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La honte plus jamais dans le camp des victimes .

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Par Matouchca Démézier  

 

Il n’est jamais facile de parler de ce qu’on a vécu, trop humiliant de raconter certaines choses qui bloquent et qui rongent à l’intérieur, trop dur de revivre ce que de toutes ses forces on voudrait oublier. Comment raconter ce qu’on aimerait avoir, le pouvoir de remonter le temps et de tout effacer ? Comment vaincre sa honte, sa souffrance, sa peur, le qu’en dira-t-on, le pourquoi c’est moi ? Le c’est peut-être ma faute ? Pour oser se rebeller, se blinder contre le machiste d’une société qui vous juge en coupable, vous pointe du doigt, et trouver le courage de parler, de dire ce qu’on a vécu ? Ce courage, j’en connais qui l’on eut, qui ont été capable de dénoncer leurs agresseurs et garder la tête haute en dépit de ceux qui se sont érigés en juges de moralité.

Le 6 juillet 2005 un décret publié dans Le Moniteur du 11 août 2005, modifiant le régime des agressions sexuelles et éliminant en la matière les discriminations contre les femmes dans le Code Pénal a marqué un tournant dans le système pénal Haïtien. Pourtant, au regard de l’évolution des choses, on en viendrait à croire que cette avancé n’aura pas servi a changé grand-chose de la vision machiste qu’a notre société sur le sujet. En témoigne ce scandale qui secoue le pays depuis plusieurs semaines et tient en haleine, à la manière d’un feuilleton télévisé, la majeure partie des citoyens qui chaque jour attend un rebondissement dans le prochain épisode du jeu à la recherche de la vérité.  

 

Je ne vais pas m’étendre sur un sujet qui d’un camp à l’autre est rempli de zone d’ombre, de maquillage pour arriver à ses fins et prouver que l’autre a menti. Car, cela ne m’avancerait en rien. Mais, je veux profiter de ce que ce sujet soit d’actualité pour encourager ceux qui se taisent à parler.

 

Le viol par définition est  un « rapport sexuel imposé à quelqu’un par la violence, obtenu par la contrainte, qui constitue pénalement un crime »,  il s’agit d’un acte sexuel non consenti, que ce soit au sein d’un couple ou autre. Pourtant, en dépit de tout ce qu’il y a eu d’avancer juridique pour contrecarrer cette agression sexuelle, on en est encore au point où peu de personnes agressées sexuellement se décident à parler et à demander de l’aide. Parce que, notre société n’est pas des plus enclines à croire qu’une personne qui se dit violée soit la victime et non l’inverse. Car, à la minute où cette personne brave la honte, la peur, l’humiliation, pour oser dénoncer son agresseur, comme des vautours la société lui tombe dessus : Elle l’a bien cherché, que faisait elle là ? Elle est une dévergondée, cela n’arrive pas aux filles de bien, c’était son partenaire comment peut-il y avoir viol… D’où le silence de ces personnes qui n’osent pas dénoncer, que dis-je, qui préfère essayer de ne plus y penser et chercher à tenter d’oublier et à se guérir toute seule par peur d’être mise au banc de la société.

 

Au cours des semaines ou le scandale a éclaté j’ai entendu plein de réaction, mais j’ai été sidérée d’entendre à la radio un ancien commissaire du gouvernement dire qu’il lui arrivait de classer des dossiers de viol sans suite à partir de certaines questions, entres autres : L’avez-vous griffé ? Mordu ? Avez-vous à un moment ou à un autre crier ? As-tu à un moment quelconque ressenti du plaisir ? Si la prétendue victimes répond “NON” à ces questions et “OUI” à la dernière,  il n’y a pas matière à poursuite. AFFAIRE CLASSEE ! Dommage, je ne pouvais pas questionner ce fameux ancien commissaire du gouvernement, car, je lui aurais demandé ce qu’il fait de la peur qui quand elle est assez forte devient paralysante. Et, quand on est paralysé par la peur on ne peut que subir passivement l’acte ignoble dont on est l’objet.

En dépit de tout cet à priori, certaines personnes ont eu le courage de casser les tabous et de parler, de demander justice et réparation. Dans une société machiste comme la nôtre la victoire n’est pas un acquis facile, mais elles ont compris que se taire n’est pas la meilleure option et qu’en faisant cela elle protège un dangereux maniaque qui à n’importe quel moment peut recommencer. Aussi, quelles que soient les circonstances de l’agression, dites-vous que vous n’êtes pas coupable de ce qui est arrivé. Vous n’avez pas en avoir honte. Autant que possible ne restez pas seule, ne refouler pas tout à l’intérieur, ne protéger pas ces détraqués par votre silence, chercher de l’aide: appeler la police, consulter un médecin, conserver vos vêtements s’ils sont déchirés, garder tout ce qui pourrait constituer une preuve, s’il y a une poursuite judiciaire, et qui contribuerait à la condamnation de l’agresseur afin que justice soit rendu. Ne perd jamais de vu que votre révolte soit légitime : LA HONTE PLUS JAMAIS DANS LE CAMP DES VICTIMES.    

   Matouchca Démézier

Une lumière s’est éteinte.

