliothèque, mieux encore, qu’une bibliothèque numérique, pluridisciplinaire et communautaire à l’instar de celle que nous avons bâtie avec l’Agence Universitaire de la Francophonie, http://auf.scholarvox.com

 

 

LN : Eric Briys, acceptez vous que l’on parle de vous comme un spécialiste du livre numérique?

 

EB : Non. Je préfère que l’on me décrive comme un passionné du livre sous toutes ses facettes. Que ma posture soit celle de l’écriture ou de la lecture, mon souci est toujours le même: comment faire de ma passion pour le livre une passion assouvie à tout moment en tout lieu? Le livre numérique apparaît alors non pas comme le rival du livre papier mais comme son compagnon. C’est ce compagnonnage que nous travaillons avec passion au sein de Cyberlibris

 

 

LN : Comment évolue globalement le livre numérique, pensez vous qu’il représente une solution pour les pays pauvres?

 

 

Après avoir subi l’hostilité des maisons d’édition, le livre numérique suscite aujourd’hui les appétits des capitalistes du livre et, de ce point de vue, le livre numérique file un mauvais coton car il est le lieu de tous les chantages, de toutes les opacités et le prétexte à des prises d’otages. je m’explique. Le livre numérique est devenu une terre d’affrontements entre grandes maisons d’éditions, géants du numérique (Amazon, Apple, Google…), libraires (Barnes and Noble, FNAC…). Chacun veut tirer la couverture à soi et ce faisant prendre le lecteur et l”auteur en otage: Amazon voudrait voir chaque lecteur équipé d’un Kindle rempli de livres publiés et achetés exclusivement sur Amazon. Apple veut la même chose. Idem pour Google. Il est regrettable que les intérêts du lecteur et de l’auteur soient autant malmenés. On dira que la concurrence est saine mais ce que je vois ce n’est pas la saine concurrence. C’est une bataille entre géants et, dans cette bataille, je ne vois que trop peu d’innovations. Par innovation, j’entends par exemple le fait de mettre à disposition des familles à la maison une bibliothèque numérique riche, évolutive et accessible pour quelques euros par mois. Nous avons de plus en plus des tablettes numérique à la maison alors tâchons de les nourrir intelligemment. C’est ce que nous avons fait en lançant par exemple Smartlibris (www.smartlibris.com), une bibliothèque numérique familiale dont le catalogue fort diversifié est en permanente évolution et est accessible moyennant le paiement de quelques euros par mois.

 

 

LN : Je sais que votre entreprise, Cyberlibris, permet aux étudiants haitiens d’accéder à des documents en ligne, grâce à la bibliothèque numérique de l’UEH, est-ce qu’on peut parler d’un engouement pour    la documentation numérique déjà en Haiti?

 

 

E B : C’est plus qu’un engouement, c’est un raz de marée! J’observe un phénomène identique dans tous les pays émergents: la frustration liée à l’absence du livre papier et la soif d’apprendre sont telles que la bibliothèque numérique devient la panacée. Je dois avouer que c’est tout simplement émouvant de voir tous ces livres consultés par tous ces étudiants d’Haïti et d’ailleurs. C’est l’histoire d’une rencontre apparemment impossible que le numérique et une bonne dose d’énergie et de bonne volonté rend non seulement possible mais aussi enrichie du contact aux autres. Imaginez qu’un professeur en Haïti peut consulter les ouvrages utilisés par un professeur de l’Ecole Polytechnique en France ou de l’Institut Supérieur de Management de Dakar.

 

Il faut bien comprendre que l’accès au livre compte plus que sa propriété. La propriété du livre n’a d’ailleurs que peu de sens lorsque l’on a affaire à domaine à obsolescence et innovations rapides qui implique de nouvelles éditions et de nouvelles parutions en permanence. Il faut comprendre aussi que le numérique permet à des milliers d’étudiants, de lecteurs d’être en consultation du même livre au même moment.

 

 

LN Y a t-il une demande pour de la littérature en ligne?

 

 

Bien sûr. Quand bien même la lecture d’un roman est plus linéaire que la lecture d’un livre scientifique, il n’en reste pas moins que la découverte numérique d’un roman dont on ne soupçonnait pas l’existence et dont les premiers mots, les premières phrases vous accrochent vous fait oublier le support que vous avez dans les mains. Je me souviens de ce bus qui fait la liaison Québec-Montréal. Nous rentrions avec quelques amis écrivains du Salon du Livre de Québec. Il y avait un panneau dans ce bus qui indiquait “WiFi à bord”. J’ai saisi mon iPad et, avec ses amis, nous avons lu pendant trois heures sans être interrompus. Nous allions de découverte en découverte et ils m’ont avoué que jamais ils n’auraient pensé être capable de lire avec un iPad. Seulement voilà, la magie d’une bibliothèque numérique dans un bus et l’amour du livre et de sa lecture ont fait le reste!

