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Kanpèch pap ka mate l

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C’est la guerre froide entre le comité carnavalesque et les groupes musicaux depuis la sortie de la liste officielle des participants pour les jours gras. Subtilement ils échangent des propos sur un terrain pavé de malentendus. Certains des non-retenus digèrent mal le classement. D’autres ne savent sur quel pied danser ou la posture idéale à adopter pour gagner la sympathie des responsables. Dans la mêlée, Kanpèch, en dépit du succès de sa méringue « Nou pap ka mate l », se voit exclu des favoris. Mais quoi qu’il en soit, Frédo, porte-voix de la formation, ne fait pas de concession. Le chanteur revendique la reconnaissance légitime de sa méringue à travers une solide campagne médiatique, comme une poursuite en justice, pour réclamer son ticket de participation

Le carnaval a toujours été le moment favorable où les groupes musicaux rivalisent et déballent les sujets les plus osés de l’actualité pour apporter de folles ambiances. Musique, politique, polémique… presque toutes les stratégies sont mises en oeuvre pour tirer son épingle du jeu. Ainsi, depuis des lustres, le rasin exploite les dédales politiques sans fin comme cheval de Troie pour triompher au carnaval. Ressources naturelles inépuisables engendrées par les politiciens, se renouvelant régulièrement de scandales et des coups de théâtre intempestifs, à la faveur des compositeurs de méringues. Mais attention ! Aujourd`hui, le temps est révolu. Il semble déconseillé aux musiciens de puiser dans la politique s’ils souhaitent bénéficier des bonnes grâces des dirigeants, a fait comprendre Pierre Louis Frédéric, dit Frédo. « Espérer figurer sur la liste des participants pendant les jours gras recommanderait de se clouer le bec et de chanter en bon enfant que la vie est rose. Sinon vous n’avez aucune chance ! Le comité de doublure du carnaval manipulé par le président Martelly avait sa petite liste de privilégiés bien avant le coup d’envoi des festivités », tempête Frédo, lead vocal de Kanpèch. Fidèle au parcours carnavalesque depuis 1995, Kanpèch, quinze ans d’existence, a seulement manqué les deux derniers défilés organisés sous le gouvernement Martelly. Le groupe a longtemps été parmi les meilleurs de la tendance rasin. A présent la nostalgie des chars musicaux et des bains de foule ravive de beaux souvenirs dans la mémoire de ces musiciens. « C’est étonnant de voir comment Michel Martelly a beaucoup changé. Lui qui n’avait aucune retenue dans ses compositions musicales… Lui qui dénonçait tout, qui pointait du doigt qui il veut. Celui qui agissait comme un “bandi legal” refuse maintenant que les groupes musicaux jouissent normalement de la liberté d’expression », argumente Frédo. S’il est clair que ceux qui ont le sésame d’offrir des chars à volonté ne font pas de cadeau à ceux qui glissent des cailloux dans leur soulier, il n’en demeure pas moins qu’ils peuvent tout bonnement vous ouvrir les portes du parcours carnavalesque ou vous les fermer à double tour si vous êtes critique dans vos méringues. Comme radier une créance douteuse en comptabilité. Toutefois, le chanteur garde le front altier. Il n’entend pas implorer la faveur des décideurs. « Le comité fait la sourde oreille, alors qu’il sait que la méringue de Kanpèch est sans doute des plus populaires. On a respecté les consignes de participation et on fait partie aussi des ténors de la musique haïtienne. Par conséquent, il n’est pas question que je contacte qui que ce soit pour des supplications ou des compromis », explique Frédo avec dégoût. « C’est à tort que le gouvernement ignore l’essence même du carnaval. Seul période où l’on peut se permettre de dire à haute voix ce que les autres chuchotent. De se défouler tout en dénonçant les mauvaises pratiques qui gangrènent la société, puis apporter des messages de réconfort », poursuit-il. « M pap ka mate li », texte musical passant en revue les déboires et la résilience du peuple haïtien, aurait compromis les chances de Kanpèch à pouvoir performer les 10, 11 et 12 février prochains. Selon Pierre-Louis Frédo, « on va redoubler d’efforts pour continuer la course. On reste optimiste quant à notre participation au carnaval du Cap », ville natale de l’artiste. De l’avis de certains animateurs radios, le sort de Kanpèch était tiré d’avance. L’orientation de la méringue du groupe l’avait placé d’office dans la liste des disqualifiés. En attendant que les derniers pions soient joués, les fans de la tendance rasin guettent désespérément la présence de Kanpèch aux côtés de Koudjay cette année.
Dimitry Nader Orisma
Credit: Le Nouvelliste

Zatrap pap pran liy

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Très appréciée depuis sa sortie le 13 janvier dernier, « Pran liy », la méringue carnavalesque 2013 de Zatrap garde une place de choix dans tous les classements. Le jeune groupe, qui est à sa deuxième participation au carnaval, semble avoir trouvé la formule gagnante. Et jusqu’à présent les autres méringues n’ont eu qu’à prendre la ligne… derrière Zatrap, bien sûr !