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Deux ans depuis que le palais national, majestueux édifice, est à terre. Trois années après le séisme, il a complètement été effacé. Vide est la place qui a été le siège de toutes les bêtises démocratiques, autant que des heures de triomphe marquant au fer les mémoires. Balayé et emporté le palais. De ce patrimoine qui rendait son peuple si fier, il ne reste plus rien. Nulle part où accrocher une guirlande, une ampoule, encore moins où camper le beau sapin. La frénésie de Noël, sa magie ne trouvent qu’un tombeau. Pourtant, les ruines nous avait habitués à leur forme grotesque pareille à un échafaud chancelant, se soutenant pierre après pierre, refusant de céder à l’oubli ni à l’usure du temps.

Hélas, on s’en souvient encore, du haut de certains toits, les regards portaient sur le centre-ville. Une lumière parmi d’autres brillait d’un feu si scintillant que, à plusieurs mètres, ses éclats forçaient l’admiration. Un frisson parcourait alors l’échine, quand le vent froid de décembre agressait la peau. On n’en avait cure, car cet étincellement dans la nuit de l’amour à Port-au-Prince réchauffait le cœur, réchauffait les âmes.

Cette lumière, elle n’est plus. On a espéré la voir illuminer le palais, pendant ces trois années. Il se serait alors relevé de sa chute pour accueillir une énième fois la fête de la Nativité, les bons vœux augurant d’une meilleure année ; recueillir entre ses murs et ses clôtures le retentissement des rires innocents d’enfants, mêlés au sourire de la trêve des guerres, déclarées ou larvées, entre adultes. Le voir debout dans sa superbe, s’enorgueillir de l’enthousiasme des fils de la terre qui l’a vu s’ériger. On a espéré. Mais on savait. Et c’est arrivé.

Une lumière s’est éteinte. Elle s’en est allée, emportant avec elle un espoir étouffé, une chimère qu’il ne faudra plus nourrir. Elle gardera son merveilleux et laissera des souvenirs. D’autres en prendront la place. Mais elle ne sera plus.

Péguy F. C. Pierre peguyfcpierre@gmail.com
Credit: le Nouvelliste

Le Festival de l’Amitié à Jacmel, une première édition réussie.

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Jacmel, ville attrayante et destination touristique depuis plus d’une trentaine d’années, a été le théâtre de plusieurs manifestations culturelles du jeudi 6 au dimanche 9 décembre 2012, dans le cadre du Festival de l’Amitié qui a réuni artisans, artistes, chorégraphes, peintres, sculpteurs… dans ladite ville pour célébrer la créativité haïtienne et ainsi mettre en valeur les talents des artistes. Récit d’un week-end festif magique qui a rassemblé des milliers de Jacméliens.

Cette grande démonstration multi-artistique, proposée par la Fondation MWÈM en partenariat avec Fastforward et soutenue par  le Programme Arcades, a ceci d’original qu’elle a  rassemblé des professionnels de l’art –haïtiens ou étrangers- évoluant tant en Haïti que dans la diaspora. Dans un souci de professionnalisation des métiers de l’art, des ateliers de recyclage  en « K-woochoo », de souffle de verre et de danse contemporaine ont été respectivement animés par Gary Pierre Charles, Stéphanie Pereira (avec la participation de  Gérald Collard)  et Jenny Mézile, chorégraphe d’origine haïtienne vivant actuellement en Côte d’Ivoire. Outre l’aspect de transmission et de partage de connaissances techniques, des spectacles de danse, des  concerts de musique et des projections de films ont eu lieu à l’Alliance française (partenaire du festival), à la Fondation Voie Lactée et sur la grande place Toussaint Louverture.

Micheline Laudun Denis, légende haïtienne de la musique classique, a rendu un hommage à  Célie Lamour, Jacmélienne et virtuose du piano,  le jeudi 6 décembre 2012 à l’hôtel Florita, rue du Commerce. En début de cette première journée de festivités, une exposition d’œuvres  des tenants de l’art actuel  -Ronald Mevs et Killy- a eu lieu à la galerie d’art Nader. Amoureux des métiers d’art, savant artisan, multidisciplinaire, Ronald Mevs, installé à Jacmel depuis plus de vingt ans, travaille le métal, l’acier, la pierre et fait de la gravure et donne son appui aux jeunes artisans de la ville de Jacmel. Ses créations,  intemporelles, prétend-il,  puisque qu’elles n’ont pas la conscience d’une époque, d’une civilisation ou d’un peuple, donnent à voir la contraction harmonieuse et la beauté du monde. Elles témoignent sa gratitude envers la nature qui lui fournit les matériaux nécessaires pour réaliser ses œuvres dans une dynamique de recherches, d’expérimentation et de dépassement du déjà fait.

Pour Killy, l’art, non statique, cru, doit évoluer et faire appel à d’autres méthodes  techniques et considérations esthétiques. Ses paillettes collées sur les murs de la galerie traduisent la douleur de cette femme, rongée par la misère et qui pleure. « C’est ça l’art, traduire des sentiments et mettre à nu nos émotions », avance-t-il. Après cette expo de l’art actuel haïtien, un show de jongleurs du collectif Cirque Kreyol de Port-au-Prince a été proposé, devant des centaines de festivaliers  rassemblés devant l’hôtel avant de s’engouffrer au resto  Florita pour se laisser emballer par la bonne musique.