 

En Guadeloupe, à la Bibliothèque Départementale de Prêt, la directrice Madame Béa Basile a imaginé un usage astucieux de la bibliothèque numérique pour les enfants en difficultés scolaires. Ces enfants rechignaient à lire des livres papier. Madame Basile les a mis devant un écran avec un livre ouvert et, à sa grande surprise, ils ont commencé à feuilleter l’ouvrage à l’écran pour finir par le lire en entier. Depuis cette expérience s’est transformée en ateliers de lecture dans lesquels la lecture se fait en ligne.

 

Avec de l’imagination et de la passion, la bibliothèque numérique peut vous faire voyager et, en cela, elle complète magnifiquement ce vieux compagnon qu’est le livre papier!

 

Propos recueillis par Emmelie Prophète

Credit: Le Nouvelliste

Un Tambour Nommé Azor

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Si on demande à un tambour de nous raconter sa plus belle histoire d’amour il nous dira certainement que c’était cette dernière nuit romantique vécue à Saut-d’Eau en juillet 2011, à la veille de la Vierge Miracle entre les bras de son prince charmant Azor qui caressait avec ses mains de velours son crâne rasé en faisant tressaillir tout le périmètre de son corps sensuel. Le tambour a aimé ce magicien à la folie, d’ailleurs il est le seul qui le fasse jouir d’un orgasme prolongé et qui lui permette d’exprimer, à pleins poumons, la joie, la souffrance, la honte, la déception de notre mère chérie Haïti.

            Azor est un tambour personnifié qui rythme la vie et le soleil dans les entailles d’une Haïti séduisante, mais rongée par ses fils et qui fait le bonheur de ses visiteurs en quête de fantasme et de rêve. Azor, qui savait bien caresser le tambour, a été un ambassadeur d’Haïti qui vendait sa culture un peu partout à travers le monde et en particulier au Japon, pays du soleil levant. Le tambour, sous la tendresse féline de ce grand maitre,  pousse des cris de liberté, de conviction et surtout de solidarité, en clignotant une lumière vive qui peint le Vèvè du vaudou, symbole de notre âme et de notre identité.

            Azor n’est pas un tambourineur, ce titre est trop restreint pour décrire son génie, ses talents, sa virtuosité. Le leader de Racine Mapou est, à mon sens, un tambour qui prend la forme d’un être vivant. Facilement on peut faire ce constat : la voix d’Azor est musique et son tambour est poésie. En assistant à un spectacle de cette légende on a l’impression que la poésie se confond à la musique et c’est ce qui favorise la propagation lumineuse d’une énergie subtile qui interpelle les loas et incite les spectateurs à entrer en transe. Cette scène mystique se répète assez souvent dans le carnaval de Port-au-Prince dans l’aire du Champ de Mars. Les esprits adorent la pureté, la poésie, l’art, la beauté et les fortes sensations. Azor était conscient de toutes ces convoitises et il a su allier cet ensemble de vertus pour faire luire un syncrétisme religieux merveilleusement vêtu de son boubou vaudouesque et qui donne vie à la mort et à la vie.

            A quarante-six ans d’âge Azor n’est pas mort. Il est allé dans les profondeurs de la mer jouer du tambour pour la belle Simbi et chanter ses plus beaux morceaux pour Agoué. De manière télépathique, en écrivant cet article, j’ai communiqué avec la déesse Erzulie Fréda, elle me disait que Samba Azor est en train de mettre en transe, avec sa célèbre chanson « Sodo m’prale » , les adeptes de Legba en ouvrant le portail de la liberté véritable qui nous divorce d’avec ces séquelles esclavagistes trop longtemps en érection et d’avec cette colonisation psychologique faisant du Blanc un passage obligé et un élément incontournable.

