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A lire ” Tan lapli ‘ de Max Gregory Saint-Fleur

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Fe yo we-w/Gabel

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Renforcer le système éducatif par la culture et l’art

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John Smith Sanon smithsanon@gmail.com Twitter: @smithsanon
Le ministère de la Culture a procédé au lancement du projet : « Éducation culturelle et artistique dans le système scolaire et parascolaire haïtien », au cours d’une cérémonie qui s’est déroulée le jeudi 13 septembre en cours, à l’hôtel Ritz Kinam, à Pétion-Ville. Il s’agit d’une offre d’éducation culturelle et artistique de qualité, qui promeut des valeurs identitaires fédératrices auxquelles les jeunes puissent adhérer, en complément des études classiques.

Le lancement de ce tout dernier projet du ministère de la Culture a réuni un grand nombre d’acteurs éducatifs et culturels à la salle de conférence de l’hôtel Ritz Kinam. Des représentants des différents ministères impliqués dans le projet, des responsables d’organisations internationales, des directeurs généraux et des directeurs d’écoles, unis par l’objectif commun de renforcer le système éducatif haïtien, ont eu l’occasion d’apprécier les talents artistiques de plusieurs groupes d’écoliers  durant cette longue cérémonie, à travers un tour de chant. Chansons, chorégraphies et récitals de textes leur ont été offerts par ces derniers au milieu de longs discours des officiels.

Éduquer les enfants et les jeunes Haïtiens afin  d’en faire des citoyens créateurs et consommateurs d’art et de culture, tel est l’objectif poursuivi par cet ambitieux projet qui cherche à mettre en œuvre les recommandations faites lors de la tenue des Assises nationales de la  Culture en juillet 2011, sur le rôle de l’éducation dans le développement culturel, facteur de cohésion sociale et générateur et de richesses.

Plus de trois millions d’élèves fréquentant différents établissement scolaires du pays seront amenés à une meilleure perception des réalités culturelles, ainsi qu’à la connaissance, la compréhension et la pratique de diverses formes artistiques, selon les initiateurs. A cet effet, une étude sur les programmes d’éducation culturelle dans le pays est lancée. Un état de la législation existante  en la matière est à l’étude. Un programme d’animation culturelle et artistique sera conçu et proposé aux écoles durant l’année 2012-2013. Enfin, un réseau de clubs artistiques et culturels sera mis en place à travers les établissements scolaires, les bibliothèques et dans les quartiers.

Le comité de pilotage de ce projet est constitué des ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, et celui à laJeunesse, aux Sports et à l’Action civique. Tour à tour, les représentants desdits ministères ont, dans leurs allocutions exprimé leur fierté de participer à la construction de l’être culturel haïtien  et manifesté leur vive volonté de  voir ce projet se matérialiser dans la glaise du réel.

«  Il ne suffit pas seulement de s’unir, il faut appuyer, encadrer, participer, en posant des actions concrètes qui permettent à chacun de nos enfants de pouvoir se reconnaître dans un environnement qui favorise leur épanouissement en tant que citoyens de demain », déclare le ministre de la Culture, Jean Mario Dupuy, qui invite tout un chacun à soutenir ce projet.

M. Dupuy a attiré l’attention sur l’extraordinaire explosion que connaissaient notre musique, notre peinture et notre  artisanat sur la scène nationale  et internationale vers les années 70, rappelant au passage que nous devions  cette explosion au programme d’éducation artistique dans les écoles et aux différents ateliers d’art que fréquentaient les jeunes.

« Le secteur culturel peut contribuer de manière significative et très fortement à la prospérité de notre pays, parce qu’il a la capacité de produire des richesses nouvelles »,  souligne le ministre de la Culture, qui rêve déjà de compétitions  interscolaires d’art dramatique, d’art plastique, de danse, à l’instar des compétitions sportives. « Ce rêve est à notre portée, et nous allons ensemble le transformer en réalité », a-t-il conclu.

John Smith Sanon smithsanon@gmail.com Twitter: @smithsanon
Credit: Le Nouvelliste

Ralph Condé, pour le respect des aînés

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L’exceptionnel Ralph Condé a signé, le mercredi 29 août 2012, son quatrième album solo titré « Respè » à Garden Studio, la nouvelle coqueluche de la rue Grégoire, à Pétion-Ville. Ce dernier opus se veut un hommage bien mérité aux monstres du compas qui ont marqué toute l’histoire de la musique haïtienne durant ces trente dernières années.

Le talentueux guitariste vedette de la formation musicale Nu-Look, sinon l’un des meilleurs de la nouvelle génération, a transformé les salons du Garden encombrés de divans chics en une soirée chaude, bien moussée et inoubliable. Un public timide composé de musiciens, d’animateurs de radio et de télé a vogué à travers l’univers musical de Ralph.