Il est 7 h 10 p.m. Micheline Laudun Denis, élégante et heureuse de partager sa scène avec la chorégraphe Jenny Mézile et la rappeuse populaire Princess Eud, a déclaré: « Être ici ce soir est pour moi un motif de grande fierté. Rendre hommage à Célie Lamour, musicienne, poétesse, témoigne de ma gratitude envers elle. Ce programme musical conçu en son honneur contient certains morceaux de Jean S. Bach et de Frédéric Champlain, auteurs de prédilection de Célie Lamour ». Micheline Laudun Denis, ce petit bout de femme, continue encore d’étonner le monde. Calme derrière son piano, elle interprète des morceaux connus du répertoire des auteurs classiques susmentionnés, -sur un slam de la rappeuse Eud-,  avec la complicité de la chorégraphe Jenny Mézile chez qui volupté et sensualité se confondent.   Luck Mervil, interprétant son titre à succès « Ti Mari » avec Princess Eud, a mis le feu dans le cœur d’une foule en délire et débordante de joie.  Un moment haletant, excitant !  Le grand public, composé de Jacméliens et d’étrangers,  avait déjà pu apprécier le vendredi 7 novembre la chorégraphie présentée par Jenny Mézile sur la place Toussaint Louverture et la performance exceptionnelle  de l’artiste franco-haïtien Carlton Rara au Florita.

Une foire des métiers d’art a eu lieu les samedi 8 et dimanche 9 décembre au profit des enfants en situation économique difficile  à l’ACFFC (Art Creation Foundation For Children) créée en 2003 par Georges Metellus grâce à l’aide du Suisse  Juddy Hoffman (responsable de l’organisme Aide pour Artisans).

Selon Georges, directeur exécutif de l’ACFFC, le Festival de l’Amitié est une initiative louable et fait avancer l’économie de la ville. Mais sa plus grande fierté est de pouvoir aider des enfants qui mendient dans les rues et vivant en domesticité. « Ce qui me rend le plus fier, c’est le fait de nourrir 105 enfants et de prendre soin d’eux et de les encadrer dans ce qu’ils font, grâce aux fonds de la Fondation  et le festival a permis à ces jeunes enfants -âgés entre 5 et 20  ans-  de mettre en valeur  leurs créations », se réjouit-il lors d’un entretien accordé au Nouvelliste à l’hôtel Florita.

Pour Michou Joissaint, 17 ans, la plus grande satisfaction est non seulement le fait d’exposer ses œuvres, mais aussi que des étrangers aient pu apprécier et acheter nos produits. Une démonstration de soufflé de verre a eu lieu au Florita le samedi 8 par les artisans Turin Jocelyn et Jean Pierre Jules André. Pour ces participants aux ateliers de soufflé de verre animés par Gérald Collard et Stéphanie Pereira, « notre capacité de production a augmenté et on peut s’estimer être des artisans de grand calibre pouvant réaliser de grandes choses ».

Ce beau festival, dirigé et coordonné par une équipe de professionnels de l’audiovisuel de la Fondation MWEM  (initiatrice en Haïti de l’activité Sinema anba zetwal), a été clôturé par la projection de deux  poignants films documentaires (Woch nan soleil de Patricia Benoît et Dépòté réalisé par Rachelle Magloire et Chantal Regnault) et par deux  mégaconcerts de musique sur la place Toussaint Louverture où plusieurs artistes ont performé, tels Thurgot Théodat (qui a animé, dans le cadre du FA, des ateliers sur la musique jazz), Princess Eud, Dead Krazy, le groupe Hot Men et les 45 Soldiers (deux groupes populaires de la ville de Jacmel) et Jean Bernard Thomas qui, dans un accès de patriotisme, invitait  des milliers de Jacméliens à aimer leur pays.

Dans ce morceau titré « Gen Fanm » dédié spécialement à Laurence et à toute l’équipe de MWEM pour leur ténacité, leur courage dans l’aventure de FA, il rend hommage à la femme haïtienne qui est, selon lui, « un être très important » et qui mérite d’être honoré. Le Festival de l’Amitié a connu un vrai succès pour une première édition, mis à part quelques petits problèmes techniques et logistiques.

Rosny Ladouceur rosnyladouceur@gmail.com
Credit: le Nouvelliste

Festival de la poésie à Jérémie

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Jérémie, la ville des poètes, accueille,du 8 au 14 octobre 2012, la deuxième édition du festival de la poésie. Le centre culturel Jean-François Brierre, organisateur de cette grande manifestation annuelle, veut placer cet événement sous le signe du tourisme local en vue de permettre à tout un chacun de goûter des instants inoubliables dans la Grand’Anse.

Toute une brochette de poètes, de romanciers et d’artistes ont pris rendez-vous à la Grand’Anse pour couler des instants de poésie. Plusieurs activités sont prévues dans le cadre de cette deuxième édition : lecture de textes poétiques, montage de textes, exposition des œuvres de poètes haïtiens et d’ouvrages d’auteurs publiés en 2012, conférences-débats sur la vie et l’œuvre des trois poètes centenaires : (Magloire Saint-Aude, Roussan Camille et Félix M. Leroy), ateliers d’écriture poétique, romanesque et théâtrale. Et puisque la poésie fait bon ménage avec la musique, les soirées seront soutenues musicalement par Wooly Saint-Louis Jean, Félix Jean Guillaume, Harry Juste et le populaire Wanito.