            La ville bonheur était le lieu sacré de ce dieu du tambour. Azor et la Vierge Miracle ne font qu’un. Un 16 juillet sans une affiche de Racine Mapou à Saut-d’Eau est comme une tribu qui perd son gourou et une nuit sans étoiles et sans parfum de Jasmin. C’est pourquoi notre trésor national a choisi de prendre la barque à Caron en cette date, car il sera éternellement en compagnie de la Vierge Miracle pour chanter sa bonté miraculeuse et pour battre le tambour de sa virginité.

Ayibobo ! Ayibobo ! Ayibobo ! Widly Jean : Poète-Ecrivain Contact : 3757-8232

Par tous les temps

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Ceux qui me fréquentent savent à quel point j’adore rire, j’apprécie et respecte, à cause de la vanité des choses et de la prééminence de la fragilité humaine, les artisans de l’humour qui, pour répéter cet auteur russe dont j’ai oublié le nom, est «le stade suprême de l’intelligence». Hé bien en voici un  grand artisan : François Latour. Après chaque phrase, on rit. On rit à en pleurer ! C’est même un champion. Est-il rien de plus haïtien que cette autoflagellation, cette haine de l’autre, cette profusion de ragots et de coups de langue, cette négativité perpétuelle, ce goût pour les mauvaises nouvelles, les prédictions catastrophiques ?

On a connu François le terrible (dixit Leslie François Manigat parlant du Dr François Duvalier). Maintenant on peut parler de François le merveilleux lorsqu’on se réfère au recueil de chroniques de François Latour publiées dans les hebdomadaires Haïti En Marche et Haïti-Observateur sous le titre générique de «Point de côté : Réflexions sur la société et la politique haïtiennes 1988 à 1995». Affranchi de l’illusion et des copinages, serviteur sans concession de la lucidité, ce recueil ne fait qu’immortaliser François Latour puisque sa renommée dans Pèlen-Tèt de Frankétienne (qu’il poignarde à plusieurs reprises) et l’originalité de ses annonces publicitaires avaient déjà amplement imprégné dans nos mémoires le profil d’un génie authentique du rire. De ce talent (rarissime chez nous), il avait fait une arme intellectuelle, médiatique, sociologique. C’est une nasse.

Comment a-t-il trouvé, tout au long de ces années horribles et hélas «perdues» de l’après-Duvalier, l’énergie et la ténacité pour singer, caricaturer, parodier, fustiger nos bêtises et nos folies, souvent meurtrières et destructives ? On a du mal à distinguer l’hier et l’aujourd’hui. Ça nous fait un avenir flou. On pense à une métacritique de société – malade et exhibitionniste – quand on relit ces «haïtianneries» si riches en vérités cinglantes relatives à notre faune politique (les Duvalier, Henri Namphy, Prosper Avril, Me Grégoire Eugène, René Théodore, Hubert De Ronceray, Leslie François Manigat, Ertha P. Trouillot, Marc Bazin, Sylvio Claude, Raoul Cédras, Jean-Bertrand Aristide, etc.) et aux dérives de notre société, avec des clins d’œil au monde extérieur (Ronald Reagan, Mgr Romeo, Fidel Castro, Georges Bush père, Bill Clinton, François Mitterand, Pezzullo, Caputo). Le seul usage respecté ici, c’est l’esprit frondeur. Acidité, causticité, méchanceté. Le dépaysement kitsch est assuré. Le style est acéré et glouton, les blagues souvent laconiques viennent bouleverser notre bonne conscience .

Tout d’abord on est frappé de l’omniprésence d’une notion aujourd’hui bien oubliée et, quand on le rappelle, bien décriée : il veut parler de celle de l’inutilité de la politique en terre haïtienne. L’œil impavide depuis l’époque des Duvalier, tripotier on ne peut plus, farceur, François Latour au caractère farouche se projette sur le terrain de l’histoire récente et immédiate et divise nos hommes politiques – provisoires ou mal élus – entre les chefs militaires et les partis politiques qu’il considère comme de mauvais acteurs, ceux qui, au départ, promettaient les lendemains qui chantent, et d’autres, pourtant isolés et discrédités, qui les désenchantent avec leurs venins d’éternels opposants. L’Histoire en vrac. L’Histoire ici vous prend en traître.