Le premier plat a été servi par notre rocker haïtien, Yohann Doré, fils du réalisateur Joe Doré. Ce leune leader d’un mouvement musical jusqu’ici incompris du public haïtien nous a encore une fois impressionnés par son talent et son style qui n’ont rien à envier aux autres musiciens de sa génération. Avec sa voix unique secondée des cordes magiques de sa guitare, il a interprété plusieurs titres gravés sur son tout premier disque, « Ayiti men rock ».

11 h 30. Un entracte d’une dizaine de minutes laisserait deviner qu’on est prêt à assister à un beau spectacle. Entre-temps, on rit entre copains et amis. Les verres, à moitié remplis du rhum des connaisseurs, se trinquent. Jusqu’au moment où Ralph, simple, sympa et élégant, entraîne les spectateurs avec sa première interprétation, une composition de Skah Shah #1 titrée « Haïti » dans une ambiance surchauffée. Les spectateurs, visiblement friands de bonne musique, s’en sont délectés. Cette soirée s’est fait l’écho des notes enivrantes de sa guitare qui rappellent non seulement « Papach », mais les heures de gloire qu’a connues la musique haïtienne ici comme ailleurs.

Sur scène avec Ralph, des musiciens connus et respectés de l’industrie musicale en Haïti (le bassiste de Tabou Combo, Yves Albert Abel ; le batteur Ruddy Nau, fils de Herman Nau ; le tambourineur Serge Laguerre, Sergo ; Robert Martino ; sans oublier le pianiste Edgar Grand-Pierre) ont amusé le public avec des titres comme « Tu peux mettre » de l’immortel Coupé Cloué, « Bebe Paramount » de Tabou Combo, « Bouki ak Malice ».

Cette soirée a été aussi l’occasion de découvrir un jeune musicien qui, jusqu’ici, était dans l’ombre : le keybordiste Pascal, originaire de Ouanaminthe. Un moment haletant, où le public a pu apprécier ce talent qui se confirme et qu’il faut suivre de près.

Cette vente-signature, reportée à cause de la tempête Isaac, s’est déroulée dans une ambiance chaleureuse, un air de famille. Les lèvres des spectateurs suspendus aux derniers mots de Ralph semblent encore dire : « Si tu t’en vas, je ne pourrai plus chanter. » Mais il promet de revenir dans nos murs bientôt.

« Respè », une conception différente de la musique

Ralph est à son quatrième album solo. Ce véritable coup de maître est salué tant par les professionnels de la musique que par les aimateurs de médias. Cet album quasiment en version instrumentale comprend dix titres. Un opus qui se veut un hommage à l’ancienne génération. Mais le projet était surtout d’inviter le public en général à apprécier la qualité d’une bonne musique de par sa conception et de son approche artistique. Cet album est révélateur d’un Condé plus créatif, en quête de nouveauté et désireux d’offrir au public haïtien un bien meilleur produit. On y retrouve des interprétations comme « Latibonit-ô » et « La vie musicien » en version salsa.  Plusieurs autres artsites ont participé à sa réalisation comme Tico Pasquet, T-Fanfan, François Sergo Décius, Ralph Blanchard, Touko Bouzie et Dadou Pasquet. Des sonorités qui dévoilent le nec plus ultra du konpa, et qui présentent même un bel aspect de la musique latine. La démarche artistique de Ralph Condé traduit son intention de ne plus vouloir se limiter au kompa. Son dessein est de s’ouvrir au monde pour qu’enfin la musique haïtienne devienne une référence en matière musicale dans la Caraïbe, les pays latino-américains… comme c’était le cas dans les années 70-80.

Rosny ladouceur rosnyladouceur@gmail.com ladouceur@lenouvelliste.com
Credit: Le Nouvelliste

Giordany Joseph un génie vivant dans l’oubli

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Jacques Louis Etienne

Le Tropicana night-club était plein à craquer, ce qui est tout à fait normal pour un bal d’anniversaire. La chaleur était intense et le public attendait avec impatience le début des festivités. Un groupe de jeunes danseurs débuta le spectacle et le moment tant attendu arriva: thème musical de l’orchestre et pour tout le monde la surprise de la soirée: l’apparition de Giordany Joseph comme chanteur-vedette pour commencer les festivités avec la composition « belle fête ». A ce moment des gens s’approchèrent de l’orchestre pour prendre Giordany en photo, utilisant même leur téléphone portable pour immortaliser ce moment.

                Le temps est une arme à double tranchant. Il fait grandir les hommes et les institutions, guérit les malades et console les affligés. Il détruit aussi les étoiles, met au rancart certains professionnels, fait disparaître des valeurs et des habitudes. Il fait aussi oublier des grands artistes qui ont bercé notre jeunesse  et marqué notre époque. Radiographie d’une des figures de proue de l’orchestre Tropicana, un homme qui a associé sa voix depuis longtemps déjà aux différentes compositions de ce groupe mythique. Une légende qui sombre déjà dans l’oubli. Il s’agit de l’ex chanteur vedette de l’orchestre Tropicana Giordany Joseph, alias « Gros monsieur », surnom donné par les Capois.