Pour une participation active des jeunes au cours de ces activités, un éventail d’ateliers : 10 ateliers d’écriture poétique pour 10 groupes de jeunes de dix communes de la Grand’Anse. Des ateliers d’écriture romanesque seront animés par Kettly Mars et Gary Victor. Un natif de Jérémie, Syto Cavé, dirigera un atelier de théâtre. Deux ateliers sur la peinture seront tenus respectivement par le Jacmélien Rénold Laurent et le Beaumontrois Mérès Wèche. (Ce dernier qui a peint, l’année dernière pour le festival, un portrait de Frankétienne cultive plusieurs talents : journaliste, écrivain, peintre, etc ). Les deux ateliers sur la musique reviendront à Wooly Saint-Louis Jean et Félix Jean Guillaume.

Quelques invités au festival

Voici la liste partielle des poètes et romanciers invités: Josaphat-Robert Large, Claude C. Pierre, Gary Victor, Mérès Wèche, Dominique Batraville, Syto Cavé, Christophe Philippe Charles, Amos Dugé, Jean-Claude Fignolé, Emmanuel Ménard, Henri-Robert Jolibois, Robert Edith Lataillade, Serge Picard, Fresnel Larosilière, Rénold Laurent, Maurice Léonce, Jean-Robert Léonidas, Billy Lundi, Kettly Mars, Emmelie Prophète, Allemagne Dorestant, Jimmy Saint-Louis,Clausel Midy, Mackenzie Orcel, Riquet Dorimain, Francisque Mayas. D’autres personnalités comme celles du circuit de la production et de la diffusion du livre, Anaïse Chavenet de Communications Plus, par exemple sont aussi invitées.

« L’immense succès qu’a connu ce festival l’année dernière et son impact nettement positif sur la production artistique et littéraire, tant au niveau régional qu’au niveau national, exigent la réédition d’un tel évènement », s’est félicité le président du Centre culturel Jean F. Brierre, Me Jean Guy-Marie Louis.

Pour rejouer la carte culturelle et touristique, comme l’année dernière, des guides du centre culturel vous feront visiter le fort Marfranc le jour de l’inauguration de la Bibliothèque de Marfranc . Ils vous amèneront en excursion à Dame-Marie sur les traces des treize de « Jeune Haïti ». Vous découvrirez les Abricots, le paradis des Indiens où l’écrivain Jean-Claude Fignolé fignole sa prose.

Au cours du festival de la poésie, un ensemble de manifestations rythmera la Grand’Anse : une foire du livre avec vingt-cinq  auteurs en signature, théâtre, musique, danse et exposition de peinture.

 « Le Festival national de la poésie – organisé en partenariat avec le Foyer Culturel de Jérémie, l’Alliance française de Jérémie, l’Ecole supérieure catholique de droit de Jérémie, le Centre Numa Drouin, la mairie de Jérémie, la mairie des Abricots, la mairie de Dame-Marie, la Bibliothèque nationale, Communication  Plus et l’Institut français en Haïti, – est conçu en vue de créer un lieu de rencontre où tous les poètes du pays peuvent poser ensemble les problèmes de la poésie, échanger leurs expériences et les partager avec les jeunes. Il permettra aussi de maintenir Jérémie sur la carte culturelle d’Haïti et de perpétuer  son titre de ‘’Cité des poètes’’ », a déclaré Me Jean Guy-Marie Louis, tout en énumérant quelques objectifs spécifiques que poursuit le festival :organiser un forum national des poètes haïtiens; lancer le prix de poésie Jean F. Brierre ; faciliter l’interaction entre les jeunes poètes et leurs aînés; stimuler l’intérêt des jeunes pour la production artistique et littéraire; renforcer la décentralisation culturelle ; promouvoir de nouvelles formes d’expression artistique et culturelle dans la Grand’Anse.

Du 8 au 14 octobre, la poésie coulera à flot dans la Grand’Anse. Les poètes seront en harmonie avec les muses.

Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
 Credit: Le Nouvelliste

Ils ont réveillé le maestro Nemours Jean-Baptiste

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 Nemours Jean-Baptiste  sombrait déjà dans l’oubli. Cette nouvelle génération d’Haïtiens ne connaît pas le père du « Compas direct » ou du moins, elle en a entendu parler de façon sporadique  au cours de certaines  émissions « retro » . Très peu de signes manifestes ont aidé à conserver les souvenirs de ce grand chef d’orchestre qui a marqué son époque . Les jeunes animateurs de musique populaire en parlent  très peu , parce que, sans doute, ils ne disposent pas d’informations . Les pouvoirs publics n’ont pas fait assez d’efforts pour hisser Nemours Jean-Baptiste au tableau d’honneur .

