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Carnaval des Fleurs :entre réussite populaire et échec artistique

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Le Champs de Mars,a été le théâtre d’un déferlement populaire. Visiblement, les habitants de la capitale et des zones avoisinantes avaient soif de plaisir et de défoulement. Ils étaient des dizaines de milliers qui ont dansé, chanté et fêté à tue-tête pendant les trois jours du carnaval des Fleurs. Une réussite incontestable pour le gouvernement, très critiqué pour son choix d’organiser un carnaval en plein milieu de l’année. « C’est un succès populaire considérable », a éclaté Mario Dupuy, ministre de la Culture admettant qu’il a eu de petites failles.

 « Dans ces genres d’activités, il y aura toujours des choses à corriger », a reconnu le ministre. Ceux qui croyaient, parce qu’il s’agissait d’un carnaval des Fleurs, que tout le parcours allait se dérouler sur un  tapis de fleurs se méprennent tout simplement, a souligné M. Dupuy. «  L’expression carnaval des Fleurs se réfère plus à un aspect saisonnier qu’à la promotion de fleurs proprement dite »,a-t-il dit dans une interview bilan accordée au Nouvelliste.

 Pour le ministre, « c’était un moment de célébration, de retour à la vie comme le printemps l’annonce. Une thérapie psychosociale collective  pour la population deux ans après le séisme. Une possibilité pour elle de faire son deuil. »

 Selon Mario Dupuy, entre les traditionnels trois jours gras et le carnaval des Fleurs, il y a une  grande différence. Le carnaval des Fleurs est caractérisé par son côté artistique. « C’est évident, tout le monde a pu le constater. Même si nous avons eu des difficultés structurelles qui ont gêné la pleine dimension de ce théâtre à ciel ouvert », a-t-il avancé

 Les limitations du carnaval des Fleurs

 D’abord, il y a eu l’exiguïté du parcours réservé aux festivités.  Les organisateurs ne sont pas arrivés à relever le défi d’empêcher les participants d’occuper l’espace où évoluaient les artistes. Ce qui a tué la beauté du spectacle. « Le succès populaire a un peu dérangé le côté artistique. Nous en avons pris note pour une prochaine édition », a reconnu le ministre de la Culture.

 Le président du comité organisateur du carnaval des Fleurs est plus tranchant sur ce point. Il a reconnu que son équipe a tout simplement échoué de ce côté-là. « Les performances  des artistes ont été noyées par  la foule », a regretté Jean Dany Pierre François. « Je m’en sors avec un sentiment d’insatisfaction, le cœur serré. On avait mis la barre très haute, on avait des ambitions qu’on n’a pas pu atteindre pour plusieurs raisons. »

 La mission du comité était de présenter un produit pouvant attirer les touristes et vendre une autre image du pays à l’extérieur tout en permettant à la population de se distraire, de se récréer. Mais, mettre toute la machine en branle dans l’espace d’un mois, ce n’était pas une chose facile pour Jean Dany Pierre François et son équipe.

Le comité devait réaliser ce carnaval en deux parties. Une partie artistique, culturelle et l’autre avec les groupes musicaux. Il voulait avoir un spectacle mobile. « On n’a pas réussi parce qu’on n’est pas arrivé à isoler les spectateurs des artistes, exposé les beaux costumes, mettre en évidence les chorégraphies, les couleurs, les fleurs en structures métalliques », a regretté M. Pierre François. Tout se mélangeait, a-t-il dit. Le ministre de la Culture est plutôt d’accord avec ce constat.

Pour la deuxième partie du carnaval qui consistait en la participation de groupes musicaux, M. Pierre François a estimé que les musiciens n’ont pas compris la philosophie de ce carnaval. Encore une fois, ils se sont affrontés à coup de décibels, de slogans sur tout le parcours. « C’était ridicule et débile », a-t-il confié.

 Le prochain comité fera mieux

Le président du comité du carnaval des Fleurs a estimé qu’étant donné que les manquements ont été identifiés, la prochaine équipe qui va réaliser les prochains carnavals devra s’en servir pour corriger et faire mieux qu’eux. Il a promis de laisser un document avec tous ce qui mérite d’être corrigé. Il pense qu’il doit y avoir beaucoup de réflexions sur le carnaval en Haïti

A la question est-ce que le carnaval des Fleurs va devenir définitivement un  rendez-vous annuel, le ministre de la Culture a indiqué que c’est le gouvernement qui va en décider. « Ce qui est certain, on va avoir l’institutionnalisation, la mise en place du comité permanent pour l’organisation du carnaval qui aura à apporter des solutions aux limitations enregistrées », a annoncé Mario Dupuy.

Plus que 30 millions de gourdes déboursés

Il y a d’abord un budget de 65 millions de gourdes dans lequel, les responsables ont liquidé une dette de 35 millions laissé par le carnaval des Cayes. Grâce à la participation du secteur privé, cela a permis de compléter le budget des trois jours de festivités à environ 35 millions de gourdes de plus soit au total 65 millions pour la réalisation du carnaval des Fleurs, selon des explications de M. Dupuy. Toutefois, le ministre a souligné qu’il n’est pas en mesure de fournir des chiffres exacts, parce qu’il ne dispose pas encore de toutes les données.