« Après le séisme, on a constaté qu’il fallait toujours faire la queue pour obtenir un service, que ce soit à la banque ou dans n’importe quelle autre institution, ou encore pour recevoir les « aides ». C’est de là qu’est venue l’inspiration de notre méringue, explique Paskal, membre du groupe Zatrap. « Mais l’idée va encore plus loin, ajoute le jeune rappeur. Il ne s’agit pas seulement de se mettre en ligne. Le concept inclut aussi l’ordre, la discipline et le respect des principes. Peu importe ce que l’on fait, il faut respecter les principes établis pour réussir. Et ce, à tous les niveaux, que ce soit dans sa vie ou dans le cadre beaucoup plus large de l’administration publique. »
L’idée de « Pran liy » est donc vieille de trois ans ! A l’époque, les messieurs de Zatrap n’ont encore ni texte, ni beat. Ils s’y s’ont pourtant accrochés. Rentrés en studio tout de suite après la sortie de « Zatrapela », leur premier album, ils ont soumis à l’appréciation du public « Pran liy », une agréable méringue qui nourrit les attentes créées par « Marenn ak parenn ». Le texte, relativement engagé, résulte d’un atelier d’écriture réalisé au sein du groupe et dirigé par Paskal. « Mais les idées viennent de tout le monde, et le produit final porte les empreintes de chacun de nous », insiste ce dernier.
Bien que le texte de « Pran liy » soit très apprécié, on reproche toutefois aux musiciens de Zatrap d’avoir pratiquement utilisé le beat de la méringue 2012 du groupe. Paskal tente de défendre ses confrères : « Il ne s’agit pas d’un remaniement. En fait on a voulu rester fidèle à notre philosophie, ‘’Eksperyans granmoun marye ak jèvrin lajenès’’. Car il ne s’agit pas seulement d’inviter des seniors, comme Ti Coca, à participer sur nos musiques. Il est surtout question de mixer le rap avec d’autres rythmes traditionnels tels que le twoubadou, le rara et le rasin. C’est ce qu’on a fait sur « Kwaze le 8 », « Marenn ak parenn », puis sur « Pran liy ». On a donc gardé les mêmes instruments de base. Mais je peux vous assurer qu’il serait fort difficile de chanter « Marenn ak parenn » sur le beat de « Pran Liy ». Les gens n’arrivent peut-être pas à faire la différence facilement, mais celle-ci est bel et bien réelle. »
Pour ce qui est de la vidéo, les fans devront encore attendre. Voulant rester fidèles à la lignée instaurée par leurs précédentes vidéos, les poulains de Patrick Amazan disent avoir longuement réfléchi sur le concept de ce nouveau clip dont ils devraient commencer le tournage ce week-end.
Entre-temps, malgré le feedback très positif du public, les félicitations reçues de toutes parts et les spéculations de certains médias, Zatrap ne figure pas sur la liste des groupes qui prendront éventuellement part au défilé carnavalesque. Paskal, parlant encore au nom du groupe, dit ne ressentir aucun type de regret particulier vu l’impact de la méringue sur le public en général. « Notre message est passé, Notre principal objectif est par conséquent atteint. Toutefois, ‘’pè pa manje balèn’’, rappelle-t-il, souhaitant que leur travail soit finalement récompensé.
La liste dévoilant les groupes devant prendre part au défilé carnavalesque les 10, 11 et 12 février prochain n’ayant toujours pas de statut officiel, Zatrap espère encore en faire partie sans trop y croire pourtant. « C’est une expérience que nous sommes prêts à faire », plaide Paskal. « Je comprends qu’on ne nous fasse pas encore confiance, mais me faut-il rappeler que tous les actuels ténors ont bien dû faire leurs premiers pas eux aussi », ajoute le jeune rappeur qui dit aussi espérer que les décideurs sauront eux aussi prendre la ligne.
Outre sa belle méringue, le groupe Zatrap, on le rappelle, jouit encore des retombées de son premier album Zatrapela sorti à la fin de l’année 2012. Bien sûr, le nombre de disques vendus n’est pas particulièrement élevé. Mais certains des titres qui y figurent sont assez populaires. Il n’y a pas de doute, le nouveau style exploité par ces jeunes rappeurs a fait mouche.

Daphney Valsaint Malandre

Vwadèzil ap ba nou Dwadelòm

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”Dwadelom”, la méringue 2013 de Fresh La, un désormais incontournable du carnaval, est sur les ondes depuis le 13 janvier. On connaît le caractère social des textes de l’artiste et leur impact sur le peuple haïtien. Entre métaphores et autres jeux de mots le présent de tout un chacun dans la société est décrit, et des suggestions sont faites, le tout sur fond de raboday. Concernant le nouveau produit, les opinions divergent. Ticket partage avec vous quelques détails de Dwadelom sur lesquels Fresh La a bien voulu s’attarder.

Ayant considéré les avis de deux amis du show-business, Fresh La a décidé d’orienter sa meringue cette année vers la justice, cette justice si partiale en Haïti! « Notre pays souffre du total irrespect de la Constitution haïtienne. Depuis sa rédaction, presque tout le monde viole la loi-mère, par ignorance ou par mépris tout simplement. En tant qu’artiste, c’est mon devoir de soulever le problème et de véhiculer des messages positifs», nous dit le chanteur de Vwadezil, qui s’oppose à toute forme d’injustice. « Avec le sujet en tête, cela ne m’a pris que deux semaines pour préparer la meringue, texte et mélodie. Étant chrétien, je commence toujours à préparer le carnaval seulement après la Noël », nous précise Fresh La. Sur le beat préparé par Junior Coffy, celui dont les jeux de mots accrochent, a encore voulu dialoguer avec la société haïtienne en lançant des messages forts et bien imagés. Déjà en tournage, l’artiste promet la vidéo de ”Dwadelòm” pour le début de la semaine prochaine. Si beaucoup trouvent que Fresh La a encore fait du bon boulot, plusieurs ne se retrouvent pas encore dans le texte de ”Dwadelòm” et pensent déjà que l’artiste a déçu les attentes. Mais l’artiste défend son oeuvre et soutient qu’il a bien fait ce qu’il voulait faire : « J’ai voulu toucher toutes les catégories sociales avec ma meringue, et je pense y être arrivé. On s’attendait peut-être à ce que je répète des termes que j’ai utilisés l’année dernière, que je m’adresse crument et durement aux autorités, que je lance une polémique… Mais, non, je veux garder mon originalité et j’ai encore joué avec les mots. Écoutez de nouveau ”Dwadelòm” et vous verrez que j’ai tout dit, et ceci clairement!» La critique est aisée, mais l’art est difficile. De fait, Fresh La se plaint de ne pas trouver de challengers par rapport au travail qu’il dit faire avec sa musique au sein de la société haïtienne. « Pourquoi n’ai-je pas, dans le même style que j’ai adopté, d’autres textes qui me feraient concurrence ? Pourquoi à la période du carnaval, on sait d’avance que mon produit n’aura pas de challenger qui va dans le même ordre d’idée ? », se questionne le ”king du raboday”. Chanter pour signaler aux dirigeants et au peuple tout entier ce qu’ils ne remarquent pas ou ce qu’ils ont mal fait, mais non pour inciter à la violence et la discorde : voici l’idéologie de Vwadezil. Concernant sa présence dans la liste (non-officielle) des participants au parcours carnavalesque au Cap-Haïtien, Fresh La rassure les fans : il est prêt. « Quoique nous avons certaines appréhensions vis-à-vis du déroulement du carnaval au Cap, à cause notamment de la géographie de la ville, nous nous préparons à y mettre une ambiance du tonnerre, car les Capois aiment beaucoup Vwadezil ; et il ne faut surtout pas les décevoir », promet le chanteur. Si d’après certains sa performance au carnaval des Fleurs 2012 aurait pu être meilleure, Fresh La, satisfait tout de même, avance qu’il ne serait jamais dans cette liste si sa prestation avait réellement déplu. Bon gré, mal gré, Vwadezil nous a encore gratifié d’une appréciable meringue cette année. Plusieurs sites traitant exclusivement du carnaval 2013 confirment que ”Dwadelòm” est en tête de liste des meringues les plus écoutées. En attendant la vidéo et éventuellement la prestation au Cap-Haïtien, jouissons de plein droit de la nouvelle oeuvre de Fresh La !
Jean-Philippe Étienne etiennejeanphilippe23@gmail.com
Credit: Le Nouvelliste