               Il paraît pourtant que tout espoir n’est pas perdu pour la sauvegarde du patrimoine et de la culture nationale . Richard Devil a frappé fort sur la table en annonçant une conférence-débat sur Nemours Jean-Baptiste à l’auberge de la Radio télévision nationale d’Haïti le dimanche 23 septembre 2012 à 4h p.m. C’est une initiative très louable qui mérite d’être encouragée . C’est un geste de grandeur et de revalorisation fait à l’égard d’un des plus grands musiciens du siècle passé.

« Et Cetera marketing» et la RTNH ont fait de leur mieux pour arracher  le maestro de son profond sommeil en confiant la tâche  à des panélistes dont la réputation n’est plus à faire pour enseigner la leçon « Nemours Jean-Baptiste » aux apprenants qui ont fait le  déplacement. Nous apprécions à sa juste valeur l’effort qui a été fait ; cependant certaines corrections sont nécessaires pour parler d’un homme aussi important, nous parlons du maestro Nemours Jean-Baptiste.

Influences  de Nemours Jean-Baptiste sur l’économie du pays

Pour répondre à une invitation de l’orchestre  Nemours Jean-Baptiste à Cabane Choucoune à Pétion-Ville, il fallait faire beaucoup d’efforts, chacun des efforts produits par le mélomane  alimente un secteur d’activités. Nous n’allons pas les énumérer tous, mais nous pouvons prendre quelques exemples juste pour soutenir notre argumentation:-on envoie son costume chez le nettoyeur,-on s’assure que la voiture est en bon état de fonctionnement avec de l’essence,-on paie les billets d’entrée; puis on consomme et on donne des pourboires pour le service, pour la surveillance de la voiture. Chacun de ces gestes va dans des secteurs spécifiques. Peut-être qu’on ne prend pas assez de temps pour réfléchir sur la question.

           Une soirée dansante comme activité principale crée autour d’elle des activités  secondaires génératrices de revenus. Tout le monde vibre. Plus il y a des gens à faire le même mouvement, plus cela renforce et stabilise les secteurs. Lorsque cela se produit avec une certaine fréquence, l’argent change de main facilement et rapidement, il y a une grande circulation monétaire qui rend tout le monde joyeux.

              L’activité principale est la soirée dansante qui est la variable indépendante ou la proposition principale. On ne peut  pas avoir de propositions subordonnées sans proposition principale. Celui qui multiplie ces activités est un agent économique important. On parle très souvent du musicien  lorsqu’on se réfère au maestro, mais on néglige trop souvent l’aspect économique de la soirée dansante.

       Un homme qui a fait circuler tant d’argent, créé autant d’ouvertures et stabilisé tant de secteurs, ne trouve pas d’institutions de renom pour sponsoriser une conférence-débat  donnée  en son nom. On oublie vite. On oublie trop vite. Ne rêvez pas. Nous parlons de Nemours Jean-Baptiste.

             Nous disons un grand merci à la Croix-Rouge haïtienne, une institution qui n’a tiré aucun bénéfice direct de l’orchestre Nemours Jean-Baptiste, de nous avoir permis de vivre ce moment mémorable en l’honneur du maestro. M.  Devil a travaillé avec les moyens du bord. Nous avons vu le pamphlet, Nemours mérite mieux que cela ! M. Devil, ne vous arrêtez pas en si bon chemin, c’est sûr que vous aurez toujours le soutien de ces intervenants qui l’ont connu de même que l’appui du DG de la RTNH, persévérez, la victoire n’appartient  qu’à ceux qui luttent.

        L’organisation du panel

Les panélistes sont des instructeurs, c’est-à-dire des gens qui détiennent l’information et qui sont décidés de la communiquer. Le maestro étant un personnage à plusieurs casquettes , il faudrait:

 1)- un panel aussi diversifié que le maestro lui-même;

2)- donner plus de temps aux panélistes pour qu’ils  développent leurs moyens;

3)- parler autant du citoyen Nemours Jean-Baptiste que du maestro;

4)- Pour un sujet aussi important, un dimanche 4 h de l’après-midi ne représente ni l’heure, ni le moment idéal pour une invitation de cette envergure;

5)- présenter le maestro en images avec son équipe, en pleine répétition et  sur scène;

6)- tourner la musique de l’orchestre pendant les temps morts;

7)- respecter les invités en commençant à l’heure;

8)- inviter les médias à couvrir la conférence et la considérer comme un évènement culturel sans précédent ;

9)-présenter des propositions concrètes pour faire connaître le maestro de toutes les générations d’Haïtiens;

10)- décorer la salle avec les couleurs de l’orchestre;

11)- parler surtout de la vie du maestro après sa retraite;

12)- exposer tout ce qu’on trouve sur la vie de l’orchestre et sur l’homme avant la conférence ;

13)- pour parler d’un agent économique  aussi influent, il faut des sponsors importants pour  vendre l’image de l’institution et le produit Nemours Jean-Baptiste.

Les intervenants ont promis de donner une suite favorable à cette grande première . Sponsors, à vous de jouer !

 islamlouisetienne@yahoo.fr

Credit: le Nouvelliste

Solitude ( Beegens)

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Saaaa se timoun Leyogann kap evolue nan Canada. Ann apresye videyo saaaa.