                Né Pierre Féquière Joseph, le 17 Octobre 1937 à Terrier- Rouge, « Gros Monsieur » adopta le nom de Giordany donné par son parrain, Jolicoeur Joseph. Il en fit son nom de scène, son nom d’artiste. Comme beaucoup d’étoiles, il exerça son talent dans la chorale de l’église et brilla dans une représentation théâtrale comme acteur principal dans le rôle de sentinelle.

                A l’âge de 15 ans, il rentra au Cap-Haitïen pour  poursuivre ses études et continua à chanter dans la chorale de son église. Un peu plus tard, il rejoint l’orchestre Citadelle du Nord sous la direction de Jacques Montpremier et Jean Martel Dorsainvil. C’est dans ce groupe qu’il rencontra son ami Hervé Casséus, qui avait l’habitude de jouer avec l’orchestre Tropicana quand il avait besoin d’un accordéoniste. A la disparition de l’orchestre Citadelle du Nord, Hervé rejoignit définitivement l’orchestre Tropicana. Il invita par la suite Giordany  à le rejoindre.  Celui-ci hésita. Charlemagne Pierre Noël et Emmanuel Turenne, respectivement directeur musical et maestro à l’époque, arrivèrent à le convaincre.

                C’est ainsi qu’en mars 1968, Giordany Joseph fit son entrée  au sein de l’orchestre Tropicana d’Haïti et se distingua avec les chansonnettes françaises, les boléros et spécialement les pots-pourris. Son premier pot-pourri  était « solamente una vez ». Parmi les grands chanteurs capois, Giordany était une référence sûre, sa  voix remplissait l’orchestre dans tous ses compartiments. Il était devenu un chanteur de charme avec les chansonnettes françaises et ses boléros, dont lui seul avait le secret. Dans son style, il était unique. L’artiste était un parolier extraordinaire. Il a ajouté au répertoire de Tropicana des textes mémorables comme: « Rosemarie », « Marie Madelaine »,  « Rosie » et « Philomise » que Charlemagne et Larivière avaient orchestrés. Son texte de prédilection était « Le Nègre », arrangé par le professeur Jean Janvier Muselaire.

                Une institution ne vaut rien sans les hommes. Sa renommée et son existence sont conditionnées par la discipline, la performance et l’expérience de ses membres. Au fil des ans, elle est appelée à renouveler ses cadres pour conserver un certain standing, lutter contre la concurrence et améliorer la qualité de ses services à la population. Aucune institution ne saurait traverser deux générations avec la même équipe. Certains changements s’imposent de fait ; d’autres sont occasionnés par les décès, la maladie et aussi par  intime conviction.

                On ne connaît pas une institution si on ne connaît pas son histoire. On ne connaît pas cette dernière si on ne connaît pas celle des hommes qui la composent ou qui lui ont donné naissance. Il faut revenir de façon permanente sur ce passé glorieux pour camper ces différents acteurs, qui font la fierté de la population du Nord, et des fanatiques de Tropic en particulier.

                Pour avoir 50 ans aujourd’hui, l’orchestre a commencé à partir de rien avec des gens n’ayant aucune expérience, mais animés du désir d’apprendre et la volonté de servir. Chemin faisant, ils se sont révélés des élèves studieux et performants jusqu’à devenir des étoiles qui brillent partout. L’interchangeabilité des acteurs n’a rien modifié à l’ossature et à la force de frappe de l’orchestre Tropicana, qui se veut l’Orchestre de toutes les générations.

                Ses pionniers qui ont commencé et qui par la force des choses ne sont plus aux commandes, il faut parler d’eux. Il ne faut pas consommer le jus sans parler du fruit. Cette jeunesse qui court après l’orchestre Tropicana doit connaître ceux qui ont commencé, ceux qui ont posé la première pierre de cette citadelle que nous vénérons tous. Tropic a une histoire, il faut qu’elle soit écrite. L’histoire de ses étoiles qui ont brillé les unes après les autres jusqu’à leur disparition doit être aussi écrite.

                Personne n’est personne sans personne. Cette publication a été possible grâce aux efforts conjugués de plusieurs personnalités, dont la plaque tournante Mme Emila Hilaire, qui a harmonisé les rapports malgré les difficultés; l’infatigable ingénieur Joubert Constant, qui n’a rien ménagé pour atteindre cet objectif; notre ami Rilou Hilaire, qui a mis toute une logistique à notre disposition avec ses conseils techniques et le « Phébé » (pièce d’importance) boss Paul Pierre mon très cher parrain, un homme de terrain à qui rien n’échappe et qui a fait toutes les coordinations.

                Et enfin à l’artiste lui-même qui, spontanément, a coopéré à la réalisation de ce texte. Nous lui disons merci d’avoir prêté sa voix pendant toutes ces années à nous raconter des scènes de la vie quotidienne qui  ont fait de l’orchestre Tropicana l’un des tous premiers de la ville du Cap, et d’avoir aidé à l’émancipation de l’art haïtien. Giordany Joseph, tu mérites de la patrie. Que ton nom soit gravé en lettres  d’or dans les annales de l’orchestre Tropicana d’Haïti et sur ce patrimoine culturel, qui est aussi ton œuvre et que les générations à venir sachent que tu as été l’une des colonnes de cette œuvre colossale qu’est l’Orchestre Tropicana qui a survécu deux  générations avec honneur, fierté et mérite et qui se prépare à en affronter bien d’autres!