Brothers Posse chante ALORAL

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Depuis sa première méringue en 1997, Brothers Posse ne fait qu’attirer l’affection des mélomanes. Le mélange de rythmes caribéens, d’opéra, de gospel et de dancehall a fait du groupe un ténor dans sa catégorie. Au fil des années, Brothers s’investit dans des rythmes engagés, le roots, le rock et le reggae. Dès lors, les sujets qui inspirent sa production musicale se calquent sur les conditions sociopolitiques du pays qui sont mises à nu par un groupe qui, cette année, veut que le premier signe de la prochaine révolution soit « ALORAL »

Diamond D, Don Kato, Boby Star, Izi 1, R-Bass et Tonton Bicha ont contribué à faire de Brothers Posse une référence dans le carnaval au fil des ans. De 1997 à nos jours, aucune méringue n’est passée inaperçue. Le groupe, au même titre que Chachou Boys et King Posse, pour ne citer que ceux-là, a commencé par combler cette soif de danser des carnavaliers jusqu’à s’ériger en vrai ténor du carnaval haïtien. Depuis un certain temps, les textes de Brothers Posse vont au-delà de la fantaisie ; le groupe se donne de nouvelles missions et utilise sa notoriété dans le carnaval pour partager ses opinions. « Nous n’utilisons pas le micro pour faire la cour aux femmes ou jouer aux stars, nous chantons pour rendre service à notre communauté. Nous apportons des messages clés, nous sommes la voix des sans-voix », lâche Don Kato, chanteur principal et band leader du groupe. Cette décision est prise depuis que le groupe s’est résolu à faire du roots, du rock et du reggae, au lieu de continuer dans le rap et le dancehall. « Le reggae, le rap et le roots sont des rythmes engagés qui expriment au mieux les frustrations des opprimés, les revendications des peuples. Lorsque nous avons compris que notre musique peut rendre service à la nation, nous avons assumé nos responsabilités et nous nous sommes donné comme mission d’évoluer dans ce sens », ajoute Kato. ALORAL « L’année dernière, raconte le chanteur, nous avons sorti ”Stayle”, pour dénoncer le comportement du président Martelly qui, selon l’avis de plus d’un, se vante à tout bout de champ. Malheureusement, le message a été compris dans un sens comique. C’est regrettable. Pour écrire la méringue de cette année, j’ai essayé une approche participative, et j’ai fait un sondage sur les réseaux sociaux. J’ai demandé à mes contacts de partager avec moi ce qu’ils ont observé cette année dans le pays. La majorité des réponses confirment que le gouvernement fait plus de promesses que de réalisations. Il fait tout à l’oral. Le gouvernement n’a pas atterri, et ”Aloral” cible ses points faibles. » Kato continue pour dire : « Je veux que les gens savent que je n’ai aucun problème personnel avec Michel Joseph Martelly. D’ailleurs, c’est un artiste avec lequel j’ai travaillé, ce n’est pas un ennemi. J’ai chanté ”Miray Jeriko” et ”Lang vipè” sous le gouvernement de Préval ; je suis un messager, je dois faire mon travail. Par ailleurs, je suis de gauche et le président Martelly de droite. Plusieurs citoyens, incluant moi, ont un problème avec un système ; étant donné que c’est Michel Joseph Martelly qui dirige le système en question, il est alors pointé du doigt. Le peuple a faim, il est malade ; les sirènes des officiels troublent la paix, créent du désordre ; les programmes du gouvernement restent au stade de promesses, de discours faits à l’oral. De plus, ce système humilie nos jeunes cadres ; par exemple, c’est par BlackBerry Messenger qu’ils apprennent qu’ils sont révoqués de leur poste. A quoi riment toutes ces taxes ? Où est cet Etat de droit dont on ne cesse de nous promettre ? Cette affaire d’école gratuite a toujours existé, ce sont des élèves des écoles communales qui n’ont jamais été enregistrés qu’on est en train d’utiliser pour justifier les résultats dudit programme. Voilà tout ce qui explique la meringue de cette année. Et aussi l’envie de vivre de la population. J’ai vu des gens à Saint-Marc fêter la Noël sans électricité et comme si de rien n’était ! Les Haïtiens sont un peuple formidable ! » Kato est conscient que la méringue ne fait pas l’unanimité auprès de la population, mais il se réjouit du fait que le message passe mieux que l’année dernière. Les approches positives de certaines personnes qui comprennent son travail sont nombreuses : « Yo di Kato refèl ankò !», dit-il. Un hommage à Kita Nago Dans ce mélange de rythmes de conscientisation et de texte qui donne ”Aloral ”, Kato en a profité pour soutenir le mouvement mené par Harry Nicolas dit Mèt Fèy Vèt, qui a symbolisé l’union nationale, de Les Irois à Ouanaminthe en passant par la capitale, avec son fameux ”bwa Kita Nago”. « Mèt Fèy Vèt s’est entretenu avec Bicha et moi pour présenter cette idée que nous avions jugée extraordinaire. Kita Nago est un symbole de fraternité, qui prouve qu’on peut faire un tas de chose si l’on s’unit. A travers la méringue, explique l’artiste, j’ai essayé de vendre ce mouvement, qui est un symbole national. Notre union fait notre force, voilà ce que résume Kita Nago concrètement. »  « Le Cap-Haïtien ne sera pas un défi. Nous serons chez nous, donc nous y sommes très attendus, nous allons comme d’habitude offrir notre animation. On va nous amuser. Pour le moment, nous cherchons une compagnie pour la sonorisation, mais sincèrement je souhaiterais que ce soit Fanfan. J’aime travailler avec lui. A l’heure actuelle, ”Manager Thomas” ainsi que les musiciens sont motivés ; Réginald Georges s’occupe de la réalisation du clip, qui sera prêt en milieu de semaine. Ti Michel fera vibrer avec son ”rara minui”, ce son qui vous pénètre la nuit alors que vous dormez. C’est tout cela que l’on offrira à ceux qui seront au Cap les 10, 11, 12 février prochains », conclut Antonio Cheramy dit Don Kato.
Plésius Junior LOUIS (JPL 109) junior.jpl007@yahoo.fr
Credit: Le Nouvelliste

Les pinceaux de Frankétienne

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Une visite chez cet homme de lettres, ce chanteur, cet enseignant, ce comédien, ce dramaturge, ce peintre – en un mot, ce grand artiste – permet de constater que l’art, non seulement réside chez Frank Étienne, mais est Frankétienne!