La dérision demeure l’essence de cet humoriste (hors pair) des temps transitoires. Le théâtre off ? Impossible de synthétiser une pensée si implacable et pourtant fascinante, un regard qui embrasse une collectivité dans ses malheurs les plus révoltants, met en scène la fatalité et la malédiction, savoure à gorge déployée le ridicule, l’échec, le mensonge, l’image obsédante du pouvoir (haïtien) au destin abominable, le sentiment de perte collective, l’absence de plus en plus accentuée de la notion de valeur, un climat permanent d’intranquillité et d’inquiétude. Cette dureté de ton, il le devait sans doute à son parcours propre : il était bien le digne fils de ce peuple râleur et médisant, marqué d’un signe éternel d’insatisfaction, dont les troubadours secouent fort souvent la pose raide – et son âme contestataire témoignait en premier lieu de sa vive curiosité. Horreur donc qu’est le néant d’action constructive. On s’effondre en larmes «joyeuses» avant d’avoir le remords. Irrésistible de séduction, la voix de François Latour qui a des états d’âme d’enfant taquin porte par tous les temps. François Latour, dialoguant avec Jorge Luis Borges, pouvait faire sienne cette formule de ce vieil iconoclaste argentin : «Surtout, ne pas être sur son propre disciple.»

Les altitudes et attitudes de réflexion auxquelles il vous convie avec insistance et tendresse correspondent sans conteste, pour certains, à l’urgence de la situation politique nationale, imprévisible, fragile, aléatoire. Lui-même le reconnaissait : nous vivons un temps de «chiens enragés» et de «mèt-dam». Des fragments étonnants de pessimisme, ne cessent de scander cette écriture réfractaire depuis les âges pubères, des «zen», des anecdotes sirupeuses, des jeux de mot décapants, des méditations, des instants de jubilation, des colères de patriote voyant son pays s’enraciner avec allégresse dans la merde et dans le désespoir, mais aussi des éclats de rire fulgurants qui nous donnent la force de résister à la bêtise ambiante qui a tout pollué, l’avenir et les enfants.

Pierre-Raymond Dumas
- François Latour, Point de côté : Réflexions sur la société et la politique haïtiennes 1988 à 1995. Editions du Marais, Montréal, 2012.

100 titres pour rappeler a Haiti ce qu’il a produit dans le passé.

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La directrice de l’Institut français d’Haïti (IFH) Corinne Micaelli en compagnie de l’écrivain Lyonel Trouillot et du directeur des Editions de l’université d’état d’Haïti Herard Jadotte ont présenté le programme « 100 titres pour Haïti », a constaté Haïti Press Network.

Il s’agit d’un programme d’aide à l’édition qui consiste  à rééditer des ouvrages patrimoniaux haïtiens que ce soient des ouvrages culturels, historiques, scientifiques écrits soient par des haïtiens ou pour Haïti.

Visant également la professionnalisation des Editions, le programme fournira un soutien de 30% aux maisons d’éditions voulant rééditer un de ces ouvrages. Un appel à projet a été lancé en ce sens depuis le 13 juin 2012.

Les  100 titres ont été sélectionnés par une commission composée d’écrivains, intellectuels et éditeurs français et haïtiens, a indiqué Mme Corinne Micaelli.

Les ouvrages ont été choisis sur la base de leur ancienneté – publication avant 1995-, de leur importance du livre dans l’histoire intellectuelle, et littéraire du pays et leur contribution à rappeler ce qu’a connu Haïti, a expliqué Lyonel Trouillot.

« Les haïtiens ont tendance à oublier ce qu’ils ont produits », a déploré l’auteur de Thérèse en mille morceaux qui a invité  toutes les maisons d’éditions à soumettre des projets, « car il n’y aura aucune partialité au cours de l’évaluation ».

Abondant dans le même sens, M. Herard Jadotte, a fait savoir ce n’est pas possible qu’un pays continue à ignorer ce qu’il a lui-même produit. M. Jadotte pense que ce programme est important dans la mesure où il aide le pays à se réapproprier de ce qu’il à contribuer à produire.

Une enveloppe de 100.000 Euros est consacrée à ce programme qui s’étend sur une période de trois ans.

Credit: HPN

La romancière Yanick Lahens s’implique dans le social et le cinéma.

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Connue comme romancière, Yanick Lahens a fondé depuis 2008, APC (Action Pour le Changement) qui s’occupe entre autres « de la formation des jeunes autour de trois grands objectifs: les sensibiliser à des questions d’intérêt national, renforcer le lien social en faisant travailler ensemble des jeunes de milieux sociaux différents et les initier aux nouvelles technologies. »

Dans cette perspective, quatre documentaires (Michelet Drouillard, Production de fleurs, Vallue, Fondwa) ont été réalisés par des jeunes autour de différents thèmes :le développement des communautés, l’entreprenariat,  et le monde rural.