                A tout ce monde qui nous a permis de mettre en relief, d’une part, l’orchestre Tropicana qui se produit sans relâche depuis 50 ans et qui a atteint une certaine notoriété dans la musique  haïtienne et,  d’autre part, à l’artiste Giordany Joseph, un monument qu’on a tendance à oublier, qui jouit de notre estime et qui représente l’une des anciennes gloires qui fait la fierté de l’orchestre, nous leur disons merci. Qu’ils trouvent ici l’expression de notre profonde gratitude!

 Jacques Louis Etienne

Etude sur les filières culturelles économiquement viables

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Le ministère de la Culture cherche à donner un nouvel élan à l’économie nationale en créant des conditions favorables au développement de nouvelles filières économiques par la promotion d’industries créatives.  C’est l’essence du projet d’étude sur les filières culturelles économiquement viables présenté ce jeudi par le ministre de la Culture.

Quatre grandes filières des industries créatives, à savoir le livre, la musique, les arts plastiques, le cinéma et l’audiovisuel, seront prioritairement pris en compte dans le cadre de ce projet. Cette étude doit fournir à l’État les outils et données permettant de mesurer la contribution des industries culturelles à l’économie nationale en termes d’emplois, de valeur ajoutée et de commerce. La question de la mise en œuvre du droit d’auteur est au centre de cette préoccupation.

Le ministre de la Culture, Jean Mario Dupuy, et les deux consultants responsables de cette étude sur les filières économiquement viables, Frédéric Gérald Chéry et Willems Edouard, ont fait ressortir les deux grands  objectifs de cette étude : le développement et l’encadrement des filières dans les industries culturelles,  la structuration du marché de la culture par la mise en œuvre de mesures visant à mettre l’usage du droit d’auteur et des actifs immatériels au cœur des échanges dans le secteur culturel.

Conscient qu’une bonne part de la richesse nationale prend source dans l’imaginaire et la créativité du peuple haïtien, le ministre de la Culture s’est dit convaincu qu’il faut initroduire un nouveau paradigme pour donner à notre culture une dimension économique égale à son importance. «  En disant cela, je pense à la mise en œuvre d’une politique culturelle qui crée les conditions favorables à la contribution de la créativité et de l’imaginaire de nos compatriotes à la croissance de l’économie nationale », a-t-il indiqué.

M. Jean Mario Dupuy s’interroge sur le nombre d’emplois générés par les industries créatives nationales, l’apport de la culture dans l’élargissement de l’assiette fiscale et la part du PNB  que représentent le droit d’auteur et les droits voisins. « Pour le moment, le ministère de la Culture en charge du secteur n’a pas encore de réponse. La bonne nouvelle, c’est que nous allons  nous mettre au travail pour répondre à l’ensemble de ces questions et à bien d’autres », a-t-il avancé.

Selon M. Dupuy, en lançant l’étude sur les filières économiquement viables, le ministère de la Culture entend amorcer la structuration du marché national de la culture en se dotant de données économiques fiables qui lui permettront de mener de façon résolue une politique qui favorise le développement des filières.

« Il s’agit pour moi, de poser les premières pierres qui font de l’imaginaire et de la créativité des Haïtiens le moteur de la croissance, et pour le gouvernement d’ouvrir les chantiers des industries créatives   pour redonner à notre peuple sa dignité et permettre du même coup à l’Etat de faire un autre pas vers la reconquête de sa souveraineté budgétaire », a-t-il conclu.

John Smith Sanon’ smithsanon@gmail.com
Credit: Le Nouvelliste

Parc de Martissant, un lieu de mémoire

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Le parc de Martissant, un rêve en passe de devenir une réalité. Environné de bidonvilles, ce lieu, qui intègre l’ancienne propriété privée de la danseuse et anthropologue américaine Katherine Dunham connue sous le nom d’habitation Leclerc, faisait partie de ces endroits situés dans des quartiers de Port-au-Prince, figurant dans la zone rouge après le coup d’État de 1991. A Martissant crépitaient des armes, les gangs y faisaient la loi.

L’esprit de la grande prêtresse du vaudou, Katherine Dunham, initiée à la religion populaire des Haïtiens, hante ces lieux de mémoire. Dunham a puisé des matériaux qui serviront de support à sa création dans l’héritage culturel haïtien. En 1939, elle a même soutenu une thèse sur le thème : « Danses d’Haïti : organisation, classification, forme et fonction sociales ».

Ce lieu s’était refermé sur lui-même depuis que la société haïtienne avait fermé les yeux sur la beauté des choses. Des dizaines de familles démunies avaient squattérisé l’habitation Leclerc, la transformant en une véritable porcherie. Aujourd’hui l’habitation s’ouvre, s’emboîte à d’autres habitations. L’espace prévu pour la création du parc de Martissant est composé de cinq sites d’une superficie totale de 159 867,96 mètres carrés  (environ 12 carreaux de terre)  .