Après le séisme du 12 janvier 2010, Frank Étienne, dit Frankétienne, a changé radicalement le lieu qu’il appelle son « chez lui » pour le transformer en une véritable galerie d’art. Sur les piliers de béton qui soutiennent sa grande maison de Delmas 31, des têtes hurlent leur désespoir. Visages d’épouvante, ces portraits expriment le regard muet, la peur, les cris, les pleurs, la tragédie… « Il y a de ces portraits qui sont grimaçants, c’est pour expliquer les terreurs que vivent les gens », indique l’artiste en me faisant visiter sa maison-musée. L’épouvante et l’enfer des hommes, la crise internationale qui nous affecte, le tremblement de terre dévastateur, les pleurs… Il n’est pas question pour moi de peindre de gentilles et belles dames alors que la crise nous ronge tous ! » Le rêve de ce grand artiste serait qu’après sa mort, des personnes de partout puissent continuer à visiter ce lieu, afin de comprendre l’essence de son oeuvre. « J’aurais aimé que des gens continuent à visiter ma maison même après ma mort, pour qu’ils se rappellent surtout ce tremblement de terre qui a laissé à tous les Haïtiens de partout une tristesse noire », confie-t-il. « Que ce lieu soit comme un patrimoine culturel pour le pays car, de toute façon, je ne pourrai ni vendre ni partir avec ces murs. » Pour ceux qui connaissent le pinceau du peintre, ils diraient que ses oeuvres picturales ont adopté d’autres formats, passant de l’abstrait au portrait figuratif. Les merveilles de la vieillesse apportent d’autres aspirations et inspirations, remarque le peintre à l’approche de ses soixante-dix-sept ans. Pour les amateurs d’oeuvres picturales qui, d’un premier regard, poseront les yeux sur ces peintures, ce ne seront peut-être que des images reflétant un ensemble de dessins à la fois merveilleux et enfantins. Mais l’observateur éclairé y verra tout de suite le symbolisme profond. « Mes dernières oeuvres ressemblent à des portraits, alors que j’ai été connu comme un peintre abstrait, fait-il remarquer. A la fin de ma vie, je me rends compte de la physionomie et du visage des êtres humains qui sont des miroirs. Les yeux sont l’endroit où l’on peut tout retrouver, où l’on découvre l’essence profonde des êtres. Un visage dit tout ! ». Ces oeuvres picturales seront présentées ce jeudi 31 janvier à l’Organisation internationale de la francophonie.
Samanda Leroy
Credit: Le Nouvelliste

Le dieu des lampes et du silence

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C’est en présence d’un public avisé que la Fondation connaissance et liberté (FOKAL) a rendu, ce mardi 18 décembre 2012, un vibrant hommage à Magloire Saint-Aude. A l’occasion du 100e anniversaire de naissance du poète de “Dialogue de mes lampes”, qu’on surnomme “Le dieu des lampes”. Une conférence animée avec brio par Rodney Saint-Eloi et Michelle D. Pierre-Louis a mis en avant l’essentiel de la doctrine saintaudienne.

Né le 2 avril 1912 à Port-au-Prince, Magloire Saint-Aude compte parmi les rares poètes qui n’ont souscri à aucune idéologie. N’appartenant à aucune école poétique, il est l’homme de l’étrange pour certains et / ou l’homme du vide pour d’autres. Ceci n’étant pas en désaccord avec cela, il est considéré comme étant l’un de ces magiciens de mots dont la vie et l’écriture se recoupent, s’entremêlent ou se complètent dans une parfaite harmonie, laquelle laisse ébahis les mordus de la poésie autonome et libre. C’est un « être marginal, politiquement et idéologiquement irrécupérable ».

Sa poésie est un appel à la beauté de soi, une sorte de recherche d’altérité avec sa propre personne au détriment d’une morale  onctueuse, des convenances sociales et des tendances négrophiles qui, entre autres, constituent le motif de son absence dans l’anthologie publiée en 1948 à l’occasion du centenaire de la Révolution de 1848 par Léopold Sédar Senghor. Grand absent des grandes occasions, libre dans ses fulgurances et honnête dans ses dialogues avec lui-même, Magloire Saint-Aude, considéré par l’élite intellectuelle de son temps comme un révolté solitaire, aurait été l’un des plus grands poètes ayant zébré les lettres haïtiennes. Cependant sa quête permanente du silence, du vide et son désaccord avec les normes traditionnelles du discours poétique font de lui le poète de toutes les ruptures ; un poète qui fait peur.

Pour répéter l’écrivain Emmelie Prophète, «il était un poète sans autre cause que celle de la poésie elle-même. Une poésie qui, sitôt écrite, sitôt livrée, pouvait prétendre n’appartenir ni à son auteur, ni à un pays, ni à un temps ». Attention à ceux qui le listent parmi les  poètes surréalistes. Magloire-Saint-Aude esquisse une poésie hermétique, succinte et traversée par l’élan du silence, le vide et l’opacité qui irriguent son idéal éthique et esthétique . La souplesse de ses sonorités à la fois limpides et tonitruantes, les mots découpés avec une étonnante facilité, tout en lui est poésie et silence.

La musicalité de sa poésie est électrisante. Ses vers, avec cette puissance magnétique jusqu’ici non égalée, ont attisé la curiosité de plus d’un (dont André Breton, le pape du surréalisme), et font de lui une légende qui surfe au-delà du temps et de l’espace.

Extrait de Veillée (texte publié en 1956)

” La morte était couchée dans un lit étroit.

Noire et belle, elle semblait dormir, allégée, on

dirait, de la peine de vivre.

C’était au Bel-Air, la nuit, dans une ruelle

équivoque.

Dans la chambre mortuaire,

les assistants étaient comme écrasés sous le poids d’un lourd et mystérieux chagrin. Dans la  galerie, les voisins étaient assemblés, et c’était

un bavardage à mi-voix entre la mère de la

défunte et la baigneuse-de-cadavres. Celle-ci

fumait un mauvais cigare, en crachant. Elle

halenait l’ail.

On avait chuchoté que la trépassée n’avait pas

succombé à la maladie, et l’on assurait qu’elle

avait rendu le dernier soupir sans agonie.

Ce n’était pas, disait-on, une mort naturelle.

Comme, dans la galerie, on servait à boire, je

quittai la chambre de Thérèse (la mort

s’appelait Thérèse), et j’allai m’asseoir, sur

l’insistance de la madre, entre cette dernière et

la baigneuse-de-cadavres, qui me réclama,

aussitôt, avec autorité, du feu pour son cigare.

Je fis craquer une allumette, et, en approchant

la flamme près du visage de la baigneuse, je

remarquai qu’elle avait des yeux de hibou (ou de

sorcière), des dents aiguës de bête, des mains

horriblement calleuses. Nos regards, vifs

comme des éclairs, se croisèrent avant que je

fisse face à la serveuse qui me tendait un

thé-à-la-canelle. Je bus, puis une rasade de

clairin, et du café. Je secouai la cendre de ma

pipe, la bourrai, douillet, du merveilleux tabac

Splendid, à l’arrière-goût de chocolat.”