Le film sur la communauté de Fondwa mérite l’attention du public. Pendant l’année,  2009 un  groupe de jeunes a été sensibilisé  par l’agronome Jean-André Victor à la problématique pyasanne et ont réalisé après deux séjours à Fondwa et avec l’assistance du jeune réalisateur haitien Filibien André un court métrage sur la vie paysanne dans cette localité.

Ces films montrés en juin  à la Fokal et au restaurant Le Villate en présence de leurs participants  ont nourri des débats très intenses sur la création de l’emploi et l’initiative entrepreneuriale chez les jeunes issus du milieu professionnel et social prêt à relever des défis.

Les documentaires valorisent l’implication de certains jeunes dans le mode de changement et   dépassent généralement dix minutes .Les documentaires en question sont réalisés pour la plupart d’entre eux sous le contrôle de Yanick Lahens et de cinéastes de talents, dont Kendy Vérilus formé à New York. Ce dernier est l’auteur d’au moins trois cours- métrages et d’un long documentaire axé sur le séisme du 12 janvier 2012.

Précisons que certains de ces films « ont été présentés à d’autres jeunes (dans le cadre d’un réseau d’écoles) au grand public par la télévision par exemple et servent de prétexte à des débats. »

 De telles productions cinématographiques inscrites dans la sensibilisation au progrès social  ont reçu entre autres le soutien de la Fondation de France, de Culture Création.

Après le tremblement de terre de 2010 APC a organisé un atelier avec une quinzaine de jeunes du Camp de Pétion-Ville Club. Après une thérapie de groupe avec le psychologue Ronald Jean-Jacques, ils ont reçu une formation   à la vidéographie par Yolaine Rouleau, assistée de Filibien André et de Philippe Attié. Ils ont conçu  deux courts métrages sur leur vie dans le camp six semaines après le séisme.

Parallèlement à ces activités, APC a construit en septembre 2010, quatre bibliothèques légères, deux à Port-au-Prince et deux à Léogane.

Dominique BATRAVILLE
Credit: le Nouvelliste

Rihanna pleure sa grand-mère à la Barbade avant de se déchaîner à la télé.

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Les premiers pas de Rihanna dans la mode, c’est pour bientôt ! Pour ce faire, la Reb’L Fleur se mue en productrice exécutive de l’émission Styled To Rock, dont les premières diffusions sont prévues courant août.

Diffusée par la chaîne Sky Living, Styled To Rock a été enregistrée pendant les différentes escales londoniennes de Rihanna. La compétition entre les douze créateurs en devenir donnait au vainqueur l’opportunité unique de réaliser une tenue pour Rihanna lors de sa performance à Londres pour le Wireless Festival, qui avait lieu le dimanche 8 juillet. C’est donc un de ses mentors qui avait imaginé le look ultrasexy de la chanteuse de 24 ans.

Pour cette aventure, la star de Battleship s’est entourée de sa styliste Lysa Cooper, du créateur Henry Holland et de la chanteuse Nicola Roberts, membre du girlsband Girls Aloud. Plus que quelques semaines avant de voir Rihanna prendre l’accent anglais !

Après s’être donnée à fond pour ses fans anglais malgré le deuil, Rihanna est retournée dans son île natale, la Barbade, pour l’enterrement de sa grand-mère Dolly qui avait eu droit à une première cérémonie à New York. Comme nous le montrent ces images du Daily Mail, pour Rihanna, l’heure n’est plus à la fête mais au recueillement.

I.N.

Marc Exavier, un poète farouchement autonome

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Marc Exavier vit  loin des effervescences, il n’aime pas se montrer ni être montré. C’est un marcheur. Il arpente à pied ou en transport public les rues de Port-au-Prince et de sa périphérie. Il aime partir en province aussi, particulièrement pour Verrettes, toujours pour des raisons ayant rapport avec la lecture. Marc Exavier est un militant du livre et de la lecture. Il dirige même une association qui s’appelle APOLECT qui fait la promotion de la lecture.