Notons que la FOKAL est l’opératrice du projet «Parc de Martissant», par délégation de maîtrise d’ouvrage. Elle coordonne les activités de terrain de plusieurs ONG telles que: GRET, Oxfam Grande-Bretagne et Oxfam Intermonde, Concern Worlwide, HPCD, AVSI.

Réhabilitation d’infrastructures

Ce projet de cinq millions d’euros financé par l’Union européenne comprend le « Programme de revitalisation du parc de Martissant et des quartiers périphériques ». Par ailleurs, il « prévoit une action conjointe et coordonnée dans plusieurs secteurs d’intervention tels que la réhabilitation d’infrastructures, la création d’emplois, l’eau et l’assainissement, l’éducation, la résolution pacifique des conflits, l’évacuation des déchets ».

Depuis qu’un arrêté présidentiel en date du 29 juin 2007 a déclaré d’utilité publique cet espace pour la création de jardins botaniques, de zone verte, de lieu d’attraction pour les visiteurs, un nouveau jour s’est levé sur les lieux. Aujourd’hui des terrains gazonnés couvrent les périmètres bordés de fleurs et d’arbres centenaires constituant une zone réservée, un poumon au sud de Port-au-Prince. Des jeunes y viennent  étudier et  prendre du bon temps. On peut venir se recueillir aussi devant un mémorial érigé en  mémoire des victimes du séisme du 12 janvier 2010.

La résidence de Catherine Dunham  (26 642,78 mètres carrés), celle de Pauline Leclerc (3 328,94 mètres carrés), les propriétés Mangonès (42 569,46 mètres carrés) et Fongging (26 935,36 mètres carrés) sont en train d’être restaurées.

La grande maison centrale de l’habitation Leclerc où Katherine Dunham a coulé de beaux jours est en plein chantier actuellement.

A l’époque où l’entrepreneur français Olivier Coquelin gérait l’habitation Leclerc, l’espace était paradisiaque et comprenait quarante-quatre villas et onze piscines. Cet hôtel luxueux a fermé ses portes au début des années 80.

L’architecte haïtien Albert Mangonès, qui a eu pour voisine la célèbre Katherine Dunhaum, là où il est, peut être fier du parc de Martissant. Au bon vieux temps, l’habitation Leclerc, l’un des sites composant le parc, était une destination touristique. Les allées ombreuses de ce coin paradisiaque ont résonné de pas de célébrités du monde, dont Mick Jagger et Jacqueline Onassis.

Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
Credit : le Nouvelliste

Centenaire de Roussan Camille

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Roussan Camille est né le 27 août 1912 à Jacmel. Il est mort le 7 décembre 1961.  Raphaël Berrou et  Pradel Pompilus ont écrit à la page 237 de Histoire de la littérature haïtienne, illustrée  par les textes, tome 3, paru en 1977, que Roussan Camille est mort victime de ses excès. Nous ajouterons qu’il faut forcément être dans un certain excès, qui va jusqu’à essayer d’absorber le monde, pour écrire Nedje ou Front haut et surtout que l’excès fait souvent du bien.

Roussan Camille a, comme Jacques Roumain, de 5 ans son aîné, comme Jacques Stephen Alexis, chacun à leur manière, cru au mélange des mondes, des regards, pour construire des villes, des hommes et des femmes qui pourraient, à force d’avoir glané partout de la beauté et de l’humanité, inventer le pays où la vie serait belle pour tous.

L’écriture est un métier des cinq sens. Roussan Camille a vu et il a touché, et on touche avec lui, on regarde avec lui, aujourd’hui encore. On  lui vole même un peu  de sa nostalgie mélangée à la fumée de ces bars et dancings desquels il est sorti chargé de mots et d’images.

 Quand les bras de Roussan Camille « … étreignent dans le noir des tailles impossibles », on l’accompagne dans ces villes qui s’appellent Casablanca, La Havane, on souffre avec lui aussi, comme lui, des inégalités du monde.

 Roussan Camille était journaliste, diplomate, grand témoin de son temps.  Il a, très tôt, épuisé son crédit de vie, en mettant les bouchées doubles, se jetant sur tout avec frénésie et enthousiasme.  Roussan Camille a reçu, en 1961, le prix Dumarsais Estimé pour l’ensemble de son œuvre et en 2004 le prix Deschamps pour l’ensemble de son œuvre également.

Evidemment, nous n’avons pas su pérenniser le prix Dumarsais Estimé; le prix Deschamps continue à se chercher.

Nedje est le poème le plus connu de Roussan Camille et l’un des plus connus et des plus beaux de toute la littérature haïtienne. C’est un texte d’une grande actualité comme nous avons déjà eu l’occasion de l’écrire dans les colonnes du Nouvelliste, qui enlève à la justice le monopole de la défense des mineurs abusés.