 

Dans la poétique saintaudienne, il est évident qu’on est face à une œuvre difficile et même impossible à repérer. Ni arrière-plan d’appartenance culturelle, ni sous-entendu ou présupposé clanique ou scolastique: C’est une poésie singulière qui vient de nulle part sinon du vide et du silence engendré par ses rasades de clairin. Un silence plutôt évocateur et éloquent dans lequel se dessine sa propre personne.

Ses recueils de poèmes: Dialogue de mes lampes, Tabou, Déchu, Dimanche, etc. valent la peine de les procurer. La célébration du centième anniversaire de naissance du poète se poursuit. Un film documentaire sera projeté ce mercredi 19 à la FOKAL à compter de 2h p.m. sur la vie de Magloire Saint-Aude et de quelques autres auteurs majeurs de la littérature et de l’histoire d’Haïti : Roussan Camille et Jean Fouchard, eux aussi centenaires cette année.

Lord Edwin Byron ebyronlord@gmail.com lordedwinb@yahoo.fr Twitter:@LordEdwinByron
Credit: le Nouvelliste

LA GIFLE

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René Ouari d’une main distraite poussa l’un des battants de la fenêtre pour mettre à la raison un rayon de soleil couchant qui agaçait ses yeux. Il revint prendre place dans son fauteuil. Un dossier fermé était posé sur le tabouret en face de lui.
-Que serait votre réaction, monsieur Victor, si un jour, dans la tranquillité de votre domicile, vous receviez une gifle. Une gifle si violente qui vous voyez comme on dit les sept couleurs de l’arc en ciel.
-Qui me donnerait cette gifle, chez moi, en plus ?
-Personne… Vous la recevez tout simplement.
-Il faut bien quelqu’un pour me donner une gifle.
-Disons une main, dit Ouari d’un air pensif.
-Une main a toujours un propriétaire, au propre et au figuré, j’ajoutai-je.
Ouari sourit.
-Vos propose me rappellent ceux de Bernard Sourbier. Toujours aussi sceptique que vous.
-J’aimerais bien savoir ce qui se cache derrière vos paroles absconses, Ouari.
Ouari prit le dossier, l’ouvrit et se mit à la feuilleter.
-La gifle. C’est ainsi qu’on a classé cette affaire ainsi soumise à nous un mercredi de février 2007 par une certaine Nonia, une dominicaine, ex prostituée, mariée depuis deux ans à un certain Denis, douanier de son état. Elle est venue nous voir sous la recommandation d’un ami policier à qui la SAD a rendu un service appréciable dans le temps.
-Pourquoi la gifle ? demandai-je.
-Cette femme prétendait recevoir chaque semaine, le même jour, à heure fixe, soit à six heures du soir exactement, une gifle, toujours sur la joue gauche. Une gifle violente qui, en plus de sa violence, la laissait dans un état d’hébétude pendant au moins une heure. Cela se produisait même quand elle se trouvait en public. Les gens non plus ne voyaient pas qui donnait la gifle. Ils entendaient un coup et Nonia, notre cliente titubait, perdait l’équilibre et s’affalait à moitié inconsciente.
Ahuri, je regardai Ouari.
-Vous n’allez pas prétendre, Ouari que cette gifle venait de nulle part.
-Je n’ai jamais dit que cette gifle venait de nulle part. Nonia ne voyait pas qui lui donnait la gifle. Ceux qui se trouvaient à ce moment à côté d’elle non plus.
-Elle pouvait imaginer recevoir une gifle. Vous l’avez dit vous-même pendant que vous me racontiez l’affaire Jingle Bell. Le subconscient est capable de prouesses étonnantes.
-C’est la première chose à laquelle nous avions pensé. Mais vous êtes maintenant suffisamment habitué aux procédés de la SAD pour savoir que nous procédons toujours scientifiquement. Nous avons tenu à vérifier le fait par nous-mêmes. Nous avons fait venir Nonia à la SAD un samedi après-midi. Il y avait trois témoins : Sourbier, Immacula et moi. L’expérience a été filmée par deux caméras. Nonia était assise sur une chaise à dossier haut. À six heures exactement nous avons entendu l’impact du plat d’une main sur la joue gauche de la jeune femme. Elle est partie à la renverse avec la chaise. Notre observation a été confirmée par les deux caméras. Le visage de la jeune femme n’était pas beau à voir.
-Que faites-vous alors ?
-  Les déclarations de la jeune femme ayant été vérifiées, il nous fallait maintenant trouver l’auteur de la gifle. Vous l’avez dit vous-même. Pour une gifle, il faut une main et une main a un propriétaire au propre et au figuré.
-Cela a dû être facile pour vous de faire cesser cette agression. Vous m’avez parlé de ces rituels qui font fuir ou écartent les esprits.
-Ces rituels existent certes, mais encore faut-il avoir une certaine idée de l’identité de l’esprit. Il faut savoir aussi s’il a un commanditaire. Je vous rappelle que dans le cas de Jingle Belle, le rituel n’avait pas fonctionné.
-Ouari, vous avez dit vous-même que tout ceci avait été créé par les esprits des protagonistes, la puissance de leur culpabilité.
-Vous avez raison, grogna Ouari. Bientôt, vous serez aussi expert que nous à la SAD. Avec Nonia, nous reprenons tout depuis le début. Quand avait-elle reçu la première gifle ? Quelqu’un de son entourage avait-il subi la même agression ? Avait-elle dans le passé connu la même mésaventure ? Quelqu’un de sa famille surtout dans sa lignée féminine avait-il ainsi giflé ? Elle avait reçu sa première gifle trois mois, jour pour jour après son mariage avec Denis.
-Vous pensez immédiatement à une vengeance passionnelle. Une autre femme qui veut se venger de la dame ?
Ouari feuilleta à nouveau le dossier.
-Si c’est une vengeance passionnelle, pour nous bien sûr cela ne peut être autre chose la tâche est rude. Nonia a travaillé pendant des années dans des bars avant de rencontrer un client Denis, qui tombe fou amoureux d’elle avant de l’épouser. C’est un rêve que caressent beaucoup de ces dames. Rencontrer l’homme qui les gardera malgré le métier qu’elles pratiquent. Et les rares femmes qui ont cette chance suscitent bien des jalousies.
-Mais tous ne se font pas ainsi gifler, lui fis-je remarquer.
-Nonia a beau chercher, elle n’a aucun soupçon. Le problème c’est que cette gifle ne signifie pas seulement de la jalousie. Il y a dans ce geste une haine implacable. Jamais assouvie. Une haine qui ronge l’auteur ou le commanditaire de l’acte. Je parle au masculin, mais, je ne sais pourquoi, dès le début, Bernard Sourbier et moi avons pensé à une femme.
-Vous avez bien sûr pensé à interroger le mari.
-On l’interroge. Et c’est ainsi qu’on va apprendre un fait curieux auquel il n’a pas voulu accorder de l’importance.
-Quoi ?
-Avant sa rencontre avec Nonia dans un bar de Pétion-Ville, il était fiancé à une certaine Milie. Je ne vous donnerai pas trop de détails sur le personnage. C’est une femme qui était connue comme quelqu’un de très religieux. Elle fréquentait assidument une église. Cela a été un tel choc pour elle d’être abandonné par Denis, qui va en plus épouser Nonia, une femme représentant pour Millie le symbole  de la dépravation, de la corruption, qu’elle va sombrer dans la folie. Elle est toujours enfermée dans un asile psychiatrique.
-Ce serait elle, l’auteur de la gifle ?
-Nous avons tenu à la voir. On n’a rien pu obtenir d’elle. Elle tenait des propos complètement incohérents concernant la grande prostituée de Babylone. À un moment de cet entretien impossible elle est même devenue violente et n’était-ce la présence d’un gardien, on aurait passé un mauvais quart d’heure.
-Denis son ex-fiancé était présent ? demandai-je.
-Non, dit Ouari. Quand on a voulu lui parler de son ex-fiancé, elle n’a eu aucune réaction. Elle a continué à débiter ces diatribes contre la grande prostituée de Babylone. On a cité aussi le nom de Nonia. Rien.
-Qu’avez-vous fait alors ?
-J’ai eu l’idée par la suite de demander au médecin principal si la malade n’avait pas un comportement curieux les samedis en fin de soirée. Pour Bernard Sourbier et moi, cela a été un choc.
-Je vous écoute avec attention, Ouari.
-Le samedi dès quatre heures de l’après-midi, la malade habituellement agitée se calmait brusquement. Elle tombait à genoux et se mettait à scander ces mots : Denis, veux-tu me prendre pour épouse ? Denis veux-tu me prendre pour épouse ? Cela continuait comme cela jusqu’à ce que six heures sonnent. Alors, elle se levait brusquement et une haine suprême peinte sur le visage, elle assénait une gifle à une personne invisible en hurlant : « Maudite ! » Puis elle se laissait tomber sur sa couche et s’endormait immédiatement pour se réveiller le lendemain matin.
-Ouari… Vous n’allez pas me faire croire que…
-Quelle explication d’autre, monsieur Victor ? Nous avons obtenu du médecin qu’on empêche cette malade d’effectuer son étrange rituel du samedi. Nonia n’a reçu aucune gifle. On a lâché la bride à Millie. Elle a recommencé son rituel. Les gifles ont repris.
-Comment cette histoire s’est terminée ?
-Contenir la folie de l’ex-fiancée de Denis n’était pas possible. Jusqu’à sa mort, elle gardera cette haine pour Nonia, cette ancienne prostituée qui lui  a ravi son homme. J’ai dû trouver une parade à cette puissante projection d’énergie mentale négative. Cela a fonctionné puisque jusqu’à ce jour, Nonia mène une vie normale avec son mari. L’énergie projetée par la folle n’atteint pas notre cliente, mais cela Millie ne le sais pas.
-Et cette Milie ?
-Chaque samedi, elle continue son effrayant rituel. Elle gifle sa rivale… Elle la gifle. Elle la giflera jusqu’à son dernier souffle.
-Votre protection tiendra ?
-Je l’espère, murmura Ouari. Je l’espère.