A lire ” Tan lapli ‘ de Max Gregory Saint-Fleur

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Renforcer le système éducatif par la culture et l’art

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John Smith Sanon smithsanon@gmail.com Twitter: @smithsanon
Le ministère de la Culture a procédé au lancement du projet : « Éducation culturelle et artistique dans le système scolaire et parascolaire haïtien », au cours d’une cérémonie qui s’est déroulée le jeudi 13 septembre en cours, à l’hôtel Ritz Kinam, à Pétion-Ville. Il s’agit d’une offre d’éducation culturelle et artistique de qualité, qui promeut des valeurs identitaires fédératrices auxquelles les jeunes puissent adhérer, en complément des études classiques.

Le lancement de ce tout dernier projet du ministère de la Culture a réuni un grand nombre d’acteurs éducatifs et culturels à la salle de conférence de l’hôtel Ritz Kinam. Des représentants des différents ministères impliqués dans le projet, des responsables d’organisations internationales, des directeurs généraux et des directeurs d’écoles, unis par l’objectif commun de renforcer le système éducatif haïtien, ont eu l’occasion d’apprécier les talents artistiques de plusieurs groupes d’écoliers  durant cette longue cérémonie, à travers un tour de chant. Chansons, chorégraphies et récitals de textes leur ont été offerts par ces derniers au milieu de longs discours des officiels.

Éduquer les enfants et les jeunes Haïtiens afin  d’en faire des citoyens créateurs et consommateurs d’art et de culture, tel est l’objectif poursuivi par cet ambitieux projet qui cherche à mettre en œuvre les recommandations faites lors de la tenue des Assises nationales de la  Culture en juillet 2011, sur le rôle de l’éducation dans le développement culturel, facteur de cohésion sociale et générateur et de richesses.

Plus de trois millions d’élèves fréquentant différents établissement scolaires du pays seront amenés à une meilleure perception des réalités culturelles, ainsi qu’à la connaissance, la compréhension et la pratique de diverses formes artistiques, selon les initiateurs. A cet effet, une étude sur les programmes d’éducation culturelle dans le pays est lancée. Un état de la législation existante  en la matière est à l’étude. Un programme d’animation culturelle et artistique sera conçu et proposé aux écoles durant l’année 2012-2013. Enfin, un réseau de clubs artistiques et culturels sera mis en place à travers les établissements scolaires, les bibliothèques et dans les quartiers.

Le comité de pilotage de ce projet est constitué des ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, et celui à laJeunesse, aux Sports et à l’Action civique. Tour à tour, les représentants desdits ministères ont, dans leurs allocutions exprimé leur fierté de participer à la construction de l’être culturel haïtien  et manifesté leur vive volonté de  voir ce projet se matérialiser dans la glaise du réel.

«  Il ne suffit pas seulement de s’unir, il faut appuyer, encadrer, participer, en posant des actions concrètes qui permettent à chacun de nos enfants de pouvoir se reconnaître dans un environnement qui favorise leur épanouissement en tant que citoyens de demain », déclare le ministre de la Culture, Jean Mario Dupuy, qui invite tout un chacun à soutenir ce projet.

M. Dupuy a attiré l’attention sur l’extraordinaire explosion que connaissaient notre musique, notre peinture et notre  artisanat sur la scène nationale  et internationale vers les années 70, rappelant au passage que nous devions  cette explosion au programme d’éducation artistique dans les écoles et aux différents ateliers d’art que fréquentaient les jeunes.

« Le secteur culturel peut contribuer de manière significative et très fortement à la prospérité de notre pays, parce qu’il a la capacité de produire des richesses nouvelles »,  souligne le ministre de la Culture, qui rêve déjà de compétitions  interscolaires d’art dramatique, d’art plastique, de danse, à l’instar des compétitions sportives. « Ce rêve est à notre portée, et nous allons ensemble le transformer en réalité », a-t-il conclu.

John Smith Sanon smithsanon@gmail.com Twitter: @smithsanon
Credit: Le Nouvelliste

Ralph Condé, pour le respect des aînés

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L’exceptionnel Ralph Condé a signé, le mercredi 29 août 2012, son quatrième album solo titré « Respè » à Garden Studio, la nouvelle coqueluche de la rue Grégoire, à Pétion-Ville. Ce dernier opus se veut un hommage bien mérité aux monstres du compas qui ont marqué toute l’histoire de la musique haïtienne durant ces trente dernières années.

Le talentueux guitariste vedette de la formation musicale Nu-Look, sinon l’un des meilleurs de la nouvelle génération, a transformé les salons du Garden encombrés de divans chics en une soirée chaude, bien moussée et inoubliable. Un public timide composé de musiciens, d’animateurs de radio et de télé a vogué à travers l’univers musical de Ralph.

Le premier plat a été servi par notre rocker haïtien, Yohann Doré, fils du réalisateur Joe Doré. Ce leune leader d’un mouvement musical jusqu’ici incompris du public haïtien nous a encore une fois impressionnés par son talent et son style qui n’ont rien à envier aux autres musiciens de sa génération. Avec sa voix unique secondée des cordes magiques de sa guitare, il a interprété plusieurs titres gravés sur son tout premier disque, « Ayiti men rock ».