Le Nouvelliste vous propose aujourd’hui, pour rendre hommage au grand poète centenaire, le poème « Front haut » qu’il avait dédié à Jacques Stephen Alexis dont l’année 2012 ramène le 90e anniversaire de naissance.

 

Emmelie Prophète

 

 

Front haut

A Jacques Stehphen Alexis

 

Je traînai le carrosse de Caradeux.


Dans une savane


sans femmes,


tout près de La Havane,


moi l’enfant fou des rudes voluptés


je dansai seul la première rumba.


Mes bras


étreignaient dans le soir


des tailles impossibles


qui rythmaient leurs appels


aux cliquetis de mes chaînes.


Je semai des douleurs aux sillons du souvenir.

Portant mes espoirs


en étendard,


Bolivar
 vainquit les troupes espagnoles.


Je soutins le trône fragile


de l’empereur du Brésil


avec ces mêmes bras


dont Savannah


et Cuba


oublient le geste.

Mais la boue des champs de bataille

 


et les sillons


 

des plantations

 


sont gonflés de mes douleurs fécondes.

 


Au bout de l’avenir,


 

j’ai des étoiles à cueillir,


 Ah ! tremble, vieux monde magnifique et triste,


car voici le temps de ma récolte d’étoiles.

                                           Roussan Camille

Roussan Camille
Assaut à la nuit. Préface par René Piquion. Port-au-Prince: Imprimerie de l’État, 1940; Montréal: Mémoire d’encrier, 2003 (édition revue et corrigée); Port-au-Prince: Presses Nationales d’Haïti, 2005. « Soutiers négres », « Nedje » et « Heures inachevées ». Gerbe pour deux amis, par Roussan Camille, Jean F. Brierre et F. Morrisseau-Leroy. Port-au-Prince: Deschamps, 1945, 26p La multiple présence, derniers poèmes. Sherbrooke (Québec) / Port-au-Prince: Naaman/Caraïbes, 1978, 99 p. « Mensonge », « …Et je t’évoque encore », « Pleure sur mon tombeau » et « Maman ». Conjonction (Spécial Jacmel) 184-185-186 (1990): 133-136.
Credit: Le Nouvelliste

Splendeur d’un après-midi d’hommages à Joël Des Rosiers

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Le samedi 18 août en cours, au Centre N’A Rive de Montréal, organisme communautaire, dont l’intégration sociale est la mission, la 5e Journée du livre haïtien, en présence du consul d’Haïti, M. Justin Viard, a rendu un bel hommage à plusieurs écrivains, dont Gary Victor-invité d’honneur de l’événement et prix Casa de las Americas pour son dernier roman «Maudite éducation (éditions Mémoire d’encrier) ainsi qu’à deux doyens de la littérature haïtienne, le poète Raymond Chassagne a publié «Éloge du paladin» à la même maison d’édition et l’historienne Ghislaine Rey-Charlier. Après le bouquet d’hommages affectueux rendus par des membres de leur famille, les témoignages d’Anthony Phelps, Dany Laferrière, Marie-Célie Agnant  et Joujou Turenne, des lectures d’extraits d’œuvres leur étaient offertes dans une atmosphère chaleureuse en présence de la foule effervescente des grands jours. L’événement était animé par Maguy Métellus, journaliste culturelle et grande personnalité du monde de la  communication, avec sa générosité habituelle. Une vingtaine d’autres écrivains participaient à cet événement annuel, dont Stéphane Martelly pour son album de bande dessinée «La maman qui s’absentait», le jeune écrivain Makenzy Orcel dont le roman «Les Immortelles» (Mémoire d’encrier) est porté à la scène en France, Myrtelle Devilmé pour son premier roman bien accueilli «Détour par First Avenue» (Mémoire d’encrier), Robert Berrouet-Oriol, Marie-Soeurette Mathieu, Pierre St-Sauveur, Fred Doura, Sylvain Meunier, l’éditeur, écrivain et cinéaste Frantz Voltaire du CIDHICA et de plusieurs autres écrivains. L’après-midi s’est terminé par un happening festif en l’honneur du poète Joël Des Rosiers, récipiendaire du prestigieux prix du Québec – Athanase-David.