Par Gary Victor

Une vie en images

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Certains ont aimé la photographie adultes. Emeline Désert en a fait sa passion dès l’âge de 10 ans. De 1977 à nos jours, à travers le CEPEC, elle transmet son savoir-faire dans ce métier avec le même amour. Portrait d’une pionnière du huitième art.

Quand Emeline a 10 ans, la télévision n’existe pas encore dans sa ville natale. Pour voir un film, elle doit être sage toute une semaine ; c’est à cette seule condition que ses parents la laisseront aller en week-end avec ses frères et sœurs à la salle Saint-Louis, qui était alors un cinéma très prisé par les enfants de tous âges. Pendant que d’autres se rendaient à cette salle pour le plaisir d’être dans l’ambiance avec leurs amis, Emeline, elle, développait une véritable passion pour l’image, les couleurs et les nuances. A mesure que celles-ci défilaient devant ses yeux, elle apprenait à les apprécier et à les déchiffrer. Un véritable exercice de mémoire pour une enfant ne possédant aucune technique ni notion de photographie. La dureté de la tâche fera qu’elle s’y accrochera à l’obsession jusqu’à finalement parvenir à ses fins. Aujourd’hui, plus de trente-sept ans après ce rêve infantile, elle communique l’amour de l’image à des milliers de jeunes et moins jeunes.

Son parcours.

Emeline Désert est des Cayes. C’est là qu’elle est née et connaît une enfance heureuse. Ses parents étant croyants, elle grandit dans la foi catholique. «J’ai de très bons souvenirs des Cayes. Je me rappelle bien quand le dimanche était encore le jour de la prière et de la famille. Ce jour-là, il y avait toujours plein d’enfants chez nous ; cousins, nièces et amis, nous partions tous faire des randonnées avec les parents. Dommage que ces vieilles habitudes d’autrefois se soient perdues. »

Quittant son patelin pour Port-au-Prince, la gamine, devenue entretemps une jeune fille, continue ses études chez les Filles de la Sagesse à Saint Joseph, où elle choisira de faire partie de cette congrégation quelques années plus tard. « Une tranche de ma vie que je n’oublierai jamais », dit-elle. Par la suite, elle achève ses études secondaires chez les sœurs du Sacré-Cœur de Turgeau. De là, elle s’envole pour la France ; elle étudiera la philosophie à Paris et la photographie à Lyon. En quittant l’ancien continent pour la capitale haïtienne, la jeune diplômée revient au bercail, la tête pleine d’idées.

Elle enseigne la philosophie les sciences aux élèves de Philo chez les Filles de la Sagesse à l’école du Sacré-Cœur de Turgeau, son ancienne école, mais n’oublie pas son premier amour, la photographie. Pour elle, il n’y a qu’un pas entre les deux champs. Mais, à l’époque, la photographie ne pouvait être qu’un passe-temps, d’autant qu’aucune formation à proprement parler dans le domaine n’était possible en Haïti. Par-dessus tout, elle s’accrochera à son rêve d’enfance de capter l’âme des êtres et d’immortaliser des instants. Elle finira par quitter l’enseignement de la philosophie pour se tourner complètement vers cet art.

Depuis lors, c’est une histoire d’amour intemporelle entre l’image, les couleurs et elle. « Pour moi, la photographie, c’est de la communication et de l’art, une formation à part entière. Quand on est conscient de l’importance de celle-ci, on se rend compte qu’elle a écrit l’histoire. “J’irai jusqu’à dire que l’humanité a survécu par la photographie ; il n’y a qu’à considérer les avancées de la médecine grâce à la radiographie et les rayons X. Mais là encore…, une image figée dans une photo éveille la conscience. Une photo engage. Il ne saurait en être autrement. » Par ses propos, on devine que la photographe est une citoyenne responsable, quelqu’un qui s’engage et défend les causes  en lesquelles elle croit.