« Ce qui est certain, nous n’allons pas nous retrouver avec des dettes après le carnaval », a-t-il dit

Le président du comité organisateur des trois jours de festivités ne voulait pas non plus avancer de chiffres pour le moment. « On fera un rapport avec tous les détails », a-t-il dit au Nouvelliste, soulignant qu’en plus de 30 millions de gourdes décaissées par le gouvernement, ils ont aussi collecté l’argent des places vendues au Champs de mars, l’argent des sponsors… en toute transparence on fera savoir au public combien le carnaval a coûté », a indiqué  Jean Dany Pierre François. Comme le ministre Dupuy, il dit espérer qu’il n’y aura pas de dettes.

 Les satisfactions personnelles

 Hormis,  la participation massive de la population au carnaval des Fleurs, le ministre de la Culture a estimé que le succès se trouve aussi dans « les améliorations qu’on  a pu constater du point de vue logistique et de l’organisation de l’événement en général. Pour la première fois on  a eu la mise en place et  le respect de la programmation « line up » par l’ensemble des intervenants. La distance entre les groupes musicaux, les placements des intervenants… », s’est réjoui  Mario Dupuy.

 Le ministre s’est félicité également de la performance des DJ sur les stands qui, dans le passé, couvraient les bandes à pied à coup de décibels. « Il y a une bonne communion entre les bandes à pied et les DJ », a-t-il dit. Chaque partie avait la possibilité de satisfaire son public sans frustration.

 Jean Dany Pierre François a reconnu, cependant, que le public a répondu positivement à l’appel du chef de l’Etat en participant massivement aux trois jours de défilés. Le comité avait des inquiétudes sur la participation du public, il ne les a pas cachées. « On a eu bien plus qu’espéré. C’est un motif de satisfaction », a-t-il dit.

 L’initiative de la Première Dame

 Encore une fois, la Première Dame a pris l’initiative de mettre sur pied un centre d’urgence  pour apporter les premiers soins aux blessés du carnaval.

 L’équipe médical composée, le premier jour, de cinq médecins, douze infirmières, six secouristes, et des étudiants en sciences infirmières de l’Université Notre Dame, tous des volontaires, a considérablement augmenté pour un service plus dynamique durant les deux autres jours. Trois  ambulances, dont une servant de mini-pharmacie puisqu’équipée pour un tel service, étaient disponibles pour l’évacuation des blessés

 La PNH a bien joué son rôle, Martelly aux anges

Les agents de la police nationale ont bien joué leur partition sur tout le parcours du carnaval des Fleurs à Port-au-Prince. Pendant les trois jours des festivités, ils ont enregistré trois cas de mortalités, une centaine de blessés, et ont procédé à une trentaine d’arrestations. Une victoire, selon le président Michel Martelly et une démonstration de professionnalisme.

Le chef de l’Etat est plus que satisfait de la prestation des agents de force de l’ordre et surtout du bon comportement de la population. Accompagné du directeur général de la police nationale, Michel Martelly a inspecté les différents points clés du parcours. « Il est important pour nous d’assurer la sécurité de la population et de la rendre confortable. Il est aussi important de dire aux gens malintentionnés que nous sommes là et c’est nous qui avons le contrôle », a déclaré le locataire du Palais national au troisième jour des festivités.

Pour le président de la République, c’est un message clair que la population a envoyé au monde entier pour lui dire qu’effectivement le pays est prêt à accueillir des investissements étrangers. M. Martelly s’est aussi félicité du déplacement massif des Haïtiens de la diaspora et aussi la visite d’autres touristes étrangers. « L’événement a tiré beaucoup de personnes, même par la République dominicaine il n’est pas facile de rentrer au pays tellement les lignes aériennes sont saturées. Nous allons continuer à vendre Haïti sur d’autres angles », a-t-il dit.

Pour sa part, Mario Andresol, le chef de la police n’a pas caché sa satisfaction pour le travail des ses troupes. « Nous avons procédé à l’arrestation de plusieurs évadés de prison. Il y a des blessés légers

Au moins deux agents de la PNH ont été mis aux arrêts pour avoir porté des armes à feu alors qu’ils n’étaient pas de service pour les trois jours du carnaval. « Nous avions passé des instructions à tous les policiers. Ils n’avaient pas le droit de venir au carnaval en civil », a-t-il dit.

Le porte-parole de la police nationale d’Haïti, Frantz Lerebours a fait savoir que le bilan partiel a fait état de 8 morts et de 350 blessés.

La PNH a procédé à l’arrestation d’au moins 38 personnes dont deux agents de police en civil. Parmi les personnes arrêtées figurent des évadés de prison, précise monsieur Lerebours cité par radio Métropole.

Les amants de spectacle, d’ambiance populaire, de défoulement seront servis à nouveau. Avant la fin de l’année, ils auront droit à deux autres activités de réjouissances. « Il va y avoir l’organisation d’un festival national de Troubadour », a annoncé le Mario Dupuy sans toutefois donner de date précise. « Août ou début septembre…De toute façon, ce sera avant la rentrée des classes », a-t-il précisé. Un autre rendez-vous culturel ce sera avec les DJ du pays. Mais le ministre de la Culture ne voulait pas donner plus de détails. « Laissez-nous un peu de temps », a-t-il conclu séchement.

Robenson Geffrard, rgeffrard@lenouvelliste.com
Credit: le Nouvelliste

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