En lever de rideau, l’intervention de Danielle Altidor, doctorante et professeur de lettres au collège Vanier, a été un véritable « master class » sur l’œuvre du poète, tant il était évident qu’elle avait pris le temps de bien approfondir les livres. Justesse de ton, passion, enthousiasme. Elle nous rappelle que la poésie de Des Rosiers a une portée universelle par l’art de la citation en exergue, références subtiles à la prose poétique de Stéphane Mallarmé, au début et à la fin du recueil Gaïac (éditions Triptyque). Le poète a reçu le prix du Québec pour une œuvre qui plonge ses racines dans la Caraïbe mais aussi dans sa vie même , restituée sous forme de fragments, de mosaïques, de voyages, de tous ces lieux perdus et retrouvés qui sont autant de patries intimes. Les titres des livres en attestent comme d’une initiation : Savanes, Vétiver, Caïques, Gaïac, parfums volatiles d’huiles essentielles, empreintes indélébiles que laisse la douleur de l’origine. L’œuvre nous parle de mémoire, c’est-à-dire d’une adhésion au présent et non d’exil,  de modernité urbaine et non de nostalgie. Danielle Altidor souligne l’importance dans l’œuvre du respect pour les femmes, les tantes, les soeurs, les grands-mères, les filles. La thématique des femmes lettrées ne se montre nulle part mieux sensible que dans le dernier recueil.  L’évocation de la « jeune fille lettrée » est un leitmotiv dans Gaïac qui a touché la professeure de lettres, si fière d’être porteuse elle aussi, Québécoise d’origine haïtienne, de cette culture créole continentale et qui se réjouit d’introduire l’œuvre du poète dans ses cours aux étudiants québécois de toutes origines, mutants culturels interpellés eux aussi par un parcours qui ressemble au leur.

Après une invitation faite au poète le printemps dernier à participer à l’un de ses cours, elle a fait remarquer que les étudiants n’ont cessé de la presser de courriels pour exprimer leur admiration et dire combien la rencontre leur avait permis de découvrir un grand poète et une grande œuvre qui aide à éprouver la notion poétique du déracinement. Enfin, les figures mythologiques des Éthers (dieux personnifiant un ciel pur, L’harmonieux Éther dans ses vagues d’azur de Lamartine et substance volatile anesthésiante), de l’Égérie (nymphe, déesse romaine et plus communément une femme qui agit comme l’inspiratrice d’un homme de pouvoir, voire d’un écrivain ) et de l’Almée trahissent des circulations culturelles dans tous les sens, avides de l’érudition et du classicisme baroque qui caractérisent le métier de poète.

L’Almée, nul ne peut le deviner, de l’arabe âlmet (« savante »), désigne une femme indienne qui fait profession d’improviser des vers, de chanter et de danser dans les fêtes, en s’accompagnant de la flûte, des castagnettes ou des cymbales. Les «Almées» étaient choisies parmi les filles les plus belles, et recevaient une éducation soignée. Elles étaient souvent appelées chez les grands pour égayer les festins. Danielle Altidor a beaucoup insisté sur ces femmes à l’éducation soignée, incarnées dans l’œuvre du poète. Elle a su retrouver dans la dédicace de l’essai «Théories caraïbes», offerte à la grand-mère paternelle du poète Amante Malebranche, une formule qui résume le rapport du poète aux femmes, c’est l’expression beauté mythique. La doctorante a recherché les correspondances dans une œuvre, dont le premier recueil Métropolis Opéra avait été dédié,  lors de sa parution en 1987, au peintre afro-américain d’origine haïtienne Jean-Michel Basquiat. C’est dire, au regard de la destinée tragique du peintre, l’ombre portée par le poème Tombeau de Basquiat  sur la mort d’un génie qui disparaissait à l’âge de 27 ans comme Jimmy Hendrix. Elle a vulgarisé l’œuvre par de nombreuses citations sans la trahir. On sent la prof en elle. C’est bien légitime, car son souci est de faire partager avec candeur le tressaillement à la lecture d’un poème.

La rencontre comportait plusieurs portraits convergents de Joël Des Rosiers, lesquels portraits ont permis de constituer une sorte d’arc-en-ciel poétique, certains témoignages plus personnels étaient émouvants. Comment devient-on poète ? semblait se demander le poète Henry St-Fleur, notamment lorsqu’il a lu la lettre[1] d’Anthony Phelps saluant dès 1983, dans la revue Collectifs Paroles,l’arrivée sur la scène littéraire québécoise de la relève haïtienne : « Sans crainte de me tromper, j’avance que ces trois jeunes poètes (Des Rosiers, Oriol et St-Fleur) marqueront de leur empreinte cette littérature haïtienne du manque, celle qui se construit dans la privation de la terre natale.»

Cette mise en perspective, sous le sceau du manque, ne s’est pas révélée complètement juste. Pour cause. St-Fleur pleurait sur sa propre stérilité littéraire qui cherchait moins des lecteurs dans le grand public que la fidélité secrète à la poésie par d’autres arcanes. Quant à Joël Des Rosiers, à la différence de ses devanciers du groupe Haïti littéraire réfugiés au Québec, il faisait remarquer qu’il s’était joué du mot, déconstruit en un détournement ironique dans un manifeste littéraire en ex-île,  parce qu’il abhorrait le thème littéraire de l’exil dont il craignait d’être happé.