Humanisme

Enfant, Emeline aide sa mère quand celle-ci dispense des cours d’alphabétisation aux paysans de leur quartier qui ne savent ni lire ni écrire. Toute jeune, elle participe à des mouvements sociaux de groupes catholiques, part dans les coins reculés du pays pour mener des enquêtes visant à améliorer la vie des campagnards ; elle va camper avec des jeunes de son âge pour apprendre à vivre en groupe. « J’ai reçu, chez moi, une éducation pour servir. Je n’aurais pas pu passer ma vie à m’occuper de choses personnelles. Pendant longtemps, j’ai poursuivi avec l’alphabétisation des paysans partout dans l’arrière-pays, que ce soit à Jacmel ou à Saint-Louis du Nord. Mais à un moment, cela n’a plus suffi ; il fallait que je fasse davantage. » Et c’est ce qu’elle fera.

Cela fait maintenant vingt-cinq ans que madame Désert est une volontaire active du MUCI (Mouvement d’unité de la communauté par l’intégration), cette mutuelle qui existe depuis plus de trente ans, encourageant le volontariat et le vivre-ensemble. L’une des activités de prédilection de madame Désert, c’est bien la CSM (Cuisine de solidarité Muci) dont la finalité est de lutter contre la faim en Haïti et de résoudre les problèmes d’insécurité alimentaire. C’est à la CSM que, tous les jours, une grande majorité de jeunes viennent assouvir leur faim pour la modique somme de cinquante gourdes. Une cause à laquelle elle se voue entièrement. Ce besoin d’aller vers l’autre se fera sentir jusque dans son culte de l’image qu’elle partage autour d’elle et communique à tous ceux qui fréquente le Centre d’études photographiques et cinématographiques.

L’aventure  CEPEC commence quand, en 1977, un groupe d’étudiants de la Faculté des sciences humaines s’intéresse à la photographie. C’est l’époque des Edouard Peloux, des Dominique Simon avec TekniCouleurs ; Emeline Désert est alors pratiquement la seule femme à avoir fait de la photographie et à vouloir l’enseigner. Mais elle est bien acceptée dans cet univers et se crée une place. Ces étudiants de la FASCH lui demandent alors d’organiser un séminaire ; ce qu’elle accepte. De séminaire, elle est passée à des cours, et le groupe a grandi. Avocats, journalistes, ingénieurs, agronomes, médecins… ils lui arrivent de toutes les disciplines. Ainsi, le CEPEC nait en janvier 1977.

Ses exploits

Très tôt dans sa carrière de photographe et d’enseignante dans ce domaine, Emeline présente la photographie non pas comme un simple passe-temps, mais un moyen de communication puissant, une méthode d’éducation, d’identification, de création artistique qui a ses règles et ses techniques qu’il faut maîtriser. C’est une science géante. «Toute la nature passe dans la photographie. On y retrouve la physique, la chimie, l’optique, l’électronique, tout ça à la fois. Parce que la photo argentique, avant d’évoluer, était un ensemble de cristaux de bromure ou de chlorure d’argent couchés sur de la gélatine, elle-même faite à partir de débris d’os.» Consciente du fait qu’à cette époque les salles de classe, les calendriers, les livres scolaires du pays étaient décorés et illustrés par des photos venant de l’étranger, Emeline s’engage à réagir. Ces étudiants apprennent qu’un photographe a une conscience aiguë de l’importance de son travail, et que pérenniser des instants uniques dépend de lui. Elle oriente ceux-ci vers la pratique photographique du réel haïtien. Ils ont visité au moins une soixantaine de régions du pays : la citadelle, la Grande-Rivière-du-Nord, l’île de La Gonâve, de la Tortue, les Cayes, Jérémie, Anse d’Hainault, Saint-Marc, Gonaïves, Kenscoff, Léogâne, Petit-Goâve, Miragoâne, Petite-Rivière de l’Artibonite et autres. «Connaître  le pays par l’image, le découvrir dans sa beauté, ses contradictions et ses lacunes, c’est l’engagement de la photographe et de la professeure de photographie que je suis. » Des générations entières écouteront ce discours et sortiront grandies du CEPEC. Parmi elles, la plupart des grands noms que l’on cite aujourd’hui : Ralph Millet, Réginald Georges, Rudolph Dérose, quelques-uns de l’équipe d’Ayitifoto, Ronald Laforêt. Certains de ces anciens élèves, dont Dérose, Mélissa Exumé et Wilson Laleau forment le staff qui travaille avec elle aujourd’hui à former de nouveaux professionnels de l’image.

Bien entendu, l’école n’a pas connu que des jours heureux. « Les principales difficultés étaient de faire venir du matériel de l’étranger pour les séances pratiques. Je devais tout acheter moi-même pour louer après aux étudiants. Parfois, c’était très coûteux parce que certains appareils sont des objets de luxe. Sinon, je n’ai pas à me plaindre de cette expérience.»

Aujourd’hui, le CEPEC est une référence. Ceux qui en sont sortis et se sont perfectionnés à l’étranger témoignent du standard de la formation. Emeline est bien trop consciente du monde autour d’elle pour rester dans l’archaïsme. « Le monde va trop vite pour rester dans l’argentique. L’univers de l’audio-visuel permet au monde de communiquer au moment même où l’événement se passe. Il n’y a que le numérique pour faire ce travail. » A la fin des dix mois que dure le cycle d’études, le CEPEC délivre un certificat à ses étudiants.

Emeline Désert, philosophe, photographe, citoyenne engagée et enseignante est avant tout femme ; une femme célibataire. Ni mari ni enfant, elle est au service d’autrui. Un sacrifice ?  Un choix assumé ? Elle répond : « Il n’y a rien à redire sur le fait que je suis seule. C’est ce que je suis. » Emeline n’a pas besoin qu’on la plaigne, mais plutôt qu’on s’engage comme elle. Donner et se donner, voilà son leitmotiv. Aujourd’hui encore, elle reste quelqu’un de très ouverte, prête à partager son art. Et pour avoir passé son temps entre le noir et  blanc, les nuances et les couleurs, elle a une longueur d’avance sur la vie : elle peut changer l’image. Et l’image, c’est autrui.

Péguy F. C. Pierre peguyfcpierre@gmail.com
Credit: le Nouvelliste

«Noël dans le monde entier» (Jamie Cartright : Mezzo soprano; Micheline Dalencour: piano)

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Une enceinte sacrée pour un concert de musique sacrée ! On ne pouvait rêver d’un meilleur cadre que celui du «Quisqueya Chapel» à Delmas 75, rue Catalpa, pour un tel évènement.