Marc Exavier a publié son premier livre en 1983, Les sept couleurs du sang. Son dernier en 2005 aux Editions des Presses Nationales d’Haiti, « Chansons pour amadouer la  mort », suivi de « Le cœur inachevé ». Il ne publie pas beaucoup et pense même qu’un poète ne doit pas beaucoup publier. Il est incontournable dans le corpus poétique haïtien. Qui, s’intéressant réellement  à la poésie haïtienne écrite ces dernières années, n’a pas entendu ou lu ce vers magnifique  d’Exavier  dans Soleil Caillou blessé paru en 1991 aux Editions Mémoire à Port-au-Prince: « Il y a tant de fous et si peu de folie dans le désert du jour »

On se rappelle aussi Numéro effacé paru en 2001 aux Editions Mémoire. Rarement auteur haïtien a été si loin dans l’érotisme et la provocation. L’auteur, dans ce livre, écorche un peu le mythe qui entoure Jacmel en nous apprenant que c’est une ville qui n’a pas de bordel. Une ville sans bordel est peut-être une ville sans âme ou sans intérêt. En tout cas oui, aux yeux de Marc Exavier.

Marc Exavier est professeur à l’Université d’Etat Haïti. Il est chroniqueur culturel à la radio et poète comme on savait l’être autrefois et qu’on devrait l’être aujourd’hui : farouchement autonome, jaloux de sa solitude et totalement visionnaire.

 

Emmelie Prophète

 

La patience d’une femme aimée

Est une pluie de rêves

Sur un vent de blessures

Aux échos des ailleurs

S’ouvre l’immensité de l’aube

Des ailes pour oublier

La poussière des deuils

 

Je sais fragile toute rose

Et toute aurore évanescente

L’amour s’écaille au bout de la semaine

Je m’accroche à l’émoi des mots

Pour ne pas sombrer dans mes songes

Toute flamme est immense

Quand le regard s’éprend

De la courbe du soir

 

Marc Exavier

Extrait de Chansons pour amadouer la mort

Credit: Le Nouvelliste

Pour parler de littérature, ils se font une place…

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Pour parler de littérature, ils se font une place…

 

Nos artistes aujourd’hui transforment les lieux. Dans le besoin de se rencontrer pour partager leurs idées; au nom de tout ce qui touche le monde littéraire, ils conquièrent les restos, changent les couleurs, ravivent les sens.

Là, à 10-traction Inn, un resto dansant sis à la rue Magloire Ambroise, de jeunes écrivains, se joignant à d’autres artistes, notamment des comédiens, danseurs et tambourineurs, se chargent de créer un univers artistique. Tout s’accorde. Entre la fumée des cigarettes et le calme, ils se rassemblent autour de petites tables en bois, bière à la main pour courtiser la poésie. Un intérieur sombre qui, la nuit, se métamorphose de ses peintures, ses étoiles qui semblent sortir des murs à force de briller. Ce resto fait si bien corps avec cette pléiade d’artistes qu’on a du mal à les imaginer dans d’autres situations.

Pourtant, c’est ce qui arrive actuellement. 10-traction se vide de ses artistes. Presqu’inoccupé la plupart du temps, mais toujours avec son ambiance musicale, ce resto offre en ce moment un cadre plutôt ordinaire. Des gens y viennent, s’assoient, consomment en tête à tête puis repartent. On se demande : où est donc passée l’élite de 10-traction?

« On est nombreux à déserter, nous confie Billy Midi, comédien, autrefois à Dram’art. 10-traction n’est plus ce qu’il était dans le temps. On ne peut plus discuter à cause du bruit. Avant, on choisissait d’écouter nos rythmes favoris. On ne se lassait jamais de Beethovas Obas, Joe Jack, pour ne citer que ceux-là. De nos jours, tout a changé. Les responsables nous imposent un ‘‘ gro bout konpa’’. Lorsqu’on leur demande de baisser l’appareil, ils disent que nous ne sommes pas les seuls. C’est triste, car c’est nous qui avons rendu 10-traction célèbre. »

Le mécontentement est plutôt général. Un tambourineur, Narcisse Choisimo, connu sous le nom d’Atchasou, partage l’avis de Billy Midi. « Le ‘‘baz atis’’ n’est plus là. 10-traction ne mérite plus son nom car, au lieu de s’y distraire, on le fuit. »

« Rien ne s’arrête, note cependant Pascal Joseph, danseur et directeur artistique de la troupe Zan-7. 10-traction peut bien se passer de notre présence. Mais nous, nous ne nous passerons jamais de la littérature. Les débats se poursuivent à Café Philo, chaque mardi dès 6h pm. »

Pour parler de littérature, les artistes se font une place. Leurs commentaires et objectifs portent à croire qu’ils font de la littérature un ami qui, au milieu du théâtre, la danse et le tambour, sera toujours la bienvenue. 

Credit: le Nouvelliste