11 h 30. Un entracte d’une dizaine de minutes laisserait deviner qu’on est prêt à assister à un beau spectacle. Entre-temps, on rit entre copains et amis. Les verres, à moitié remplis du rhum des connaisseurs, se trinquent. Jusqu’au moment où Ralph, simple, sympa et élégant, entraîne les spectateurs avec sa première interprétation, une composition de Skah Shah #1 titrée « Haïti » dans une ambiance surchauffée. Les spectateurs, visiblement friands de bonne musique, s’en sont délectés. Cette soirée s’est fait l’écho des notes enivrantes de sa guitare qui rappellent non seulement « Papach », mais les heures de gloire qu’a connues la musique haïtienne ici comme ailleurs.

Sur scène avec Ralph, des musiciens connus et respectés de l’industrie musicale en Haïti (le bassiste de Tabou Combo, Yves Albert Abel ; le batteur Ruddy Nau, fils de Herman Nau ; le tambourineur Serge Laguerre, Sergo ; Robert Martino ; sans oublier le pianiste Edgar Grand-Pierre) ont amusé le public avec des titres comme « Tu peux mettre » de l’immortel Coupé Cloué, « Bebe Paramount » de Tabou Combo, « Bouki ak Malice ».

Cette soirée a été aussi l’occasion de découvrir un jeune musicien qui, jusqu’ici, était dans l’ombre : le keybordiste Pascal, originaire de Ouanaminthe. Un moment haletant, où le public a pu apprécier ce talent qui se confirme et qu’il faut suivre de près.

Cette vente-signature, reportée à cause de la tempête Isaac, s’est déroulée dans une ambiance chaleureuse, un air de famille. Les lèvres des spectateurs suspendus aux derniers mots de Ralph semblent encore dire : « Si tu t’en vas, je ne pourrai plus chanter. » Mais il promet de revenir dans nos murs bientôt.

« Respè », une conception différente de la musique

Ralph est à son quatrième album solo. Ce véritable coup de maître est salué tant par les professionnels de la musique que par les aimateurs de médias. Cet album quasiment en version instrumentale comprend dix titres. Un opus qui se veut un hommage à l’ancienne génération. Mais le projet était surtout d’inviter le public en général à apprécier la qualité d’une bonne musique de par sa conception et de son approche artistique. Cet album est révélateur d’un Condé plus créatif, en quête de nouveauté et désireux d’offrir au public haïtien un bien meilleur produit. On y retrouve des interprétations comme « Latibonit-ô » et « La vie musicien » en version salsa.  Plusieurs autres artsites ont participé à sa réalisation comme Tico Pasquet, T-Fanfan, François Sergo Décius, Ralph Blanchard, Touko Bouzie et Dadou Pasquet. Des sonorités qui dévoilent le nec plus ultra du konpa, et qui présentent même un bel aspect de la musique latine. La démarche artistique de Ralph Condé traduit son intention de ne plus vouloir se limiter au kompa. Son dessein est de s’ouvrir au monde pour qu’enfin la musique haïtienne devienne une référence en matière musicale dans la Caraïbe, les pays latino-américains… comme c’était le cas dans les années 70-80.

Rosny ladouceur rosnyladouceur@gmail.com ladouceur@lenouvelliste.com
Credit: Le Nouvelliste

Giordany Joseph un génie vivant dans l’oubli

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Jacques Louis Etienne

Le Tropicana night-club était plein à craquer, ce qui est tout à fait normal pour un bal d’anniversaire. La chaleur était intense et le public attendait avec impatience le début des festivités. Un groupe de jeunes danseurs débuta le spectacle et le moment tant attendu arriva: thème musical de l’orchestre et pour tout le monde la surprise de la soirée: l’apparition de Giordany Joseph comme chanteur-vedette pour commencer les festivités avec la composition « belle fête ». A ce moment des gens s’approchèrent de l’orchestre pour prendre Giordany en photo, utilisant même leur téléphone portable pour immortaliser ce moment.

                Le temps est une arme à double tranchant. Il fait grandir les hommes et les institutions, guérit les malades et console les affligés. Il détruit aussi les étoiles, met au rancart certains professionnels, fait disparaître des valeurs et des habitudes. Il fait aussi oublier des grands artistes qui ont bercé notre jeunesse  et marqué notre époque. Radiographie d’une des figures de proue de l’orchestre Tropicana, un homme qui a associé sa voix depuis longtemps déjà aux différentes compositions de ce groupe mythique. Une légende qui sombre déjà dans l’oubli. Il s’agit de l’ex chanteur vedette de l’orchestre Tropicana Giordany Joseph, alias « Gros monsieur », surnom donné par les Capois.

                Né Pierre Féquière Joseph, le 17 Octobre 1937 à Terrier- Rouge, « Gros Monsieur » adopta le nom de Giordany donné par son parrain, Jolicoeur Joseph. Il en fit son nom de scène, son nom d’artiste. Comme beaucoup d’étoiles, il exerça son talent dans la chorale de l’église et brilla dans une représentation théâtrale comme acteur principal dans le rôle de sentinelle.