Devant un public pas très nombreux mais averti et recueilli, la mezzo-soprano Jamie Cartright, accompagnée par la pianiste Micheline Dalencour, a donné son concert de Noël à base d’extraits, d’arias d’oratorios de la nativité et de cantiques du monde entier, en plusieurs langues. De l’inédit et du connu.

Le programme, constitué de plus de dix-sept (17) pièces était divisé en trois parties, élégamment présentées et résumées dans un préambule à chaque fois, en anglais par une jeune fille, et en français par le pasteur James Cartright, père de la chanteuse.

La première section consistait en : trois arias tirés du «Messiah», «O thou that Tellest Good Tidings to Zion» «Il paîtra son troupeau/Venez à lui»; «Lulazje jezunu» cantique favori des Polonais, une berceuse comparant Jésus au soleil; «The Kinderlein Kommet», chant de Noël allemand; «The rocking carol», berceuse traditionnelle de la République tchèque ; «Midnight sleeping Bethléem» en provenance de Chine (1936) et très typique de ce pays par sa courbe mélodique, sa texture et ses intervalles ; enfin le très populaire «Adeste Fideles» repris par l’assistance.

La seconde partie nous enchanta par ses révélations de:   «A la yon ti pitit sa a» de Padidjo (Joseph Augustin), un très beau Noël créole, bien de chez nous, tout joyeux, tout candide et en majeur ; «Nana» de «siete canciones populares» de Manuel de Falla et «El niño Jesus», chant portoricain, deux airs où Jamie Cartright nous étonna par ses affinités manifestes avec l’espagnol.

Nous avons découvert, donc écouté pour la première fois, «Esurientes» (Magnificat de Jean-Sébastien Bach), pièce difficile, où la chanteuse n’a pas trop convaincu. Peut-être faudrait-il une seconde audition pour mieux l’apprécier. L’impression n’est donc pas figée. L’incontournable «Silent Night» chantée en trois langues conclut cette section.

La dernière partie de ce solide programme honorait la France, ses compositeurs savants, populaires ou anonymes. D’entrée de jeu, nous avons été transporté par le saint mystère de la nativité dans «Expectavit», extrait d’un oratorio de Noël de Camille Saint-Saëns. Pièce forte, qui nous a plu par les commentaires du piano à chaque «expectat…» de la cantatrice ; courtes mais remarquables réponses. La partition, la mélodie est puissante, et honorent le grand talent de Saint-Saëns. Quelle griffe!

«Patapan, Guillaume, prends ton tambourin», chant traditionnel de Bourgogne attribué à Bernard de la Monnaye (1664-1728); «un flambeau Jeannette, Isabella» air provençal; «Il est né le divin enfant» ont illustré le génie populaire français. C’est avec le «Minuit Chrétiens», texte de Cappeau, mis en musique par le compositeur Adolph Adam, cantique de Noël ayant fait le tour du monde, que s’est achevée cette troisième partie et qu’a pris fin le récital.

Jamie Cartright a beaucoup progressé depuis ses débuts. Il y a, à présent, chez la chanteuse une remarquable gestion du souffle, de la respiration. La cantatrice nous enchante toujours par l’usage d’une gestuelle minimaliste, illustrant ses morceaux, décontractant la performance. Jamie Cartright a du goût, des ambitions; ses choix sont très avisés, même si le rendu n’est pas toujours égal ou frappant comme dans «Esurientes». Léger trémolo dans les attaques; quelques «ports-de-voix», émotionnels, excusables (c’est un être de chair et de sang ; c’est un être humain, pas un robot ou un ordinateur… et c’est tant mieux !).

On ne peut souhaiter qu’une bonne continuation à Jamie Cartright; on s’attend à de nouvelles prestations. C’est l’habitude de la scène, la confrontation, ou mieux, le contact avec le public qui conduit à la maîtrise. Vive l’habitude !

N.B : Jamie Cartright nous a surpris en espagnol ; c’est une voie à explorer.

Roland Léonard

Quête de pierres tendres sur la route de Jacmel

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A Jacmel, les éboulements engendrés par les travaux de réfection de la route au niveau de morne Karaté ont ralenti, cette semaine, la circulation des véhicules. D’énormes roches se détachent des pentes à pic pour rouler au fond des précipices. Pelleteuses, bulldozers aménagent la voie publique sur le bord de laquelle s’amoncellent des tas de pierres. Profitant de l’abondance de cette matière première, Anous, Jean et Phénol s’installent sur des tas de pierres blanches qui donnent la sensation de froid au toucher.

Anous vient de Carrefour. Informé par un ami, il s’installe depuis le début de la semaine au bord de la route. Il a l’air d’un casseur de pierre. Quand on s’approche de plus près, on se rend compte qu’il façonne le matériau ; qu’il lui donne une expression qui n’est pas l’apanage des ouvriers courbés au bord des chemins s’adonnant à casser des cailloux en vrac.

D’habitude, Anous se procure ces pierres assez dures au bord des rivières et des mines. Il les préfère aux autres parce qu’elles sont malléables et se taillent facilement. Depuis douze ans environ, cet artisan qui s’est essayé à l’ébénisterie et à la confection de vêtements parcourt Léogâne et Jacmel à la recherche de roches pour fabriquer des objets d’art. « J’ai pu tailler plusieurs pierres depuis ce matin. Je pourrai les achever à la maison. Ce qui est important pour moi, c’est que j’ai pu amasser des sacs de pierres. J’ai des matériaux pour travailler pendant des mois », se félicite Anous tout en continuant à taper précautionneusement sur l’objet qu’il cisèle.

S’investir dans la pierre

Jean et son ami Phénol, originaires de Léogâne, – commune  où s’est installé Ronald Laratte, l’une des références en matière de sculpture – se sont investis dans la pierre pour donner une nouvelle direction à leur vie. Depuis qu’ils ont appris à ciseler ces surfaces ondulées soulignées parfois de veines de différentes couleurs qui brillent au soleil, ils ont remisé houe et machette pour se consacrer à cette activité.

Avec des ciseaux, des limes et des marteaux en bois de fabrication artisanale, les hommes en quête de pierres tendres sur la route de la métropole du Sud-Est travaillent délicatement les objets qui prennent forme artistiquement. Remarquons que ces artisans juchés sur des tas de pierres n’ont pas de masque pour protéger leurs yeux des éclats provoqués par les coups de ciseaux. Ils s’adonnent à leurs activités quelles que soient les circonstances. Penchés sur les pierres qu’ils modèlent, ils en tirent une sonorité musicale. La sonorité de la pierre se couvre du vacarme des pelleteuses et des bulldozers qui font trembler la montagne.

Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
Credit Le Nouvelliste