Michel Peterson, psychanalyste, a fait ressortir que, pour lui, Des Rosiers était un transfuge culturel, passant d’un « thalle » à l’autre avec aisance. Dans son travail avec les réfugiés, le psychanalyste soutient que le souvenir du trauma  (emprisonnement, oppression, viols, mutilations, tortures) pouvait être une ouverture sur une reconstruction de l’être et non le piège d’une conscience à jamais meurtrie. Lorsque Joël Des Rosiers avait été invité au printemps dernier au séminaire « Out of Place : Droit, Littérature  et Migration » à la faculté de droit de l’Université Mc Gill, rapporte Michel Peterson, il avait raconté sa propre expérience de passeur de clandestins et de sans-papiers en Alsace alors qu’il était étudiant en médecine. Pour Peterson, l’intérêt humain pour soulager la douleur d’autrui sollicite le poète qui est resté un penseur / panseur, un guérisseur. Il maintient la passe entre la médecine et la littérature, position de marginalité sécante qu’il applique avec bonheur dans son écriture, technique exemplifiée dans le poème suivant, un hommage à deux poètes médecins, extrait du recueil Vétiver : plût-il aux vivants / Lorand Gaspar mon double des Balkans / Combien d’éclats d’obus as-tu extraits de nos entrailles? / Ou bien encore Jean Métellus à la silhouette mandingue / aux aurores tu pavoises le devoir d’exil /mais il n’y a pas plus d’exil / il y a la trace presque effacée de l’ancien crime / les plus belles phrases depuis les évangiles couvertes d’asthme / l’éloquence créole s’éloigne des couloirs d’hôpitaux / où passe la procession des vieillards occidentaux / plût-il à vous veilleurs / de conduire la poésie hors du poème / rendue à la phrase prise au peuple / poésie / entée à la race de ceux qui saignent comme des saints.

Votre serviteur venait de clôre cette partie du programme réservée aux témoignages par une étude du recueil de correspondances «Lettres à l’Indigène», paru en 2010.  Après la poésie, ce livre a permis de découvrir le prosateur dans la lignée des  «Lettres à l’Étrangère»  de  St-John Perse. « Les lettres d’amour sont des objets d’absence », annonce dès les premières pages Joël Des Rosiers. Épopée de l’intime, ce récit épistolaire dont les lettres datées survivent entières dans la sensibilité se terminent chacune par des formules insolites en guise de chutes : « Je vous ensable… Je vous affole…Je vous immole … Je vous noue… Je vous oublie… ». Et c’est sans ajouter la moindre transposition à la sensation du jamais lu que ces lettres si pures sont composées dans une prose douloureusement accomplie. Sans doute, est-ce la singularité de  ce livre marquée par le discret ? prestige du vouvoiement, à la soudure de l’aveu et du secret. Le poète adresse de Montréal une suite de lettres à une femme rencontrée au hasard du Marché de la poésie, Place Saint-Sulpice à Paris. II la reconnaît aussitôt, l’Indigène de son œuvre, sans jamais l’avoir vue. Dans cette émancipation de la confidence, la prose s’élève à la hauteur du poème. Des Rosiers y affecte en héros impersonnel de porter seul, à voix haute, car les lettres de l’allocutaire ne sont pas publiées, la responsabilité d’un grand amour océanique, en forme de rédemption.

La forme esthétique de l’événement qui se voulait contemporaine, urbaine, rehaussée par la présence de la célèbre DJ Dee Jay Miss Di, la Franco-ivoirienne qui tourne de Londres à Paris pour Madona, l’ancienne égérie de Jean-Michel Basquiat, permettait à la poésie de se maintenir sur la crête. Avec quelle jubilation ai-je assisté à la projection de la vidéo du discours de réception du Prix du Québec, intitulé Gouverneur de l’hiver, qui permettait de jouir du caractère sacré du verbe? Enfin, la musique brésilienne, la samba jouée par un trio de musiciens inspirés tissait un réseau de correspondances entre la Caraïbe, Montréal et Bahia, ville où le poète s’est réfugié après le séisme du janvier 2010, pour écrire son dernier recueil Gaïac. La Samba da bençao (Samba de la bénédiction)  de Baden Powell et Vinicius de Moraës colorait  d’une chaleur plus encore conviviale que nostalgique l’estime due à un pur poète.

En guise d’hommage personnel, l’animatrice du happening l’Arabo-Guinéenne Amandine Ilolo offrit en cadeau un moment de délectation intime de ce qu’une femme peut flatter d’héroïque et d’humain chez un homme de lettres.

La voix lyrique de Nina Simone, comme débordant d’une conque étroite, possédait la vertu d’ensauvager toutes les passions.

L’assistance semblait aimer cette belle synthèse vivante, sobre et dépouillée faite de poésie, de témoignages et de musique, où il était difficile de ne pas se laisser emporter par tout le vibe, charme et élégance contenus, que l’animatrice, une Indigène racée, a su y insuffler. Saisissons l’occasion pour présenter nos félicitations au Centre N’A Rivé, car c’est la première fois depuis l’attribution du prix du Québec- Athanase -David à Joël Des Rosiers qu’une instance culturelle haïtienne lui rendait hommage. Je fus du nombre.

 

Arol Pinder Montréal, 19 août 2012

Dimanche 2 Septembre 2012 , Tonton Bicha à Léogane au Juventud Nught Club

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Dimanche 2 Septembre 2012 , Tonton Bicha à Léogane au Juventud Nught Club.