                A l’âge de 15 ans, il rentra au Cap-Haitïen pour  poursuivre ses études et continua à chanter dans la chorale de son église. Un peu plus tard, il rejoint l’orchestre Citadelle du Nord sous la direction de Jacques Montpremier et Jean Martel Dorsainvil. C’est dans ce groupe qu’il rencontra son ami Hervé Casséus, qui avait l’habitude de jouer avec l’orchestre Tropicana quand il avait besoin d’un accordéoniste. A la disparition de l’orchestre Citadelle du Nord, Hervé rejoignit définitivement l’orchestre Tropicana. Il invita par la suite Giordany  à le rejoindre.  Celui-ci hésita. Charlemagne Pierre Noël et Emmanuel Turenne, respectivement directeur musical et maestro à l’époque, arrivèrent à le convaincre.

                C’est ainsi qu’en mars 1968, Giordany Joseph fit son entrée  au sein de l’orchestre Tropicana d’Haïti et se distingua avec les chansonnettes françaises, les boléros et spécialement les pots-pourris. Son premier pot-pourri  était « solamente una vez ». Parmi les grands chanteurs capois, Giordany était une référence sûre, sa  voix remplissait l’orchestre dans tous ses compartiments. Il était devenu un chanteur de charme avec les chansonnettes françaises et ses boléros, dont lui seul avait le secret. Dans son style, il était unique. L’artiste était un parolier extraordinaire. Il a ajouté au répertoire de Tropicana des textes mémorables comme: « Rosemarie », « Marie Madelaine »,  « Rosie » et « Philomise » que Charlemagne et Larivière avaient orchestrés. Son texte de prédilection était « Le Nègre », arrangé par le professeur Jean Janvier Muselaire.

                Une institution ne vaut rien sans les hommes. Sa renommée et son existence sont conditionnées par la discipline, la performance et l’expérience de ses membres. Au fil des ans, elle est appelée à renouveler ses cadres pour conserver un certain standing, lutter contre la concurrence et améliorer la qualité de ses services à la population. Aucune institution ne saurait traverser deux générations avec la même équipe. Certains changements s’imposent de fait ; d’autres sont occasionnés par les décès, la maladie et aussi par  intime conviction.

                On ne connaît pas une institution si on ne connaît pas son histoire. On ne connaît pas cette dernière si on ne connaît pas celle des hommes qui la composent ou qui lui ont donné naissance. Il faut revenir de façon permanente sur ce passé glorieux pour camper ces différents acteurs, qui font la fierté de la population du Nord, et des fanatiques de Tropic en particulier.

                Pour avoir 50 ans aujourd’hui, l’orchestre a commencé à partir de rien avec des gens n’ayant aucune expérience, mais animés du désir d’apprendre et la volonté de servir. Chemin faisant, ils se sont révélés des élèves studieux et performants jusqu’à devenir des étoiles qui brillent partout. L’interchangeabilité des acteurs n’a rien modifié à l’ossature et à la force de frappe de l’orchestre Tropicana, qui se veut l’Orchestre de toutes les générations.

                Ses pionniers qui ont commencé et qui par la force des choses ne sont plus aux commandes, il faut parler d’eux. Il ne faut pas consommer le jus sans parler du fruit. Cette jeunesse qui court après l’orchestre Tropicana doit connaître ceux qui ont commencé, ceux qui ont posé la première pierre de cette citadelle que nous vénérons tous. Tropic a une histoire, il faut qu’elle soit écrite. L’histoire de ses étoiles qui ont brillé les unes après les autres jusqu’à leur disparition doit être aussi écrite.

                Personne n’est personne sans personne. Cette publication a été possible grâce aux efforts conjugués de plusieurs personnalités, dont la plaque tournante Mme Emila Hilaire, qui a harmonisé les rapports malgré les difficultés; l’infatigable ingénieur Joubert Constant, qui n’a rien ménagé pour atteindre cet objectif; notre ami Rilou Hilaire, qui a mis toute une logistique à notre disposition avec ses conseils techniques et le « Phébé » (pièce d’importance) boss Paul Pierre mon très cher parrain, un homme de terrain à qui rien n’échappe et qui a fait toutes les coordinations.

                Et enfin à l’artiste lui-même qui, spontanément, a coopéré à la réalisation de ce texte. Nous lui disons merci d’avoir prêté sa voix pendant toutes ces années à nous raconter des scènes de la vie quotidienne qui  ont fait de l’orchestre Tropicana l’un des tous premiers de la ville du Cap, et d’avoir aidé à l’émancipation de l’art haïtien. Giordany Joseph, tu mérites de la patrie. Que ton nom soit gravé en lettres  d’or dans les annales de l’orchestre Tropicana d’Haïti et sur ce patrimoine culturel, qui est aussi ton œuvre et que les générations à venir sachent que tu as été l’une des colonnes de cette œuvre colossale qu’est l’Orchestre Tropicana qui a survécu deux  générations avec honneur, fierté et mérite et qui se prépare à en affronter bien d’autres!

                A tout ce monde qui nous a permis de mettre en relief, d’une part, l’orchestre Tropicana qui se produit sans relâche depuis 50 ans et qui a atteint une certaine notoriété dans la musique  haïtienne et,  d’autre part, à l’artiste Giordany Joseph, un monument qu’on a tendance à oublier, qui jouit de notre estime et qui représente l’une des anciennes gloires qui fait la fierté de l’orchestre, nous leur disons merci. Qu’ils trouvent ici l’expression de notre profonde gratitude!

 Jacques Louis Etienne